‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 5)Chapitre 99 sur 522 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Il lui proposa le jeûne du carême et l'autorité du cardinal Bellarmin * qui dit que l'Église le tolère seulement en la la manière qu'il se pratique, et qu'on fait mieux déjeuner autrement que le commun; que ce cardinal pouvait dire la même chose de la pénitence et de l'absolution, mais qu'il n'a osé, de peur d'offenser ceux de sa compagnie.

Il dit encore qu'il ne comptait non plus les conversions et les contritions intérieures que les révélations secrètes; qu'il est inutile d'insister sur cela, que c'est une opinion et une dispute de l'école, qu'il n'y a que Dieu qui juge de l'un et de l'autre, et que pour lui, il n'avait égard aux révélations secrètes que lorsqu'on les prouve par miracles, ou par quelque autre marque certaine et visible ; non plus qu'il ne jugeait de la pénitence intérieure que par les fruits visibles et extérieurs; que la contrition secrète n'a rapport qn'à Dieu, et est comme d'autres mouvements secrets de notre cœur, que nous ne saurions connaître; que M. de Chavigny ayant la lumière d'esprit qu'il avait, il lui ferait toujours voir la vérité quand il voudrait en temps et lieu, comme il l'avait fait voir à un homme qui s'en était allé ; qu'il faut avoir peur de cette sentence qu'un sage roi a répétée deux fois : Est via quse videtur homini recta et novissima ejus ducunt ad morfem. Qu'on ne saurait discerner si l'on marche dans la vraie voie que par la vérité ; qu'il lui avait autrefois donné en abrégé tout ce qui se pouvait dire, et dont il s'est encore mieux éclairci depuis ; qu'il lui avait fallu trente ans pour bien voir ce qu'il voyait; qu'il ne se trouvera jamais que l'Eglise a commandé d'absoudre sur le champ, après s'être confessé d'un péché mortel ; que le Concile de Trente ne l'a pas fait, et a sagement laissé les choses en l'état où elles étaient, n'étant pas alors le temps de renouveler les lois de rigueur, de peur de donner lieu aux mauvais catholiques qui étaient tentés par l'hérésie de se révolter ; mais qu'il a laissé occasion, par quatre ou cinq ouvertures, à la pénitence ancienne, à qui la voudrait pratiquer; que pour lui sa prison était sa pénitence, l'ayant demandée à Dieu; qu'il n'importait pas, quand il y devrait

1. Robert Bellarmin (1S42-1621), jésuite, neveu du pape Marcel II, cardinal en 1598 et auteur de nombreux ouvrages favorables aux doctrines ultramoutaiues.

être encore dix ans^ parce que le sujet l'en consolait. Que là ou ailleurs, il fallait payer à la justice de Dieu, qu'il lui semblait qu'il était disposé à une plus grande pénitence ; que celle-là n'était rien ; qu'il fallait un tome aussi grand que celui de M. l'évéque d'Ypres pour ces matières ; que jusqu'au xii^ siècle, qui est celui de saint Bernard, on a toujours donné pénitence ; qu'il savait bien comment cela avait été changé, mais qu'il ne l'avait pas voulu dire à M. Lescot, qui le demandait par curiosité, comme J.-C, par la même raison, n'avait pas voulu faire des miracles devant Hérode ; qu'une seule chose lui avait fait trouver sa prison pénible, qui est le dessein qu'il avait pour l'Église dans le travail qu'il avait entrepris contre les ministres; et que peut-être Dieu l'avait voulu dispense!" de la peine, et se contenter de sa seule volonté ; que parce qu'il s'était fort humilié voulant suivre Dieu, on s'était imaginé qu'il ferait des rétractations. Leur entretien, qui fut [de] près de trois quarts d'heure, et que l'on a tiré d'une relation envoyée par M. de Saint- Cyran même, finit par des civilités de M. de Chavigny, qui témoigna du regret de n'avoir pu faire davantage pour son service.

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