‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 485 sur 522 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

venu au collège de Montaigu pour signifier aux maîtres un autre mandement latin de la part du prieur des Chartreux, qui portait encore de nouveau que tous, sans exception d'aucun, se trouvassent le lendemain matin à huit heures chez eux pour continuer l'élection qui avait été commencée, quoique ces six maîtres eussent pu raisonnablement s'en dispenser, et que s'ils en eussent usé de la sorte, c'eût été par l'avis de leur conseil; néanmoins, dans la créance qu'ils eurent que les Pères chartreux s'étaient rendus à la raison, ils aimèrent mieux déférer à ceux d'entre leurs amis qui leur inspiraient cet esprit de soumission, et leur conseillaient de condescendre plutôt que de donner à ces Pères le moindre sujet de se plaindre de leur trop grande fermeté. Ils allèrent donc tous six dans le dessein, non pas de procéder à une élection nouvelle, mais de faire paraître le respect qu'ils avaient pour eux, et ils apportèrent à cette assemblée la résolution constante de faire toutes les protestations nécessaires, de demeurer dans leur premier sentiment sur le sujet de cette élection dont ils ne pouvaient et ne devaient pas se départir; ce qu'ils exécutèrent avec beaucoup de conduite.

L'élection étant faite, l'ordre des statuts voulait qu'elle fût portée à M. le pénitencier pour la présenter au chapitre de Notre-Dame de Paris qui la devait confirmer et en donner les provisions. Suivant cette ancienne pratique, les maîtres du collège de Montaigu présentèrent à M.Charton l'élection qu'ils avaient faite de la personne de M. Claude Cordon, et, sur le refus qu'en fit ce pénitencier^ qui avait toujours agi de concert avec les Chartreux dès la naissance et la suite de cette affaire, ils s'adressèrent à M. de Contes, doyen de la même église de Paris, et en cette qualité le premier des conservateurs des privilèges et de la discipline du collège de Montaigu, qui reçut leur élection^ qui la présenta le lundi suivant au chapitre de Notre Dame; mais MM. du chapitre n'étant pas suffisamment instruits de l'affaire, ils en remirent la délibération au mercredi.

Dans l'intervalle de ce peu de jours, les Pères chartreux, ' voyant que les voies ordinaires ne leur avaient pas réussi, en cherchèrent d'autres qui sont assez extraordinaires en ces sortes de rencontres. Car ils appelèrent de cette élection qu'ils prétendaient être nulle, et surprenant la religion

de la cour par le faux exposé 'de leur requête, parleur crédit et parla disposition où était alors M. Mole, premier président de leur accorder tout ce qu'ils lui demanderaient contre un homme attaché à M. Du Hamel, curé de Saint- Merry,et soupçonné de ce qu'on voulait bien appeler jansénisme ; ils obtinrent un arrêt sans parties ouïes, par lequel il était défendu au chapitre de Notre-Dame de passer outre, et de donner des provisions à un docteur de Montaigu qui venait d'être élu selon toutes les formes et les règles accoutumées. Ainsi ils tombèrent insensiblement en deux pièges, et comme d'une part ils reconnurent cette élection comme une chose consommée, d'autre côté ils étendirent cette appellation comme d'abus jusqu'à l'effet de la rendre suspensive, ce qui était inouï jusqu'alors dans les matières ecclésiastiques, selon les maximes indubitables de nos lois.

Pendant que ces maîtres du collège de Montaigu se disposaient à l'audience qui devait vraisemblablement décider tous ces différends, ils furent surpris de voir entrer en leur maison, le samedi 16 de novembre, MM. Doujat^ et de Saveuses2, conseillers de la Grand'chambre, avec les Pères prieur et procureur des Chartreux, et leur étonnement s'augmenta quand ils virent que ces deux magistrats, conseillers du Parlement, en exécution d'un second arrêt qui venait d'être donné tout fraîchement à la Grand'chambre, sans parties ouïes, installèrent en la charge de principal de ce collège M. Abraham Marlier, pour l'exercer par commission jusqu'à ce qu'il en eût été autrement ordonné par la cour. Cela donna lieu aux deux présidents du collège de s'opposer à toute cette procédure où leur droit était visiblement blessé, puisqu'en effet il leur appartenait naturellement de gouverner la maison quand la charge de principal était vacante, selon la pratique immémoriale qui s'en était toujours observée. Aussi les conclusions du parquet avaient été contraires aux Chartreux, et M. l'avocat général IBignon avait été d'ctvis qu'on jugeât l'affaire à fond ; mais le crédit de ces

1. Peut-être s'agit-il ici de Jean Doujat (1609-1688), célèbre jurisconsulte et membre de l'Académie Française. Il était avocat au Parlement.

2. Charles de Saveuscs (1393-1670), soldat, puis prêtre, fut contraint en 1629 de prendre la charge de conseiller au Parlement par suite de la mort de son frère qui l'occupait.

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