‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 55 sur 522 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

toutes les belles connaissances, les subtilités de la théologie scolastique, qui était alors l'unique que l'on étudiait pour se mettre sur les bancs, se trouvaient assez conformes à son inclination; mais il n'en demeura point là, et comme il reconnut par la lecture des écrits des professeurs dont il prenait les leçons, qu'ils consultaient assez peu les originaux dans la citation des Saints Pères de l'Église, se rapportant à la bonne foi des scolastiques modernes qui les avaient allégués avant eux, il crut dès lors devoir plutôt puiser les lumières dans les sources que dans les ruisseaux, et s'appliqua de lui-même à la lecture de saint Augustin, avant que la doctrine de ce saint docteur sur la matière de la grâce eût exercé les esprits.

Le goût qu'il y prit l'empêcha de se rebuter des difficultés de cette pénible lecture, et il en donna des marques publiques dès l'année 1635, lorsqu'il répondit de tentative dans les salles extérieures de la Sorbonne, à l'Age d'environ vingt-trois ans ; car ayant pris pour matière de sa thèse les Mystères de la grâce, les attributs de la Trinité et les anges, il y soutint dès ce temps-là toute la doctrine de saint Augustin, et il fît voir à l'Assemblée générale du Clergé de France, à qui son acte était dédié, qu'il était dès lors le fidèle disciple de ce Père. 11 y soutenait la distinction des deux grâces, de l'état d'innocence et de celui de la nature réparée par Jésus-Christ. M. le cardinal de Retz, pour lors abbé de Buzay, fut un de ceux qui lui firent l'honneur de disputer contre lui; grand nombre de prélats se trouvèrent à son acte, qu'il ne soutint que l'année suivante, ayant pensé mourir d'une pleurésie. Tout s'y passa avec un applaudissement général, et sans aucune contradiction touchant la doctrine qu'il soutenait, de sorte que six ans avant que l'on eût ouï parler en France du livre de M. Jansénius, évèque d'ipres, il avait déjà acquis la connaissance des vérités que saint Augustin a soutenues contre les hétiques de son siècle, et qui ont été dans le nôtre la matière d'une longue contestation.

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