LIVRE VII
tur, et Cornelii Jansenii Iprensïs falsa dogmata refutantur per Ant. Moraines. L'auteur de la Bibliothèque antijaasénienne restitue cet ouvrage au P. Martinon' jésuite, et en effet Antonius Moraines était l'anagramme de Joannes Martinonus.
On a déjà parlé du livre que le P. Annat mit au jour sous le nom d'Augustinus a Baïanis vindicatus. C'est une chose assez remarquable que le privilège est daté du 14 octobre 1651, l'approbation donnée à Rome du 14 juillet 1652, la permission du Saint Office du 3 mai 1651.
Le sieur Nicolas Forest Du Chesne, abbé bernardin, qui avait déjà écrit plusieurs petits ouvrages sur cette matière et avait même réfuté Jansénius d'un bout à l'autre, si l'on en veut croire l'auteur de la Bibliothèque antijansénienne, publia aussi en ce temps-là un écrit avec ce titre : Lettre d'un théologien à un sien ami parfaitement guéri du jansénisme, contenant quelques avis sur les canons du concile d'Orange.
Sur la fin du mois de novembre, le P. Dom Pierre de Saint-Romuald*, feuillant, natif d'Angoulême, faisant une nouvelle édition de la chronique d'Adhémar, moine d'Angoulême, y ajouta de sa façon des choses si injurieuses contre les morts et les vivants, sans épargner même la personne sacrée de son archevêque, que son livre fît autant d'horreur par la considération de son insolence et de ses excès qu'il s'attira de mépris par la bassesse et la barbarie de son style. Nous verrons Tannée suivante qu'il ne l'écrivit point impunément.
M. Amyot, curé de Saint-Merry, fit imprimer en cette même année : La doctrine du livre Cornelii Jansenii Iprensis Augustinus, condamnée par plusieurs censures de la Faculté de Paris.
On avait supposé un autre écrit intitulé : LMlre circulaire de MM. les disciples de sain' Augustin. Le sieur Maraudé, qui l'attribuait à MM. de Port Royal par une fausseté horrible, la fit imprimer deux ans après, disant qu'elle cou-
1. Jean Martinon, jésuite, mort eu 1662, était professeur de théologie à Bordeaux.
2. Pierre Guillebaud (1585-1667), d'abord chanoine à Angoulême puis feuillant à Paris sous le nom de Pierre de Saint-Rom uald. Deux de ses ouvrages furent censurés en 5653 par l'archevêque de Paris.
rait en Bretagne, Anjou, Touraine, Normandie, Rome.
Dans la chaleur de tant de disputes, M. Jean-Charles Camus, évêque de Belley, qui ne s'était jamais beaucoup mis en peine de la lecture de saint Augustin, se mit en état d'accorder les deux partis, et publia pour cet effet quelques Eipilres théologiques sur les matières de la prédestination^ de la grâce et de lajiberté, où la neutralité des opinions est observée, conformément aux décisions des papes. Mais le divertissement qu'il se donna en baptisant les uns du nom d'e/"/?caciens et les autres de suffisanciens ne produisit point un fort grand effet.
Le P. Petau était alors accablé de maladies et d'années; mais le nouveau zèle dont il était plein pour la doctrine molinienne ne se ralentissait point par le voisinage de la mort dont il était menacé. La fièvre intérieure qui le dévorait plutôt dans l'âme que dans le corps lui fit chercher quelque espèce de rafraîchissement dans la poésie; mais il prit le soin de la rendre encore plus outrageuse que sa prose; et, sous prétexte d'invoquer sainte Geneviève pour obtenir par son intercession le soulagement de ses maux, il voulut mourir content, en déchargeant sa passion contre les défenseurs de la grâce, sans considérer que la sainte dont il implorait le secours avait été consacrée à Dieu par saint Germain d'Auxerre, l'un des plus grands défenseurs de la même grâce de J.-C. il voulut se prévaloir de cette occasion de sa maladie pour traiter M. Jansénius, évêque d'Ypres, d'hérétique pire que Luther et Calvin, pour avoir rapporté comme le véritable sens de saint Augustin ce que ce jésuite même avouait aussi bien que lui être la doctrine constante et indubitable de ce Père. La fureur de sa passion, plutôt que celle de la poésie, lui inspira entre autres vers cette boutade latine :
Hinc fœdaî novitalis amor, puisataque Christi Relligio, impuri per dévia dogmatis acta est, Quod Lulhere palara, quod lu Calvine doceba?, Proxiraus bis, caeca sed utroque nocentior arte, Reltulit ambigua verborum arabage Batavus. Qui Christi mérita, et sacri prelia ampia cruoris Humano invidit generi; necenim omnibus unum In commune datum palria contage piandis, Sed paucis, numéro tantum quos legit ab omni,
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Consultam voluisse putat, dum caetera turba Dissimulante Deo, nec opem praestante, perenni Mergitur occasu; tanquam non gralia cunctos Oblata illiciat, vitioque sil irrita nostro, Cui nos defîcimus, non déficit illa volentesi.
