LIVRE VII
élections la discipline générale qu'il avait si sagement établie, ne firent aucune impression sur leurs esprits; et quoiqu'il les priât instamment de ne pas donner leurs suffrages à quelque personne qui fût déjà élevée à la dignité pastorale, de peur d'engager toute l'Université à un procès qui lui serait inévitable pour empêcher ce désordre, et qu'il les portât à choisir celui de la maison qu'ils estimeraient lui devoir être le plus utile, l'événement a fait voir combien ils avaient fait peu d'état de ce conseil. Que si d'une part on peut louer la piété qu'ils firent paraître lorsqu'ils ordonnèrent un jeûne dans le collège de Montaigu, et qu'ils témoignèrent à ceux qui leur parlaient de cette élection que c'était un excellent moyen pour attirer les lumières du Saint-Esprit, à qui seul il fallait laisser la décision de cette affaire, d'un autre côté il est assez difficile de concevoir avec quel excès de facilité ils se laissèrent prévenir par les conseils intéressés de quelques personnes préoccupées dont l'aigreur et l'animosité violente leur devaient être suspectes.
Pour s'assurer de toutes les voix qui leur étaient nécessaires, ils s'avisèrent le jeudi au soir, veille de l'élection, de casser les voix de trois maîtres, et ce fut Tunique fruit de la visite qu'ils firent dans le collège, afin que, toute la puissance d'élire étant réduite à trois personnes dont ils espéraient d'éblouir Tune par l'éclat de mille promesses avantageuses, leur intrigue fût hors de toute apparence de péril. De sorte que de six maîtres qui devaient donner leurs suffrages, savoir : M. Michel Gilet, depuis^ curé de Nointel, et doyen rural de Pont, dans le diocèse de Beauvais, Claude Fontaine, Mathieu Tiberge, Pierre Renouard, Claude Charpentier et Charles Canel, qui depuis est devenu par ses degrés curé de Cyres dans le même diocèse de Beauvais, ils cassèrent Gilet, Fontaine et Canel, les deux premiers sous prétexte que leur bourse était de nouvelle fondation, et le troisième, pour n'être pas assez qualifié.
Cette cassation étant ainsi faite in fraudem electionis, sans y observer nulle des formalités qui sont essentielles en ces sortes d'occasions, sans nul écrit, mais seulement de vive voix, sans nulle raison légitime, et sans les avoir
1. Ms. : maintenant. Il aurait donc cessé de l'être entre la composition première et la copie.
avertis auparavant comme les statuts l'ordonnent pour ceux mêmes que Ton exclut quand ils sont rebelles, indociles et scandaleux; sur ce que l'un des trois. voulut répliquer, les Pères chartreux se retirèrent aussitôt sans l'écouter, et dirent en sortant à l'un des trois autres maîtres que le lendemain au matin ils célébrassent à l'ordinaire la messe du Saint-Esprit, et attendissent leur mandement pour l'élection.
On vit en cette rencontre l'effet de ce qu'ils avaient dit quelque temps auparavant à M. Michel Gilet, président des pauvres. Car étant allé aux Chartreux à la fête de Saint- Martin, le P. prieur, voyant qu'il ne pouvait se résoudre à donner sa voix à M. Abraham Marlier, quoiqu'il l'en sollicitât avec beaucoup d'empressement, il lui dit en le menaçant qu'il savait bien comment il viendrait à bout de l'élection, et qu'il y en avait déjà deux qu'il casserait^ et depuis, M. Charton, pénitencier, dit aux sieurs Fontaine et Renouard' que s'ils fussent sortis lorsqu'ils avaient été cassés par le P. prieur, il les aurait fait rentrer dans l'instant qu'ils auraient demandé leur rétablissement par une requête.
Enfin le jour de l'élection étant arrivé, et la messe du Saint-Esprit ayant été célébrée dans le collège, deux de ces trois maîtres, savoir Fontaine et Canel dont les voix n'avaient pu être cassées, se trouvèrent avec les trois autres dans le cloître des Chartreux, suivant le mandement qui avait été envoyé par le prieur indifféremment à tous les maîtres de Montaigu,et ayant amené avec eux deux notaires devant lesquels ils venaient de faire leurs protestations, ils usèrent de leur droit sans avoir égard au refus que les Chartreux firent dans cette délibération, et nommèrent avec les trois autres la personne de M. Cordon, ce qui ayant été rapporté au troisième, savoir à M. Michel Gilet qui était absent, il s'unit aux autres parles protestations qu'il en fit devant les mômes notaires, en rendant en même temps des raisons tant de son absence légitime que des motifs qu'il avait pour l'élection de M. Claude Cordon à la charge de principal.
Le même jour après midi, un notaire apostolique étant
1. C'est probablement Canel qu'il faut lire, Renouard n'ayant pas été cassé par les Chartreux.