LIVRE XV
cette lettre contînt autre chose, il ne la présenterait pas, souhaitant de faire connaître à Sa Majesté l'obéissance qu'il lui rendrait toute sa vie, et à l'Assemblée l'obligation qu'il lui avait d'avoir eu la bonté de demander qu'il eût la liberté de faire les fonctions de sa charge.
Après qu'il eut remis cette lettre sur le bureau, M. de Narbonne lui répondit que la compagnie ne pouvait que lui témoigner beaucoup de satisfaction de toute sa conduite, laquelle avait toujours été fort prudente et fort sage ; qu'elle voulait aussi lui faire connaître qu'elle était très satisfaite de ce qu'il avait suivi son [esprit] dans l'exécution de ses résolutions en ne donnant point de station aux réguliers qui refusaient de souscrire à la censure qu'elle avait faite des livres par eux présentés à Ms"" l'évêque d'Angers.
Quand il se fut retiré, M. de Narbonne dit qu'il s'agissait de délibérer si l'on ouvrirait la lettre de M. le cardinal de Retz apportée par M. le curé de Saint-Séverin, son grand vicaire; qu'ayant assuré la compagnie qu'elle ne contenait que des choses spirituelles, il ne croyait pas que ce fût aller contre les intentions du roi d'en faire ouverture, puisque Sa Majesté avait fait connaître qu'elle ne souhaitait pas que les lettres de mon dit seigneur le dit cardinal fussent lues publiquement, seulement parce qu'il craignait qu'il y eût beaucoup de choses lesquelles ne regardaient point le spirituel.
Sur quoi délibération prise par provinces, il fut résolu que la dite lettre serait ouverte, et après que M. l'abbé de Villars, secrétaire, en eut fait la lecture, la compagnie ne pouvant opiner sur la plainte faite par M. le grand-vicaire de la sentence rendue par l'official de Lyon, faute d'en avoir une copie, M?'' l'évêque de Chalon-sur-Saône fut prié d'écrire à Mk'' l'archevêque de Lyon pour le prier d'envoyer au plus tôt une copie de cette sentence, et sur le reste du contenu en cette lettre, l'Assemblée remit à en délibérer après que Ms"" l'archevêque de Toulouse lui aurait fait son rapport, et ordonna qu'elle serait insérée dans le procèsverbal'.
Le mercredi 25 d'octobre, M. l'archevêque de Toulouse ayant pris le bureau avec MM. les évoques de Mâcon, de
1. Au ms. se trouve, p. 903-905, une citation de la lettre de Retz, qui est imprimée.
Meaux et d'Aire et MM, les abbés de Bonzi, de Couvran, Boucherai et d'Espeisses, dit que, suivant l'ordre de la compagnie, ils avaient été saluer de sa part M. le cardinal Mazarin, et lui avaient témoigné la joie qu'ils avaient de son retour en bonne santé.
Qu'ils lui avaient fait entendre que la compagnie les avait chargés de faire ses remerciements à Son Eminence pour les assistances qu'il lui avait plu de donner à la compagnie, dans les occasions qui s'étaient présentées depuis le départ du roi, et parliculièrement en l'agrément qu'elle avait obtenu de Sa Majesté pour la liberté de l'exercice de la juridiction spirituelle en l'église de Paris en faveur de M. le curé de Saint-Séverin, et qu'ils avaient conclu en suppliant Son Eminence de continuer à l'Assemblée ses offices auprès du roi, en l'assurant de son très humble service.
Que Son Eminence avait remercié l'Assemblée de la bonne volonté qu'elle lui témoignait, et les avait chargés de l'assurer de sa part qu'elle- continuerait de la servir en tout ce qui dépendrait d'elle, étant assurée que, comme elle était composée de personnes sages et affectionnées au bien de l'Église et au service du roi, elle se porterait toujours à désirer les choses qui étaient à cette fin.
Qu'ensuite Son Eminence était entrée dans la matière qui regardait M. le cardinal de Retz, dont l'Assemblée s'était mêlée par ses députés vers le roi, et leur avait fait connaître les soins qu'elle avait pris auprès de Sa Majesté pour obtenir la satisfaction que la compagnie désirait pour M. le curé de Saint-Séverin, afin qu'il pût excercer le grandvicariat de M. le cardinal de Retz ; que le seul motif que Sa Majesté avait eu d'agréer qu'il fît celte fonction avait été pris de la considération qu'elle avait eue pour les prières de l'Assemblée ; qu'au commencement de celte affaire, le roi avait préféré les conseils qu'elle lui avait donnés à ceux de ses autres serviteurs, qui trouvaient bon que Sa Majesté ne relâchât point les intérêts de sa couronne, et qu elle persistât à ne point souffrir l'exercice des vicaires généraux établis par M. le cardinal de Retz; mais qu'en conformité des avis auxquels Son Eminence s'était jointe, le roi avait consenti de nommer six personnes capables, afin que M. le cardinal de Retz fît choix d'une de celles-là pour lui