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été envoyées au monde pour instruire et pour corriger le luxe, pour rendre l'honneur à la volupté, et la remettre dans la discipline; qu'il était plus facile de faire un saint que de satisfaire un pauvre ; d'obéir à Dieu que d'obéir à un médecin; de remplir les devoirs du christianisme que les devoirs de la nature. Il se vantait d'avoir montré que la dévotion était aisée et facile, voire plus aisée que le vice et plus facile que la volupté. 11 disait qu'il s'était- toujours vu des saints polis et des dévots civilisés; qu'il se trouvait assez de dévots qui n'étaient pas ennemis des belles conversations; que cette dame pourrait trouver dans son livre des adresses qui lui aideraient à marcher plus sûrement et plus à l'aise; que le premier livre lui apprendrait à être dévote de méthode et de mesure; qu'il se voit assez de dévots qui ont abondance de cette humeur douce et chaude, de ce sang bénin et rectifié qui fait la joie; que le juste mélange des conversations instructives et agréables ne se peut trouver que par les sages polis, et par les vertueux de belle humeur ; qu'il y avait des leçons et des modèles de modestie dans les divertissements et dans les parures de celte dame, et qu'il ne savait s'il en paraissait davantage dans le cours et dans le bal, dans les concerts et les assemblées des étoiles. Il disait, pour autoriser le luxe et les vains ajustements, que de tout temps la jeunesse a cru avoir droit de se parer; que tous les jours la nature pare de nouvelles couleurs le jeune soleil, etc.; qu'il peut donc être permis de se parer en un âge qui est la fleur et la verdure des ans, qui est la matinée et le printemps de la vie; que ce n'est qu'aux étoiles qu'il appartient d'être toujours en compagnie et toujours au bal, parce qu'il n'y a que les étoiles qui ont le don de jeunesse perpétuelle; que le meilleur en ce point serait de prendre conseil de la raison et d'un bon miroir; de se rendre à la bienséance et à la nécessité, et se retirer quand on est averti que la nuit s'approche; qu'il y a certes peu de plaisir et qu'il y a encore moins d'honneur à vouloir encore être du monde, quand on n'a plus que des ruines à montrer au monde; à courir toutes les ruelles et tous les cercles, quand on ne devrait plus penser qu'au cimetière et au cercueil; qu'une tête doit être bien verte qui n'est pas encore mûre à un âge qui aurait pourri des chênes et cassé des marbres.
Enfin, pour faire qu'il ne manque rien à la satisfaction des sens dans le service de Dieu, il se plaint qu'on fait la dévotion sévère et critique et ennemie des divertissements et des jeux qui sont la fleur de la joie et l'assaisonnement de la vie.
On s'étonnera sans doute dans toute la postérité de ce qu'un ouvrage de cette nature, si contraire à toutes les maximes de l'Évangile de J.-G. qui ne prêche que croix, que pénitence, que difficulté de marcher par la voie étroite et d'entrer par la porte étroite, ait échappé à la censure dans un siècle si éclairé. L'esprit humain et coquet du P. Le Moine a bien pu être capable de cet excès; mais il sera malaisé de concevoir comment le P. de Lingendes, son provincial, a pu approuver de telles maximes, si visiblement contraires aux vérités qu'il faisait profession de prêcher; et il était d'autant moins excusable en cela, qu'il fut averti de son devoir, par un écrit qui fut publié le 28 octobre, sous le nom de : Lettre d'un ecclésiastique au P. de Lingendes, 'provincial des Jésuites^ touchant la Dévotion aisée du P. Le Moine.
