Ms. : au lieu de ne s'instruire que dans les ruisseaux
Paris étaient unis avec eux par d'anciens préjugés. Car, outre que notre orgueil est si grand que nous avons naturellement une mauvaise honte qui nous empêche de nous instruire quand nous avons acquis quelque autorité dans le monde par l'instruction des autres, il n'y a rien de plus favorable à la cupidité humaine que la doctrine des jésuites, et ces docteurs, qui avaient été les guides et les conducteurs des autres, avaient beaucoup de peine à se réduire à étudier les sentiments de saint Augustin, dont ils avaient pris assez peu de soin de s'informer.
Mais le cardinal de Richelieu, qui voulait être l'arbitre du monde aussi bien pour la théologie que pour les afîaires de la paix et de la guerre, croyait par toutes les règles de sa politique être engagé à se déclarer contre ce nouvel ouvrage. Tenant en prison M. l'abbé de Saint-Cyran, par le seul soupçon qu'il avait, quoique sans fondement, que ce savant théologien avait part au livre du P. Séguenot, à cause de la doctrine de la contrition, il ne pouvait souffrir que M. l'évêque d'Ypres l'eût soutenue dans un livre d'une si grande étendue, et qu'il l'eût appuyée de toute l'autorité de saint Augustin. Son Catéchisme de Luçon lui revenait toujours dans l'esprit; c'était le toucher dans la prunelle de l'œil que de vouloir contester ses sentiments sur la suffisance de l'attrition; il était jaloux de la gloire de cette opinion qui avait régné paisiblement durant plusieurs années, par le grand nombre de ses sectateurs, et la liaison de M. Jansénius avec M. de Saint-Cyran ne lui était pas inconnue.
Mais il y avait encore une considération particulière qui l'indisposait contre cetévêque, car on lui attribuait un livre appelé ^ar* 6'û//icui', publié sous le nom de Patricius Armaca- WMS, qui décriait la conduite de ce premier ministre, à cause de l'alliance qu'il avait prise avec les Luthériens d'Allemagne et de Suède ; et dans la vérité , sans parler du fond de la question, il était aisé de répondre à cet auteur que l'empereur Charles-Quint n'avait point eu ce scrupule quand il avait fait assiéger le pape Clément VII dans le château Saint-Ange, pendant que, par un zèle catholique qu'il croyait très compatible avec sa politique espagnole, il faisait faire des processions pour sa liberté. Mais quoique les jésuites de Flandre eussent relevé cet ouvrage de M. d'Ypres par des vers qu'ils