CHAPITRE XIV
M. le cardinal de Richelieu consulte M. de Saint-Cyran sur le mariage de Monsieur avec la princesse Marguerite de Lorraine. Son estime pour cet abbé. 11 le tente inutilement par des bienfaits et s'offense de son refus.
Une occasion très importante à l'Église et à l'État donna cette année beaucoup d'exercice aux plus célèbres théologiens de Paris. Car M. le duc d'Orléans, Gaston Jean-Baptiste de France', s'étant marié à Nancy au mois d'août 1632, avec la princesse Marguerite, sœur du duc de Lorraine, M. le cardinal de Richelieu, qui avait de grands desseins sur sa personne et qui voulait même lui faire acheter son repos en épousant sa nièce*, veuve du feu sieur de Combalet, crut devoir faire déclarer nul ce mariage, comme étant fait sans le consentement de Sa Majesté.
Comme il s'agissait d'un sacrement et d'une très grande affaire de conscience, il consulta sur ce sujet, en 1635, un très grand nombre de théologiens, au dedans et au dehors duroyaume.il voulut que M. de Saint Cyran fût de ce nombre parce qu'il connaissait son mérite, et crut que son sentiment serait un suffrage de très grand poids s'il le pouvait trouver favorable à ses inclinations. Il y avait déjà longtemps qu'il avait tâché de se l'acquérir, car dès l'année 1625, M. l'abbé de la Cochère, depuis évoque d'Aire, frère de M. Bouthillierle surintendant, lui ayant parlé de lui selon les sentiments de son cœur qui était tout à fait persuadé de la suffisance et de la piété de cet illustre ami, le cardinal, qui était alors fort uni à la Reine mère du Roi, Marie de Médicis, lui demanda en sa faveur une abbaye de 4.000 livres de rente en Auvergne, à la nomination de Sa Majesté, que l'on croyait vacante, et qui se trouva depuis ne l'être pas, et l'ayant obtenue, il en envoya le brevet par M. Bouthillier