CHAPITRE XVI
Saint Auffustin victorieux de Calvin (tdeMolina, ouvrage de M. l'abbé de Bourzeis pour répondre au Secret du Jansénisme, etc. Engagement de cet abbé avec la cour. Formulaire que M. de Vabres fait signer à ceux qui se présentent aux ordres.
On avait négligé jusqu'à ce temps de répondre au libelle
MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT
qui courait depuis deux ans par la France sous le titre Le secret du Jansénisme découvert et réfuté par un docteur catholique^ qui n'était presque qu'une traduction d'Antonius Ricardus ; et on s'était persuadé que cet ouvrage ne méritait pas qu'on prît la peine de découvrir au public la mauvaise foi et l'ignorance de ses auteurs. Mais ayant su qu'ils tiraient avantage de ce mépris, et que, distribuant partout ce libelle comme une production rare et merveilleuse, ils s'en servaient particulièrement dans les provinces pour donner de l'horreur de la doctrine de saint Augustin, et verser dans les âmes simples le venin de l'hérésie pélagienne, M. l'abbé de Bourzeis s'appliqua à le réfuter, et employa à cet effet les grandes lumières qu'il avait pour éclaircir les controverses et réfuter les hérétiques du dernier siècle, ce qui avait été jusqu'alors l'une des principales occupations de sa vie.
Il le fit par un volume d'une fort grande étendue qui parut cette année 1652 vers le mois de juillet, et qu'il intitula : Saint Augustin victorieux de Calvin et de Molina, ou Réfutationd'un livre intitulé : Le secret du Jansénisme etc. Où l'on fait voir d'une part la vraie différence entre la doctrine de saint Augustin, la voix et l'organe de l'Eglise dans la matière de la grâce, et les erreurs de Luther et de Calvin. Et [où] l'on découvre de l'autre la mauvaise foi de ceux qui se servent des calomnies des hérétiques et de l'ignorance de quelques controversistes particuliers pour attribuer à l'Eglise catholique les erreurs des semipélagiens, renouvelées par Molina, jésuite.
11 faisait parler dans cet ouvrage Évariste et Timothée, qui traitaient cette matière en cinq conférences par forme de dialogue. Il promettait dès sa préface de faire voir que M. Pereyret, se proposant de séparer les opinions que l'Eglise a condamnées dans les luthériens et les calvinistes d'avec celles qu'elles n'a point blâmées ni censurées dans ces novateurs, et sur lesquelles par conséquent elle ne permet point qu'on les attaque et qu'on les traite d'hérétiques, avait mis au rang de ces propositions irrépréhensibles et innocentes toutes celles que l'auteur du Secret du Jansénisme découvert^ avait la hardiesse de représenter comme de pures et franches hérésies de Calvin.
i. C'est-à-dire le sieur de Marandé (v. ci dessup, p. 590, note 4),