Ainsi, il voulait qu'un prélat illustre fût devenu plus malicieux que Luther et que Calvin pour avoir fidèlement rapporté les sentiments de ce saint docteur touchant le prix de la mort de J.-C, comme si c'eût été un crime de n'avoir pas trempé dans l'hérésie des semipélâ^iens. Aientium (ce sont là les propres termes du P. Petau) Beum velie omnes salvos fieri, sed eorum volunlate fieri ut non salventur.
M. Arnauld, répondant alors au P. Brisacier pour soutenir la censure de M. l'archevêque de Paris, lui en fit un juste reproche, et fit voir que cet excès était d'autant plus insupportable en la personne du P. Petau, qu'il était parfaitement convaincu que les sentiments de M. d'Ypres sur cette matière étaient tout à fait conformes à ceux de saint Augustin, Car quoiqu'il y eût renoncé dans le dixième livre de ses Dogmes ecclésiasliqueSy il les avait déjà établis dans le neuvième qui était imprimé avant l'édition de Jansénius ; et on ne pouvait attribuer cette inconstance qu'à un pur esprit d'animosité et de cabale, qui le portait à accuser cet illustre évêque de n'être pas semipélagien, comme il le devenait dans ses vers en se servant des expressions de ces prêtres de Marseille. On voyait en cela un effet visible de la passion de ce fameux jésuite qui voyait mourir avec lui sa réputation, et qui se vengeait du mauvais succès de ses livres si solidement réfutés; et M. Arnauld disait qu'il avait mieux dépeint la 'maladie de son esprit que celle de son corps en concluant celte satire par ces paroles :
Petavius fcger Cantabat, veteris quaerens solatia morbi.
Le P. Petau, qui devait être touché d'un juste remords de conscience après une conduite si inégale et des excès si prodigieux, voulut justifier son inconstance et son animosité par de misérables défaites. Car il y répondit d'Orléans, lieu
1. Ces vers, d'assez bonae facture, soat etnpruatés à ua ouvrage de Petau iutitulé: AdGenovefam, urbispalronam, saturum cat^men... Paris, Craujoisy, 18 p. iu-40.
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de sa naissance, par une lettre adressée à un de ses amis ', et il prétendit n'être pas contraire en cela à lui-même, quoiqu'il eût écrit dans le premier tome de ses Dogmes ecclésiastiques que les hommes sont destinés au salut éternel avant que Dieu ait prévu leurs mérites, et que ce n'était pas là seulement le sentiment de saint Augustin; mais que tous les catholiques l'ont reçu comme un article de foi. Il crut s'en tirer en disant que ce qu'il avait dit, que les saints Pères, les docteurs, les papes et les conciles ont reçu comme catholique la doctrine de saint Augustin, ne devait s'entendre que de ce que ce saint docteur a enseigné de la doctrine de la grâce et non de 'celle de la prédestination. Et quant à ce qu'il s'était servi dans ses vers des expressions et des sentiments des semipélagiens condamnés par saint Prosper, il prétendait que ce saint docteur ne s'était point attaché à condamner les expressions de ces prêtres de Marseille, mais seulement leurs erreurs, et que lui, P. Petau, avait employé leurs termes sans suivre leurs sentiments, à l'exemple de quelques Pères de l'Église qui avaient employé en de certains temps des expressions des hérétiques qui avaient été condamnées en d'autres rencontres et en d'autres sens. Cependant il concluait ce misérable galimatias par une horrible détestation de la doctrine de saint Augustin, et voulait en faire comme une profession de foi dans laquelle il voulait mourir. «Quammeamprofessionem, disait il, tanquam ultimam ac cycneam vocem ita obsignatam reiinquere statui ut in ea salutem omnem ac pietatem quâ religiosus ad hanc diem haberi studui, verti ac contineri perpetuo velim. » Une prière de cette nature, qu'il faisait le 8 de septembre, était une espèce d'imprécation qu'il prononçait contre lui-même; et il put savoir l'onzième de décembre de la même année s'il était aussi aisé d'en rendre compte devant le tribnnal de Dieu que d'abuser de la patience des hommes. Son inconstance fit connaître de plus en plus ce que c'est que d'être attaché par des vœux et par toutes sortes d'engagements à une société dominante, puisqu'ayant connu la pénitence et la grûce, qui sont deux des plus importantes vérités de notre religion, il avait étouffé ses propres lumières en désavouant, pour répondre à M. Arnauld, ce qu'il avait
!. « D. Petavii... ad amicam quemdam epistola ». Paris, Cramoisy, 8 p. ia-40.
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établi par ses notes sur saint Épiphane, et rétractant ce qu'il avait dit à l'avantage de saint Augustin, pour favoriser la passion de sa compagnie contre M. d'Ypres. On ne lui ravit point l'honneur d'avoir été fort savant dans les langues et dans l'histoire ; mais son histoire particulière sera étonnante, et apprendra à tous les siècles que la doctrine de la foi n'est pas un jeu.