‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 471 sur 522 · LIVRE VI r · texte numérisé non relu

LIVRE VI r

afin que, conférantde nouveau cesdeux relations contraires, ils pussent mieux juger de la vérité de l'une etde la fausseté de l'autre. M. de Liancourt lui répondit qu'il était obligé de lui dire que la relation du P. Des Mares était très exacte et très fidèle, et que l'autre, imprimée du côté du P. feuillant, lui paraissait si fausse qu'elle le surprenait, et qu'il ne pouvait croire que ce fût un des témoins qui l'eût faite ; que c'était le témoignage qu'il croyait devoir rendre à la vérité. M^^ de Liancourt répondit de son côté que M. de Liancourt écrirait à ce théologien sur l'imprimé de la conférence qui était une étrange chose; que si c'était du P. feuillant, elle priait Dieu qu'il lui donnât plus de mémoire pour dire la vérité de ce qu'il avait su, et plus de lumière pour connaître celle qu'il ne savait pas encore.

Ce théologien fît aussi tenir au P. Des Mares cette lettre imprimée par le feuillant, afin qu'il jugeât si ce serait faire tort à son caractère que de ne la pas reconnaître pour véritable. Mais les apostilles que le P. Des Mares y fît en moins de deux jours montrèrent qu'il ne pouvait pas ne point rejeter tant d'impostures grossières dont cette lettre était remplie, et qui n'étaient pas seulement détruites par le témoignage des personnes d'honneur et de très haute condition qui avaient assisté à la conférence, mais par les actes mêmes de la conférence, c'est-à-dire, par tout ce qui avait été écrit et fait par les parties.

Comme les lois de la charité chrétienne obligeaient à ne pas croire facilement qu'un religieux et un prêtre eût été capable de commettre de si étranges faussetés, le théologien qui avait poursuivi l'éclaircissement de ce fait voulut encore savoir si le P. Dom Pierre de Saint-Joseph avouait cette lettre imprimée, et s'il avait l'assurance de soutenir que le récit qui y était fait de la conférence fût véritable. Ayant donné ordre qu'on l'apprît de sa propre bouche, ce religieux déclara plusieurs fois à un honnête homme qui l'était allé voir pour cet effet, sans lui confesser ouvertement et sans lui nier aussi qu'il fût l'auteur de cette lettre, qu'elle n'avait été publiée que par son aveu et par son ordre, et il l'assura que la conférence s'était passée comme il était rapporté dans cet écrit.

Après avoir reçu tant de déclarations si authentiques d'un fait si solidement établi par des preuves incontes*

tables, on en fit un corps qui fut donné au public, et qui, outre ces témoignages irréprochables et les apostilles de ce prêtre de TOratoire, comprenait aussi une de ses lettres, écrite de Jodelais au Perche, le 23 août, avec une autre écrite de Paris, le 1" jour de septembre, par cet homme d*honneur qui avait appris du feuillant que cette lettre à un évêque était écrite par son aveu.

On n'aurait pas cru que le P. Dom Pierre de Saint-Joseph fût capable de renouveler ses plaintes après avoir été démenti si positivement par ceux au témoignage desquels il avait bien voulu s'en rapporter; mais il crut que de nouvelles impostures feraient subsister ses premières calomnies. Il écrivit une seconde lettre, sous le nom d'un ecclésiastique à un évêque. Et parce que le P. Des Mares, désirant renouer la conférence dans le temps qu'elle fut rompue par la fuite de ce feuillant, et lui ôter tout prétexte de brouiller la question, lui avait envoyé dès le lendemain trois ou quatre thèses de la grâce, il les fit imprimer au bout de trois mois, sous le nom de Confession de foi du P. Des Mares; après avoir employé beaucoup de temps pour y répondre, et la fit crier sur le Pont-Neuf, mais après en avoir retranché et falsifié plusieurs paroles essentielles. Cela lui attira une réplique d'un docteur en théologie qui par une lettre, signée Saint-Clément, découvrit tout de nouveau ses impostures. Mais l'opiniâtreté à soutenir le mensonge contre sa propre conscience fut la ressource perpétuelle de ce feuillant, et il écrivit jusqu'à huit lettres sur cette matière, qui ne servirent qu'à augmenter sa confusion et sa honte. On l'abandonna à son esprit d'effronterie, parce que toutes les personnes équitables étaient convaincues de ses fuites, de ses chicaneries et de sa mauvaise foi. Et quoiqu'il se persuadât injustement que c'était avoir répondu que de n'avoir pas gardé le silence, on crut qu'un homme qui avait renoncé à tout honneur et à toute sincérité se détruisait assez de luimême sans le poursuivre encore davantage. M.etMn'e de Liancourt eurent horreur de cette conduite, et au lieu de se séparer du P. Des Mares, comme il le faisait publier, ils l'ont gardé auprès d'eux toute leur vie, et trouvé leur consolation à mourir entre ses mains.

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