LIVRE II
la doctrine de Louis Molina dans la plupart des universités catholiques, dont les professeurs avaient été leurs disciples pendant la Ligue ou étudié sous leurs disciples, regardaient ce grand ouvrage comme un coup de foudre qui perçait la nuée pour renverser les machines de leurs nouvelles opinions. Ayant parlé avec tant de mépris de saint Augustin, à qui le même Molina avait reproché d'avoir été couvert comme d'un nuage dont l'obscurité l'avait empêché de remarquer ce que la subtilité de leur esprit leur avait fait découvrir dans ce dernier siècle, ils ne pouvaient souffrir qu'on relevât si hautement le mérite et l'autorité de ce saint docteur de la grâce, et qu'un évêque si habile, qui avait passé la plus grande partie de sa vie dans cette lecture, réduisît toute la dispute à une question de fait, savoir à la seule discussion des sentiments de ce grand saint sur une matière si importante. Ils prévoyaient que les théologiens, qui pour la plupart s'étaient contentés, dans ces derniers temps, de la lecture de Suarez', de Vasquez', de Grégoire de Valence '' et de quelques autres auteurs de leur compagnie, pourraient, à l'occasion de ce nouveau livre, prendre goût à la doctrine de saint Augustin, et puiser désormais leurs connaissances dans la source même*. Mais surtout ils ne pouvaient souffrir que M. l'évêque d'Ypres eût fait suivre son ouvrage d'un traité particulier, où il pèse leur doctrine et la met en parallèle avec celle des anciens semipélagiens, pour en découvrir la conformité et la différence. Toutes ces considérations les portaient à prendre les armes pour la conservation de l'empire qu'ils s'étaient acquis par une possession de quarante ou cinquante ans, et qui pendant tout ce temps-là ne leur avait été contestée que par quelques universités particulières, comme par celles de Douai et de Louvain, qui avaient publié quelques censures contre leurs livres.
La plupart des professeurs en théologie de la Faculté de
1. François Suarez (1548-1617), Jésuite, professa la théologie à Rome et en Italie.
2. Gabriel Vasquez (1531-1604), jésuite, professa la théologie à Alcala et à Rome.
3 Grégoire de Valence ou Valentia (1549-1603), jésuite espagnol, enseigna la théologie à Ingolstad.