LIVRE XV
tort que l'on faisait au clergé de lui ôter le commerce qu'il pouvait avoir avec ce cardinal; qu'ils lui avaient aussi témoigné que l'Assemblée attendait de sa piété et de son affection qu'elle appuierait auprès de Sa Majesté les demandes qu'ils avaient à lui faire de sa part. A quoi Son Éminence leur ayant répondu que les occasions de servir le clergé lui seraient toujours extrêmement chères, elle s'était voulu charger de demander pour eux l'audience au roi, laquelle leur avait été donnée sur les quatre heures du même jour, où ils avaient exposé à Sa Majesté tout ce que l'Assemblée leur avait ordonné tant pour ce qui regardait l'église de Paris que les dernières résolutions qu'elle avait prises touchant la constitution et le bref de Notre Saint Père le pape innocent X au sujet des cinq propositions tirées du livre de Jansénius, dont le roi et la reine qui était présente avaient témoigné d'être fort satisfaits, et les avaient priés de faire connaître à l'Assemblée qu'elle leur avait fait un extrême plaisir d'avoir travaillé avec tant de soin et de diligence pour faire recevoir généralement dans tous les diocèses la constitution et le bref de Sa Sainteté, Sa Majesté ayant remisa l'arrivée de M. le chancelier à leur rendre réponse sur l'affaire de Paris.
Que deux jours après, étant retournés chez Son Éminence, le roi leur avait dit que M. le cardinal Mazarin et le comte de Brienne avaient ordre de leur rendre réponse sur les choses qu'ils lui avaient représentées de la part de l'Assemblée. Que Sa Majesté s'étant retirée, Son Eminence leur avait témoigné que le roi avait beaucoup de déplaisir du désordre qui était dans le diocèse de Paris, que pour y remédier, Sa Majesté avait fait ajouter sept ecclésiastiques avec cinq qu'elle avait déjà indiqués, parmi lesquels M. le cardinal de Retz pourrait en choisir un ou deux pour ses grands-vicaires, et les avait assurés que dans huit jours Sa Majesté donnerait ordre pour l'administration du diocèse, tant pour le grand-vicariat que pour l'officialité, en permettant à M, le curé de Saint-Séverin et à M. le vice-gérant de faire leurs fonctions, ou par quelqu'autre voie légitime; que Son Éminence avait continué de leur dire que Sa Majesté avait fait supprimer les lettres que M. le cardinal de Retz avait écrites à l'Assemblée, d'autant qu'elles contenaient beaucoup de choses qui ne regardaient pas l'ad-
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ministration spirituelle du diocèse de Paris. Sur quoi ils avaient représenté à Son Éminence que l'Assemblée aurait bien su démêler le spirituel d'avec le temporel, lui alléguant sur ce sujet ces paroles de saint Jérôme : Praegrandis est prudentix auriim in luto guœrere; et quant à la détention de M. Chevalier, que Sa Majesté ne l'avait point fait arrêter pour avoir accepté la commission de grandvicaire, mais pour avoir répondu à M. le chancelier d'une manière peu respectueuse, et à cause que l'on avait trouvé chez lui des instructions et des mémoires tendant à sédition; qu'elle consentirait néanmoins à sa liberté et donnerait ordre à M. le comte de Brienne d'expédier tout ce qui serait nécessaire pour le faire sortir du lieu où il était, à condition qu'il sortirait du diocèse.
L'Assemblée remercia ces députés par la bouche de M. de Narbonne, son président, qui fît insérer dans le procès-verbal le discours que M. de Chalon-sur-Saône avait fait au roi.
Cependant, vers le milieu du mois de septembre, M. le curé de Saint-Roch eut ordre de se rendre à la cour, et M. le cardinal Mazarin lui envoya un carrosse pour l'y conduire ; mais lorsque l'on craignait pour lui toutes choses, il en revint tout joyeux et rapporta à ses amis qu'il avait été fort régalé à la cour.
M, de Toul, qui avait appelé à Lyon des deux actes de révocation de M. le cardinal de Retz, n'était pas si satisfait d3 lui-même et de la situation de ses affaires, car quoiqu'il dit à tout le monde que c'était par l'ordre du pape qu'il avait interjeté cet appel, M. le nonce lui en donnait le démenti. Mais il se pouvait faire que M. le nonce ne fût pas bien informé lui-môme du secret de cette affaire, étant certain que M. le cardinal de Retz avait au moins autant d'embarras du côté de Rome que son grand-vicaire qu'il venait de déposer en avait par cette double révocation. C'est ce que nous avons différé jusqu'ici à rapporter par le détail, pour ne pas confondre la relation de tant de choses différentes.