LIVRE II
firent à sa louange, dans le temps qu'il fut fait évêque, ceux qui crurent en France qu'il n'avait pas gardé en cette rencontre toute la modération nécessaire dans la défense des intérêts de son prince, voulurent raisonner de l'un à l'autre, confondre la cause de la Religion avec celle de l'État, et se persuader que ce travail sur la grâce pouvait bien leur faire du moins suspendre leur approbation, puisque l'auteur enavait fait un contre l'honneur de notre royaume. Ce raisonnement n'était pas juste, mais il ne laissait pas de fournir quelque couleur aux politiques, à qui les intérêts de la foi sont assez indifférents, et qui envisagent la cause de Dieu et de son Eglise avec une vue tout humaine.
Cependant la même année que VAugustin de M. d'Ypres fut imprimé à Louvain, on l'imprimait aussi à Paris, et il y parut au commencement de Thiver de 1641, avec privilège du Roi, et approbation de cinq docteurs, savoir : MM. Bachelier, Le P'éron, et de Fleury, tous trois de la maison et société de Sorbonne, et des Pères Molin et Richard, carmes.
Voilà de quelle manière les esprits se partageaient sur le sujet d'un ouvrage que l'on ne connaissait guère encore que par le titre et l'inscription qu'il portait. Mais comme sa lecture était d'une longue discussion, la plupart des théologiens prirent parti, avant que de s'être donné la peine de le lire et d'en confronter les passages avec ceux de saint Augustin qui y sont cités. Il y en a eu un très grand nombre, parmi ceux mêmes qui se sont le plus échauffés pour le décrier, qui à peine en ont vu la couverture ; ils se sont contentés de leurs anciens préjugés sur cette matière, ou s'ils en ont appris quelque chose de plus, ce n'a été que sur le rapport de ceux qui en ont rapporté quelques passages pour les réfuter. Ceux mêmes qui l'ont attaqué par de plus grandes intrigues et par de plus étranges cabales ont fait gloire de ne s'être jamais donné la peine de s'en instruire. Mais il y en a eu quelques autres qui s'y sont sérieusement appliqués, et qui, étant passés de cette lecture à celle de saint Augustin, ont cru devoir exposer toutes choses pour la défense de la grâce, dont ce Père est le plus grand et le plus illustre docteur, après saint Paul qui en est l'Apôtre.