11 lui faisait voir entre autres excès du P. Le Moine, qu'en parlant de l'amour de Dieu qui fait les saints, il disait que l'observation n'en peut être difficile parce qu'elle est naturelle, et qu'il ne faut que de l'instinct, ce qui était un véritable pélagianisme. Il iui représentait comme de très grandes erreurs ce que ce Père disait pour ruiner la pénitence et la mortification de la chair, et pour autoriser la volupté. Que les abstinences commandées ne vont pas même aux choses qui ne sont que commodes, et qui ne servent qu'à la douceur et aux aises de la vie. Qu'il n'y a pointde commandement qui défende les plaisirs où il n'entre point de souillure, les voluptés qui n'ont pas besoin de secret, et qui ne font pas rougir ceux qui les prennent; qu'il y a bien des voluptés dont il est nécessaire de s'abstenir, mais que ce sont les voluptés qui fuient le jour et les témoins, qui n'osent dire leur nom, qui craignent de se montrer en public. Il lui représentait l'injustice extrême avec laquelle le P. Le Moine tolérait toute sorte d'excès dans les bâtiments, dans les meubles et les festins, pourvu que cela ne fût point de rapine : « Qui croira, disait-il, qu'il n'y ait de belles maisons que celles qui sont usurpées
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et prises de force ; que celles que la tyrannie et la violence ont bâties de la solitude et des ruines des provinces? Qui croira qu'il n'y ait de beaux meubles que ceux qui sont humides des larmes de la veuve; que ceux qui sont teints du sang de l'orphelin; qu'il n'y ait d'agréables festins que ceux qui se font de la moelle et de la substance du peuple? qui croira qu'il ne se puisse faire un bon conte, si la médisance et l'impiété n'y sont mêlées? que la volupté ne puisse plaire si elle ne noircit? qu'elle ne puisse être divertissante, si elle n'est honteuse? « De sorte que, selon ces maximes, un marchand par exemple, qui n'a point ruiné les provinces, qui n'aura jamais eu de part dans les partis qui sucent le sang des orphelins et font pleurer les veuves; mais qui se sera enrichi ou par le change ou par un trafic, même légitime, pourra sans scrupule de conscience bâtir des palais de prince, faire profusion de vanité en meubles et de gourmandise en festins. Enfin l'auteur de cette lettre rapportait au P. de Lingendes que son confrère employait un chapitre entier pour prouver ce beau titre : « que l'austérité n'est point nécessaire, et que, pour l'exécution de ce beau dessein, il soutenait qu'il n'est point nécessaire d'être le persécuteur et le tyran de sa chair, d'être le comité et le bourreau de ses sens, » ce qui était dire que saint Paul avait grand tort de châtier son corps ; que Job n'était pas sage (le faire un accord avec ses yeux afin de ne pas voir ce qu'il ne pouvait pas légitimement souhaiter; que saint Jean sortant du désert était un extravagant, et saint Pierre après lui de commencer leurs prédications par la pénitence, et ce qui était tout à fait conforme à ce que disent les impies et les athées dans le deuxième chapitre de la Sagesse : Venez donc, et jouissons des biens qui se présentent, et usons des plaisirs de la créature pendant notre jeunesse etc. ; n'ayant oublié que d'ajouter les termes suivants que le lecteur peut suppléer : Quoniam hiec est pars nostra, et hœc est sors.
Mais quelque remontrance que l'auteur de cette lettre fît au P. de Lingendes de lever le scandale que ce livre avait causé, de former une religion d'Epicure, afin de plaire aux épicuriens et aux épicuriennes, et de quelques menaces dont il usât en lui prédisant que celui qui des pierres peut susciter des enfants à Abraham, et qui, dans cette occasion,
était si sensiblement outragé par ceux qui étaient plus obligés de le reconnaître, n'armât des mains et des langues pour sa défense, le P. Le Moine se maintint paisiblement dans le droit de joindre la dévotion à la galanterie et l'impiété; et Dieu fit voir par ce terrible aveuglement de la compagnie des Jésuites, ce que l'on peut attendre raisonnablement de ces aveugles qui font gloire d'en conduire d'autres.
Le 9 de décembre, il se soutint dans l'école des Carmes déchaussés de Lyon une thèse dédiée à saint Thomas comme au grand oracle de la théologie, qui contenait ses sentiments sur la matière de la prédestination et de la grâce. Ses passages étaient à la tête de cette thèse sous le nom d'oracles, et ensuite les assertions du répondant.
Entre les libelles que publièrent les molinistes en celte année 1652, sans noms d'auteurs, il y en eut un qu'ils qualifièrent : Le& Jansénistes reconnus calvinistes far Des Marets; un autre imprimé à Alençon qu'ils qualifièrent : Instruction catholique sur les questions du temps; un autre qu'ils nommèrent : Pratique de la confession sacramentale tirée de saint Augustin. Ces deux derniers parurent au mois de septembre.
Pendant le mois d'octobre, il en parut un autre écrit en style tout à fait barbare^ sous ce titre : Le sang de J.-C. versé pour le salut de tous les hommes, au soutien de M. Le Bel, etc., contre un professeur en théologie qui enseigne le contraire. Il voulait flétrir par ces paroles le P. de Folleville*, de l'Oratoire, qui pour se défendre de cette imposture fît imprimeries thèses où il avait présidé, et qui avaient été soutenues, trois mois auparavant, par le sieur Robert Raoul, du diocèse de Séez le 3 juillet 1652.
Il parut un autre livre intitulé : S. Augusiini liber de corruptione et gratia explicatus et notis illustratus, cum animadversionibus in versionem Arnaldi, per P. Ant. Valier S. J.
On vit sortir de la boutique de Sébastien Cramoisy un fort grand volume, qui avait pour titre : « Antijansenius, hoc est selectœ Disputationes de h;vresi Pelagiana et semipelagiana ; deque variis statibus naturœ human.x, et de gratia Christi salvatoris, in quibus vera de illis doctrina proponi-
1. Philippe de Folleville, docteur en théologie de la Faculté de Caen, entra à l'Oratoire en 1634, et mourut en 167rj.