‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 488 sur 522 · CHAPITRE XXVIII Emprisonnement de M. le cardinal de Retz · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII Emprisonnement de M. le cardinal de Retz

II y avait de plus grandes affaires à la cour que celle de M. Cordon et de la charge de principal du collège de Montaigu; et comme l'emprisonnement de M. le cardinal de Retz est l'un des plus célèbres événements de l'histoire de notre siècle, elle doit trouver ici d'autant plus sa place qu'elle a eu des suites pour les disciples desaint Augustin, dontla plupart ont toujours eu beaucoup de respect pour sa personne sans avoir jamais eu aucune part dans son intrigue.

Ce prélat, grand par sa naissance, par son esprit et par son courage, et à qui Dieu vient de faire la grâce d'ensevelir toutes les grandeurs et toutes les vanités du monde dans une sainte solitude et dans les exercices édifiants d'une vie humble et pénitente, avait trouvé de grands obstacles à ses desseins pendant le ministère du cardinal de Richelieu qui avait entrepris d'humilier sa maison. Le P. de Gondi, son père, qui de général des galères s'était fait prêtre de l'Oratoire, avait trouvé son repos temporel aussi bien que les moyens de s'appliquer à l'édification de son àme dans ce genre de vie tranquille et paisible. Le duc de Retz, frère de ce prélat, était menacé de voir éteindre sa famille par sa

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mort, parce qae Dieu ne lui avait pas donné d'enfants mâles de son mariage avec sa cousine germaine, fille de l'ancien duc de Retz; son puîné, qui est maintenant cardinal, n'étant point encore engagé dans les ordres sur la fin de ses études, pouvait quitter la soutane et prendre Tépée, pour conserver son nom, le bien et l'éclat de sa maison, et ceux qui croyaient le connaître attribuaient moins à sa piété le choix qu'il faisait de la vie ecclésiastique, sans hésiter dans cette délibération, qu'à une ambition secrète d'arriver un jour par cette voie au gouvernement de l'État, et d'y tenir le même rang que quelques-uns de ses oncles y avaient tenu autrefois.

La mort du roi [Louis Xlll] ayant changé la face des choses, messire Jean François de Gondi, son oncle, premier archevêque de Paris, le fit son coadjuteur, et la situation où était la cour au commencement de la régence, d'accorder toutes les grâces qu'on y demandait, lui fit obtenir celle-ci, qui était capable, pour parler humainement, d'arrêter son ambition, si elle n'eût été que médiocre. Il aurait pu dès lors donner de l'exercice et de l'aliment à son esprit qui le dévorait, si M. l'archevêque de Paris, son oncle, ne se fût contenté de le nommer son coadjuteur, sans lui donner aucun emploi ecclésiastique, soit que, par une étrange légèreté, il se repentît déjà du choix qu'il venait de faire, soit que, par une basse jalousie, il enviât à ce neveu plein d'esprit, de feu et de vigueur, les occasions qui auraient fait remarquer à tout le monde une fort grande inégalité dans leurs qualités naturelles et acquises.

On peut dire que l'exclusion des emplois et des fonctions ecclésiastiques a causé un préjudice très notable à ce prélat qui étant alors dans l'ardeur de sa jeunesse, chercha dans le monde ce qu'on lui refusait dans l'Église, et n'étant point d'humeur à demeurer dans son cabinet, se produisit au dehors beaucoup plus qu'il n'aurait pu faire, si on eût arrêté son impétuosité naturelle par l'heureuse nécessité de demeurer dans les bornes et dans la bienséance de sa profession. Ce fut ce qui lui fit prendre part aux mouvements de Paris, particulièrement depuis les premières barricades, et qui lui fit lever deux régiments, à qui l'on donna le nom de Corinlhe parce qu'il portait le titre de cet archevêché, et ce qui lui donna tant de part aux affaires de

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