LIVRE XV
miraculeuse, signée des officièr[es] de la maison et accompagnée de deux attestations des deux médecins et du chirurgien qui déclarèrent que ce récit des religieuses était très conforme à la vérité, et qu'ayant employé les remèdes de la médecine environ l'espace de huit mois pour le soulagement de la malade, sans en avoir le succès prétendu et espéré, ils voyaient et jugeaient que la guérison venait plutôt du ciel que des remèdes de la médecine, et Testimaient tenir entièrement du miracle. Ces actes étaient datés du 14 septembre.
M"« d'Espinay, femme de M. d'Espinay, commis au contrôle général des finances, reconnut que de ses trois derniers enfants, qui avaient été trois filles, la première, qui avait vécu jusqu'à l'âge de cinq ans et demi, et la deuxième jusqu'à dix-huit mois^ n'avaient jamais pu mettre un pied l'un devant l'autre pour marcher, et étaient mortes dans cette impuissance. La troisième, qui était la dernière, étant encore en ce même état à l'âge de dix-sept mois, il lui était survenu une fièvre continue avec un grand dévoiement haut et bas qui la mettait en danger. Au mois d'août de la même année 1656, sa mère envoya à Cachan, près Paris, où elle était en nourrice, des linges qui avaient touché à la Sainte Epine de Port-Royal, et fit dire la messe pour elle en ce monastère. Sa nourrice lui ayant mis ces linges, elle s'endormit, et à son réveil se trouva sans fièvre et sans dévoiement, ce qui ayant convié sa mère à l'aller voir, elle fut étonnée de trouver que non seulement elle était guérie de sa fièvre, mais que même elle commençait à marcher, et peu de jours après, étant seulement soutenue avec la lisière, elle marchait aussi bien qu'un enfant de cet âge peut faire, ce qui continua toujours, au grand étonnement de tout le voisinage.
Une religieuse de l'abbaye dû Trésor, de l'ordre de saint Bernard, fille de M. de la Potherie, conseiller d'état, étant malade depuis sept mois d'une fièvre continue accompagnée de grands maux de tête et d'estomac, et tous les remèdes de la médecine lui ayant été inutiles, elle écrivit au commencement de septembre à M. de la Potherie l'ecclésiastique, son oncle, pour le prier de lui envoyer quelque chose qui eût touché la Sainte Épine, et faire faire une neuvaine pour elle par les religieuses de Port-Royal, en lui mandant
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le jour qu'on la commencerait et l'heure que l'on célébrerait la sainte messe, afin qu'on fît la même chose et en même temps au Trésor. M. de la Potherie lui écrivit qu'on la commencerait le H septembre, et qu'elle ne mît les linges qu'il lui envoyait après les avoir fait toucher à la Sainte Épine que le dernier jour de la neuvaine. La malade ayant gardé cet ordre ne sentit point de soulagement durant les huit premiers jours, et au contraire la fièvre augmenta notablement, et [elle] se trouva si mal le matin du neuvième, que voulant communier, et ayant tâché de le faire à genoux auprès de son lit, cela lui fut impossible. Après la communion, elle mit les linges à sa tête et à son côté droit, et comme nous voyons que dans l'Évangile quelques-uns de ceux que Notre Seigneur voulait guérir étaient avant leur guérison plus violemment tourmentés, elle ressentit de grandes douleurs et une augmentation de fièvre. Mais s'étant assoupie dans la violence de ce mal fort peu de temps après, elle se réveilla toute guérie, se leva, s'habilla, marcha, descendit toute seule à l'église, où les sœurs qui étaient au chœur furent tellement étonnées par une guérison si soudaine et si merveilleuse que pour en témoigner à Dieu leur reconnaissance elles tirèrent de leur sacristie une autre Sainte Épine qui est dans ce monastère, que la guérie même porta dans une procession qui fut faite par toutes les religieuses^ après la grand'messe. Elle vint ensuite au parloir voir M. l'abbé de Lauzon, chanoine de Notre- Dame de Paris, qui s'était trouvé en cette abbaye où il avait trois sœurs religieuses, auquel elle dit qu'elle était parfaitement guérie; qu'elle attribuait sa guérison aux linges qui avaient touché la Sainte Épine de Port-Royal et aux prières de ces bonnes religieuses. Elle écrivit depuis la même chose à M. de la Potherie, son oncle, ajoutant « qu'elle fît maigre dès le lendemain, ce qu'elle n'avait point tait depuis le premier jour de l'an, et qu'elle s'était sentie poussée en priant Dieu de le supplier d'envoyer un cierge à Port-Royal pour brûler devant la Sainte Epine, et de la recommander aux prières des religieuses, afin qu'elles lui obtinssent la santé de son âme aussi bien que celle de son corps» (ce sont ses paroles). Elle lui envoya aussi l'attestation du médecin qui l'avait traitée durant toute cette maladie, qui reconnaissait qu'une guérison si prompte et