‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 499 sur 522 · LIVRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE VII

d'aidei' le zèle qu'il faisait paraître pour le bien des pauvres, qu'il avait consulté cette affaire sous des noms empruntés à des personnes aussi habiles que le pouvait être M. le président de Maisons, et qu'il les avait trouvées d'avis fort contraire au sien; qu'il y avait des particularités dans l'affaire que ce président ignorait, et que, quand en justice on verrait sur le dos des papiers déposés des notes de la main du défunt par lesquelles il paraîtrait qu'il avait pris des intérêts de ses débiteurs pour des sommes notables, il aurait grande peine avec son crédit d'éviter qu'on n'en ordonnât la restitution, que quant à l'expédient qu'il proposait de faire passer titre nouvel par les débiteurs, c'était une chose qui n'était pas en sa puissance et qu'il n'oserait soutenir devant des personnes de sa profession; qu'en un mot, après avoir fait tout ce qui était eu lui pour l'exécution précise de la volonté de feu M, de Ghavigny, il conseillerait à M. Singlin, pour le bien des pauvres et pour prévenir les avantages que la veuve pourrait trouver en l'autorité de M. de Maisons et d'autres semblables personnes qui l'appuieraient, de mettre les papiers en des mains si puissantes et si favorables, qu'il serait difficile à cette dame de les retirer avec tout son crédit. M. de Saint- Paul fit attention à tout ce discours,, et promit de disposer M'»" de Ghavigny à se faire justice en cette rencontre.

Le 18, les dépositaires ayant arrêté de traiter cette affaire par arbitrage, le 19 ils le proposèrent à M. de Saint-Paul en tels ou semblables termes : « M. Singlin a beaucoup de peine que M'»^ de Ghavigny ait pensé qu'on veuille se prévaloir du dépôt pour exiger d'elle par violence quelque somme. Si la tradition des pièces déposées que l'on a ne donne point de droit pour l'exécution de la volonté du défunt, il n'en veut rien. Si au contraire lesdits avantage* sont jugés solides, ledit sieur Singlin ne voudrait pas les faire perdre à ceux que ledit défunt a considérés. Que pour cela il fallait des juges; que d'en prendre de rigueur, les dépositaires des papiers y trouveraient plus d'avantages, d'autant que leur décharge serait plus pleine ; mais que parla considération de la mémoire dudit défunt, il serait bien aise de terminer cette affaire le plus secrètement qu'il pourrait, et pour cela qu'il estimait qu'il n'y avait point de voie plus commode que celle d'un arbitrage, lequel il pen-

MEMOIRES DE GODEFROl HERMANT

sait qu'on pouvait composer d'une ou deux personnes de justice de part et d'autre, d'autant de docteurs de Sorbonne, et de sa personne qu'on prendrait pour surarbitre. »

M. de Saint-Paul agréa cette proposition et fit espérer de la faire approuver par la veuve.

Le 20, ce curé rapporta que M"'^ de Chavigny consentait à l'arbitrage; mais qu'elle ne voulait aucun compromis, ni donner aucune décharge aux dépositaires. M. de Bagnols promit d'en instruire M. Singlin, mais afin de le pouvoir faire plus clairement, il demanda l'explication du mot de décharge, et dit que si la veuve pensait qu'on la demandait de sa part, il serait aisé de la contenter ; mais que si elle ne voulait pas consentir que les arbitres donnassent une sentence ou avis pour la décharge des dépositaires, il était impossible de rien relâcher; que, quant au compromis, on aviserait si on pouvait s'en passer. M. de Saint-Paul dit qu'il était bon de prendre du temps pour délibérer de toutes choses, et qu'il suffisait qu'on se revît dans deux jours pour rapporter de part et d'autre les résolutions qu'on aurait prises.

Le 22, on consulta M. Le Nain', Maître des requêtes. Son premier sentiment fut de plaider la cause, croyant qu'elle se soutiendrait fort bien en justice. Mais ayant depuis écouté les raisons qui avaient obligé à prendre la voie de l'arbitrage, il fut résolu avec lui et par l'avis de tous ceux qui avaient connaissance de cette allaire, que M. de Bagnols, conférant avec M. le curé de Saint-Paul, pourrait se relâcher du compromis, et insisterait par tous bons moyens à demander la décharge des dépositaires, signée des arbitres; et que s'il jugeait avant que de le quitter qu'il fût impossible de l'obtenir, il se réduirait à l'expédient qu'on avait mandé de Port-Koyal des Champs, qui était une déclaration par écrit que l'on prendrait de M. de Saint-Paul, par laquelle, afin de prévenir et de dissiper les faux bruits qui pourraient courir sur celte affaire, comme il en avait couru sur le sujet de la confession et de l'absolution de M. de Chavigny, il certifierait le public qu'il ne s'y est rien passé que dans les voies d'honneur et de piété ; et qu'ayant été choisi pour principal ou plutôt unique entremetteur, il peut as-

i. C'est le pAr.' do Ln Nain de TiUeiuouti

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