LIVRE XV
fussent point suspectes à Sa Majesté, et que l'official ou le vice-gérant exerçassent leurs charges; que dans le malheureux état ou se trouvait le diocèse de Paris, c'était encore pour lui une très grande consolation d'avoir des curés de leur mérite, qui prenaient un soin si particulier de ses besoins et de ses nécessités, et qu'ils devaient être persuadés que l'Assemblée continuerait de s'employer pour lui procurer la paix et le repos par le gouvernement d'une autorité légitime.
Après que les curés se furent retirés, on remit la délibération de cette affaire au retour des députés qui étaient allés à la cour pour ce sujet.
Le procès-verbal d'où toute cette relation est tirée ne fait nulle mention des plaintes que M. le curé de Saint-Roch et le député des curés de Rouen firent à l'Assemblée contre la corruption de la morale des Jésuites. Cependant la chose passait pour si constante dans le monde qu'un des plus célèbres disciples de saint Augustin dit à ses amis plus particuliers que cette députation était faite à contre-temps; car la disposition de l'Assemblée y paraissait si contraire que l'on craignait même pour les Lettres provinciales, quelques évoques ayant dit que l'auteur parlait avec trop de liberté, et qu'il serait bon de lui donner sur les doigts '.
Cependant tout Paris était occupé de la réception de la reine de Suède*, et le clergé, y prenant part comme les autres ensuite d'une lettre de cachet de Sa Majesté que le sieur de Saintot, maître des cérémonies, lui avait apportée le 5 de ce mois, avait chargé M. de Vence de lui faire ses compliments.
Étant arrivée à Paris le 8 de septembre, il la salua le lendemain, et elle estima son compliment beaucoup plus qu'aucun de ceux qu'elle eût ouïs; il fut inséré dans le procès- verbal de l'Assemblée. Elle n'ouït qu'avec peine celui de M. Messier", doyen de la Faculté, et ne voulut voir
1. Tout ce passage, depuis : Le procès-verbal a été barré au ms. et ne figure pas à la copie.
2. Cliristine de Suède (1626-1689), flUedêGustaye-Adolphe, lui succéda eu 1632, mais abdiqua, deux aos après, et dès lors uniqueaieat occupée ; des Itttres et des arts, elle parcourut l'Europe et alla se fixer à Rome.
3. Louis Messier (1513-1666), curé de Saiut-Laudry, résif^ua sa cure à son neveu Baillot en 1664, et mourut doyeu de la Faculté de théologie.
148 MÉMOIRES DE GODEFBOl HERMANT
que la Bibliothèque du roi, où elle fit paraître sa capacité sur le sujet des manuscrits. Elle se confessa à M, l'évêque d'Amiens, ayant dit à l'oreille de M. l'abbé Le Camus qu'elle ne se souciait pas à qui, pourvu que ce ne fût point à un jésuite. Elle communia dans l'église de Notre-Dame. Le mardi 12, M. Coppin, docteur en théologie, l'ayant voulu haranguer, elle le pria de n'en rien faire, et sur ce qu'il lui voulut donner une lettre par laquelle il lui représentait qu'il avait prédit sa conversion, elle lui répondit qu'elle la tenait pour vue, et qu'il était facile de deviner les fêtes quand elles étaient arrivées. Elle partit quelques jours après pour Chantilly, fut reçue par Leurs Majestés dans le château du Fayel, maison de la maréchale de la Mothe', vers Compiègne; et on ne fut pas trop satisfait d'ouïr de sa bouche qu'entre tous ceux qu'elle avait vus à Rome, le cardinal de Retz était celui qu'elle avait le plus estimé.
Le même jour du lundi 11 septembre, M. l'évêque de Chalon-sur-Saône, assisté de M. l'évêque du Mans et de MM. Édeline et Le Moine, retournés de la cour aussi bien que lui, rapporta à l'Assemblée que le lundi précédent ils s'étaient rendus d'assez bonne heure à Compiègne, où étant arrivés et ayant obtenu leur audience de M. le cardinal Mazarin pour le lendemain, ils avaient représenté à Son Éminence l'état auquel se trouvait réduite l'église de Paris par le défaut de personnes qui fissent les fonctions de grands-vicaires de la part de M. le cardinal de Retz, reconnu pour véritable archevêque de Paris, et qui pussent avec liberté exercer la charge d'offîcial et de vice-gérant diocésain et métropolitain; et que comme la compagnie les avait chargés de supplier très humblement le roi d'agréer que M. le curé de Saint-Séverin, dont la conduite n'avait jamais déplu à Sa Majesté, fît la fonction de grand-vicaire jusqu'à ee que mon dit seigneur le cardinal de Relz en eût nommé deux, du nombre de ceux que Sa Majesté avait déclarés ne lui être pas suspects, pour faire cesser le désordre présent dans l'église de Paris; qu'ensuite ils avaient parlé des lettres que M. le cardinal de Retz avait écrites à l'Assemblée; sur quoi M. l'évêque du Mans avait pris la parole et représenté à Son Éminence avec beaucoup de fermeté le
i. Loaise de Prie, mariée au maréchal Philippe de La Mothe, gouvernaote du dauphin et des eufants de France (1624-1709'!,