‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 489 sur 522 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

la guerre de Paris et aux délibérations du Parlement, dont il n'est point à propos de rappeler ici le détail, parce que toutes nos histoires en sont remplies. Il suffit de dire qu'il poussa si loin les choses que la cour se trouva réduite à demander pour lui à Rome le chapeau de cardinal, sous lequel il croyait se mettre à couvert de la tempête pour tout le reste de sa vie. Mais l'événement a fait voir combien la prudence humaine est courte et fautive, puisque cette élévation a été sa perte, et qu'il eût pu passer sa vie dans le repos, dans la liberté et dans l'honneur, s'il eût su se renfermer dans les bornes des fonctions épiscopales qui ne lui pouvaient manquer, du moins après la mort de son oncle.

Quelques-uns ont cru que cette nomination au cardinalat n'avait jamais été sincère, et qu'il y avait des ordres secrets de la traverser à Rome. Mais ceux qui ont vu les choses de plus près, et qui ont eu part aux négociations les plus secrètes de M. le bailly de Valençay', notre ambassadeur, assurent que le cardinal Mazarin l'avait pressé lui-même pour faire obtenir ce chapeau au coadjuteur de Paris, et que ces ordres secrets se réduisaient uniquement à laisser un peu traîner cette sollicitation jusqu'à ce que celui auquel on procurait cette dignité eût rendu à l'État des services plus considérables. Quoi qu'il en soit, l'abbé Charrier* ayant été envoyé à Rome et y étant arrivé au mois d'octobre 1651 pour solliciter l'effet de cette nomination, elle fut inutilement traversée par le sieur Montreuil*, dépêché par M. le Prince de Conti qui demandait un chapeau pour lui-même, sans être nommé par le roi. Le pape Innocent X, qui n'aimait pas le cardinal Mazarin, et qui non seulement voulait empêcher son retour en France, mais avait aussi dessein de lui mettre un homme en tête pour ruiner son grand crédit, hâta d'autant plus cette promotion après le retour du cardinal Mazarin auprès du roi, qu'il craignait qu'elle ne

1. Henri d'Estampes, bailli de Valençay (1603-1678), chevalier de Malte, fut ambassadeur extraordinaire à Rome, puis grand prieur de France.

2. Guillaume Charrier, abbé de Chage, fut employé par Retz dans de nombreuses négociations. Il mourut en 1667.

3. Le poète Jean de Montreuil ou Montèrent (1614-1651), secrétaire du prince de Conti, fut employé par lui dans plusieurs négociations.

fût révoquée par Sa Majesté. Le grand-duc de Florence rendit aussi en cela de très bons offices à M. le coadjuteur de Paris en considération du bailly de Gondi', secrétaire de Son Altesse. Enfin cette promotion se fit le 19 février 1652, et le cardinal de Retz fut déclaré avec neuf autres, le pape s'en réservant encore deux in pectore. Ceux qui voyaient alors ce qui se passait en France et à Rome, ne regardaient cette promotion que comme l'effet et le fruit d'une grande intrigue, et ne prévoyaient nullement que dans vingt-trois ans il ferait autant d'efforts pour renoncer à sa dignité et pour renvoyer son chapeau à Rome qu'il en avait fait pour l'obtenir : mais Dieu seul connaît ce qui est caché à l'esprit et au cœur des hommes, et il sait les temps et les moments qu'il s'est réservés pour faire éclater les grands desseins qu'il a sur eux.

Après que le cardinal de Retz eut été revêtu de cette nouvelle dignité, il crut que le retour du roi à Paris serait le véritable lien de la paix de tout le royaume, et pour l'obtenir, il alla trouver Leurs Majestés à Compiègne, et fit une harangue si touchante à la tète de tout son clergé et de ses députés qu'il obtint la grâce qu'il demandait. Mais il ne jouit pas de la grâce qu'il avait procurée aux autres. Le cardinal Mazariu, qui était piqué de ce qu'il ne lui avait point écrit pour le remercier de sa promotion au cardinalat, ni parlé de son ministère, ni demandé son retour quand il avait harangué le roi à Compiègne, lui voulut faire ressentir que quoiqu'il fût éloigné de la personne de Sa Majesté, il dominait encore à la cour, et fit concevoir des soupçons sur sa conduite par les actions mêmes qui devaient être capables de détruire ceux qu'on pouvait déjà en avoir pris par sa conduite précédente. Car, comme on vit qu'après le retour du roi qui avait été suivi de mille bénédictions et des applaudissements des peuples, et dont la reine-mère lui attribuait l'honneur en l'appelant son ouvrage en présence de plus de deux cents personnes, il s'abstenait d'aller à la cour, s'appliquait à la prédication fréquente, employait le reste de son temps, ou à étudier les conciles, ou à préparer des matières pour prêcher le carême elles fêles les plus so-

1. Jean-Baptiste de Goadi, bailli de Pise (1589-1664), ué à l'iorcnce mais naturalisé français, fut premier ministre et secrétaire du grand duc de Florence.

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