LIVRE XV
avec les accidents mentionnés es dits actes, en avait été miraculeusement et par un effet de la toute puissance de Dieu très parfaitement guérie en un instant, sans qu'il restât aucune marque ni vestige dii mal qu'elle avait eu durant le dit temps, et que la dite guérison surnaturelle et miraculeuse était arrivée le 24 mars précédent, environ sur les quatre heures du soir, dans le chœur de l'église du monastère.de Port-Royal, ensuite de l'attouchement fait à son œil d'un reliquaire d'une Sainte Épine de la couronne de Notre Seigneur J.-C, qui était dans le dit monastère. En conséquence duquel miracle, il avait ordonné qu'il serait célébré le vendredi suivant, à neuf heures du matin, en la dite église de Port-Royal, une messe d'action de grâces, le dit reliquaire de la Sainte Épine étant exposé sur l'autel. Et qu'afin que ce miracle fût publié et notoire à chacun, ces présentes seraient publiées en cette ville et diocèse de Paris et partout ailleurs qu'il appartiendrait, même il en serait mis autant en archives et registres de l'archevêché, pour servir de perpétuelle mémoire à la postérité et pour la plus grande gloire de Dieu. Et faisant droit sur la réquisition verbale du dit promoteur, tendante à ce qu'ayant appris qu'il s'était fait plusieurs autres miracles par la vertu de la dite Sainte Épine, il lui serait permis d'en informer, ordonnait qu'il en serait informé à la diligence du dit promoteur. En foi de quoi, il avait, avec les dits docteurs, signé cette sentence^ fait contresigner par le secrétaire ordinaire de l'archevêché de Paris et à icelle fait apposer le scel des armes du mon dit seigneur le cardinal de Retz, archevêque de Paris. Donné à Paris le 22™« jour d'octobre, signé : Antoine de Hodencq, Rousse, Porcher, Mazure, Pierre Marlin et E. Fortin et scellé. Et plus bas : Baudoin. »
11 ne fallait pas une moins forte réponse que cette sentence juridique pour réfuter un libelle horrible que les Jésuites offensés de la bonne odeur de Port-Royal, dont la réputation s'augmentait par ces miracles, ou plutôt de ces miracles mêmes, avaient publié dans Paris, sous le titre de Rabat-joie, ou Observations sur ce qu'on dit être arrivé à Port-Royal au sujet de la Sainte Épine. Mais quoique ce seul mot Rabat-joie dans un sujet si sérieux et si saint leur eût faitjuger qui était l'esprit qui animait cet auteur, et que la lecture de tout le corps de l'écrit eût bien fait voir encore davantage l'excès
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de cet aveuglement et de cette malignité, étant incroyable que la passion des hommes eût été capable de s'en prendre aux ouvrages de Dieu même; néanmoins on crut devoir rendre témoignage à la vérité par un écrit publié vers le temps de cette sentence, intitulé : Réponse A un écrit publié sur le sujet des miracles qu'il a plu à Dieu de faire à Port^ Royal depuis quelque temps, par une Sainte Epine de la couronne de Notre Seigneur. On avait ajouté, dans un avis au lecteur à la tète de cet ouvrage, deux autres miracles, arrivés, l'un en la personne d'une religieuse de Troyes, fille de M. Grassin, conseiller au présidial de la même ville ; et l'autre en [la] personne [d'une religieuse] de la congrégation de Notre-Dame, au monastère de Provins. On fut édifié de la publication d'un ouvrage si pieux et si solide, et il n'était pas indigne de la réputation de M. Le Maître, qui avait sanctifié dans la solitude son éloquence du barreau.
M, Périer, père de celle qui avait ressenti à Port-Royal les premiers efTets de la vertu miraculeuse de la Sainte Épine par une si prompte et si divine guérison, en conserva toute sa vie une très juste et très profonde reconnaissance qu'il voulut transmetlre à ses enfants en prenant pour ses armes un œil au milieu d'une sainte couronne hérissée d'épines*. Mais si Dieu agréa sa gratitude, les Jésuites s'en irritèrent, et prirent de là matière de concevoir contre sa fille une animosité qui ne s'est pas encore éteinte jusqu'ici, depuis qu'ils ont su par la voix publique que ce conseiller était beau- frère de l'auteur des Lettres Provinciales.