‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 457 sur 522 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

Valeotin Randour, autre partisan de ces Pères, en faisait une semblable dans l'Université de Douai où, sous prétexte de déclamer contre Marets', ministre de Hollande, il déchirait par plusieurs injures très atroces les véritables disciples de saint Augustin. Sa harangue fut imprimée sous ce titre : Valenlini Randour, S. Theologiœ Doctoris ac Professons Regii in aima Universitate dua[censi] oratio contra sxjnopsim de gratia et annexis Samuelis Maretsii calvinistœ, habita in scholis fublicis adsolcmnem inauguralionem S . Theologiœ Licentiati D. Joannis Jennin -presbyteri, etc., 14 mai 1652. Il dit faussement dans cette harangue que le Catéchisme de la grâce avait été imprimé à Amiens après l'avoir été à Paris, et il témoigne que M. Antoine Bichi, internonce de Flandre, avait exhorté le vicaire d'Arras d'écrire contre ces nouvelles erreurs, et finit par une apostrophe à M. l'abbé de Sainte- Anastasie, en l'assurant du zèle de M. l'archevêque de Cambrai et de M. l'évêque de Tournay pour la défense de l'infaillibilité du Saint Siège, et priant Dieu pour la conservation de ces deux colonnes de l'église de Belgique.

Les Jésuites avaient partout le même cœur et la même opposition à la doctrine de J.-C. et à la pratique salutaire de la pénitence; mais ils ne jouissaient point partout de la même impunité. Car le recteur de leur maison de Bar, qui prêchait l'octave cette année (^ic) dans l'église cathédrale de Châlons, ayant parlé dans un de ses sermons contre de nouveaux réformateurs qui détournaient les fidèles de la fréquente communion, M. de Chàlons se sentit obligé de revenir de la campagne pour empêcher ce scandale, ordonna à ce prédicateur de le réparer par une rétractation publique, et lui en dicta les termes qui étaient entre autres : qu'il avait appris avec douleur qu'on avait cru quil avait parlé du livre et de la doctrine contenue dans le livre de la Fréquente communion, approuvé par tant d'illustres personnes. Mais dans l'exécution ce jésuite manqua à quelque chose de ce qui lui avait été prescrit, oublia ces termes et de la doctrine, en ajouta d'autres de son chef, savoir qu'il n'avait jamais vu, ni lu, ni ne voulait lire ce livre; ce qui ayant choqué M. de Châlons, présenta cette prédication qui était plutôt une insulte qu'une rétractation véritable, il lui

1. Saas doute Samuel Des .Marets (V. ci-dessus p. 568, note 3). I 39

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ordonna de se rétracter formellement le jour de Toctave en termes précis et concertés, à quoi ce prédicateur se soumit. Toute la société en fut fort humiliée, n'étant pas d'ailleurs satisfaite de la fermeté de cet évêque, qui ne voulait pas souffrir qu'aucuns jésuites de ceux qui seraient approuvés à l'avenir confessassent dans son diocèse, sans avoir approbation par écrit et signée dans le registre de l'évéché qu'ils n'avaient pouvoir que pour un temps, et pouvaient être révoqués par l'évêque, s'il le jugeait à propos. Cette discipline blessait leur délicatesse, et ils refusaient de s'y soumettre^, quoique tous les autres religieux l'eussent acceptée ; mais ils avaient promis que ceux qui s'étaient présentés pour obtenir cette permission ne confesseraient point, et ayant demandé six mois de temps pour avoir sur ce sujet l'ordre de leur général^ on le leur avait accordé.

CHAPITIIE XV

Conférence tenue chez M. Olijer, curé de Saint-Sulpice, entre Ip. P. Dom Pierre de Saint-Joseph, feuillant, d'une part, et le P. Des Mares de l'autre.

M. Ollier, curé de Saint-Sulpice, prévenu comme il était contre la doctrine de saint Augustin, ne pouvait voir M. le duc et M"'« la duchesse de Liaucourt, ses paroissiens, avoir tant de respect et d'affection pour des sentiments que son peu d'étude et de lumière lui rendaient insupportables. Après leur en avoir parlé plusieurs fois sans les pouvoir ébranler sur ce sujet, il voulut faire un dernier effort pour les détacher de l'amour de ces vérités et des personnes qui les soutenaient, et leur proposa de souffrir la visite et l'instruction de Dom Pierre de Saint-Joseph, feuillant. Ils le lui accoi'dèrent volontiers, en protestant toutefois qu'ils ne se tiendraient point convaincus de toutes les autorités de saint Augustin qu'il leur pourrait alléguer, s'il ne les voulait soutenir en présence de quelqu'un qui fût du sentiment contraire et un peu versé dans la lecture de ce saint.

Ce Père en ayant donné sa parole, quoiqu'avec un peu de peine, M"'^ de Liancourt écrivit à l'heure même au P. Des Mares, et lui demanda s'il voulait bien entrer en confé-

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