LIVRE XV
de l'Assemblée avec autant de facilité qu'il s'en était garanti dans la Faculté de Paris par ses intrigues; et M. l'évêque de Montauban, qui était nommé commissaire pour l'examiner, en avait déjà parlé plus d'une fois à l'Assemblée. Mais les Jésuites y avaient trop d'amis pour pouvoir craindre un coup d'autorité épiscopale ; et depuis qu'ils s'étaient mis en possession de faire condamner des ouvrages très orthodoxes, ils ne croyaient plus que l'on put donner aucune atteinte aux écrits de leur société, quelque pernicieux qu'ils pussent être.
Le lundi 23 octobre, M. l'évêque de Montauban continua son rapport du livre de ce jésuite, qu'il commença par le second traité, dans lequel il s'agissait de l'obligation qu'avaient les fidèles d'entendre la messe paroissiale ; et ayant achevé l'extrait de toutes les propositions contenues dans ce livre de l'anonyme et dans celui du Père Bagot, M. de Narbonne remercia tous messeigneurs les commissaires de la peine qu'ils avaient prise, et témoigna en particulier à M. de Montauban la satisfaction que la compagnie avait de l'avoir entendu parler si doctement sur ces matières durant plusieurs séances.
Ensuite ces commissaires ayant témoigné qu'ils n'avaient encore formé aucun avis, et (ju'on pourrait remettre à en opiner jusqu'au lundi d'après les fêtes, pendant lequel temps chacun de ceux qui avaient assisté au rapport pourrait examiner en particulier ces propositions, il fut résolu que ces commissaires s'assembleraient entre eux pour mettre leurs avis par écrit, et le rapporter à la compagnie avant qu'elle prît sa résolution ; et que si cependant le Père Bagot leur faisait quelque proposition, ils en feraient aussi leur rapport. C'était un moyen infaillible de l'exempter de toute censure ; car il était fort aisé au Père Bagot de donner une soumission qui ne pouvait avoir contre lui de fâcheuses conséquences par la connaissance très certaine qu'il avait de la disposition favorable de ses juges. Ce fut ce qui le porta à faire ses diligences pour les assurer de sa parfaite soumission, après l'avis que quelques évêques avaient donné aux Jésuites de ce qui venait d'être conclu en sa faveur, et il n'eut pas de peine à déclarer à quelques-uns que c'était n'être pas chrétien que de ne se pas soumettre au jugement des évêques; imprécation terrible et fort contraire
à la conduite de sa compagnie envers les prélats.
Le mardi 24 du même mois, M, de Hodencq, curé de Saint-Séverin et grand-vicaire de M. le cardinal de Retz étant entré dans l'assemblée, dit que ce matin-là un ecclésiastique qui lui était inconnu lui avait apporté une lettre de M. le cardinal de Iletz, adressée à la compagnie, avec ordre exprès de venir la lui présenter ; qu'il avait su qu'elle contenait deux choses, dont la première était un remerciement à la compagnie de ce que par ses soins il avait été rétabli dans sa juridiction, et la deuxième une plainte d'une sentence de l'official de Lyon, rendue le 27 septembre précédent, par laquelle il était ordonné que lui qui parlait exercerait par provision la charge de grand-vicaire, et M. Porcher celle de vice-gérant dans l'officialité.
Que quand il n'aurait pas reçu la lettre de M?"" le cardinal de Retz, il était résolu d'en venir porter ses plaintes à l'Assemblée; laquelle sans doute considérerait de quelle conséquence il était de soumettre à unejuridiction contentieuse une chose qui dépendait si absolument de la volonté de messeigneurs les évéques, comme l'était l'institution et la destitution de leurs grands-vicaires, et qu'outre l'intérêt général qu'ils y avaient, le trouble que cela pouvait apporter dans le diocèse de Paris devait les obliger d'y remédier, d'autant plus que plusieurs personnes, croyant qu'il n'exercerait les fonctions de sa charge qu'en vertu de celte sentence, quoiqu'elle ne lui eût point été signifiée, ne voudraient pas le reconnaître pour grand-vicaire; qu'ainsi il croyait être obligé de déclarer à l'Assemblée, comme il avait déjà fait en plusieurs endroits, et même la priait de faire insérer en son procès verbal, la déclaration qu'il faisait, qu'il n'exerçait pas la charge de grand-vicaire en vertu de la sentence de l'official de Lyon, mais en vertu de la commission qu'il en avait reçue de Mk'" le cardinal de Retz, archevêque de Paris.
Qu'il n'avait plus rien à dire à la compagnie, sinon qu'il ne croyait point, en lui présentant une lettre de Ms"" le cardinal de Retz, agir contre les ordres qui lui avaient été donnés^, puisque lorsqu'on lui avait dit qu'il pouvait avec liberté faire les fonctions de son grand-vicariat, on lui avait témoigné qu'on ne trouvait pas mauvais qu'il eût commerce avec lui pour les choses spirituelles, et que s'il savait que