‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 470 sur 522 · CHAPITRE XKUl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XKUl

Conférence tenue entre le P. Dom Pierre de Saint-Joseph et le P. Des Mares imprimée différemment de part et d'autre; et de quelques autres écrits sur cette matière.

La conférence qui s'était faite trois mois auparavant chez M. l'abbé OUier, qui était alors curé de Saint-Sulpice, entre le P. Dom Pierre de Saint-Joseph, feuillant, et le P. Des Mares, prêtre de l'Oratoire, ayant eu pour témoins des personnes de très haute qualité pour qui M. Ollier avait désiré qu'elle fût faite, et ce qui s'y agita ayant été écrit et signé par le P. Des Mares, et contresigné par M. le maréchal de Schomberg, il était difficile de s'imaginer que des théologiens et des prêtres pussent avoir de telle sorte renoncé à toute pudeur que d'oser altérer par des mensonges une vérité de fait qui pouvait être confirmée par des témoignages irréprochables, et entreprendre de faire passer pour une victoire signalée la plus honteuse de toutes les fuites. Cependant, aussitôt après cette conférence, on n'entendit parler dans Paris que des triomphes que les molinistes vou-

1. Jean Grlsel, jésuite (1601-1657) s'adonna à la prédication et devint recteur du collège d'Orléans.

2. Louis Maimbourg, jésuite (1610-1686), se fit d'abord connaître par ses attaques contre Port-Royal. En 1682, à la suite de quelques écrits un peu vifs, il dut quitter la société par ordre du pape Innocent XI. Eu mourant il laissa ses biens aux Chartreux.

laient faire croire qu'ils avaient remportés sur un des plus célèbres disciples de saint Augustin. Ils en répandirent le bruit par toute la France ; ils écrivirent dans les provinces, et on le manda de Melun, que le P. Dom Pierrre de Saint- Joseph avait tellement triomphé dans cette dispute que le P. Des Mares n'avait jamais pu dire mot. Ils se vantèrent même qu'on verrait bientôt, par le changement de M. et M">* de Liancourt, combien grand était l'avantage que le P. feuillant avait remporté sur la cause des jansénistes. Et, enfin ayant su que le P. Des Mares était parti de Paris pour faire un voyage à la campagne, d'où ils crurent que les troubles qui étaient alors dans le royaume l'empêcheraient de pouvoir retourner sitôt, son absence leur donna encore plus de cœur, et les porta à imprimer et publier, sous le titre d'une Lettre d'un ecclésiastique à un évêgue, une relation de cette conférence tellement remplie de faussetés et de mensonges que ceux qui en savaient la vérité eurent peine à revenir de l'étonnement que cette lecture leur causa'. Car ce feuillant ne craignait pas, pour autoriser ses mensonges, d'en prendre à témoin le P. Des Mares même et les personnes de condition qui avaient assisté à la conférence : « Voilà, disait-il, après avoir étalé ses faussetés, ce qui s'est passé dans la conférence dont on vous a entretenu ; le P. Des Mares est trop honnête homme pour désavouer cette vérité, et quand il voudrait faire ce tort à son caractère que de la nier, je présume tant de la vertu et de la sincérité de ceux qui asssistèrent à cette conférence, que je ne crois pas qu'il s'en trouve un seul qui n'avoue que le récit que je viens d'en faire est très véritable. »

On entra pour le réfuter dans la voie qu'il avait marquée lui-même; un savant théologien en écrivit à M. etM^e de Liancourt en leur envoyant la lettre de ce feuillant imprimée avec une relation de la conférence dressée par le P. Des Mares, qu'il savait que ce duc et cette duchesse avaient déjà signée comme étant entièrement conforme à la vérité,

^. La Lettre d'un ecclésiastique à un évéque est visée dans le titre même de la Relation publiée en 1652 par le P. Des Mares. A la p. 17 de cet opuscule on lit parallèlement et le texte de la Lettre et les Remarques du l*. Des Mares. Le feuillant répliqua par une seconde lettre à laquelle Des Mares répondra encore, comme on le verra par la suite de ces Mémoires.

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