LIVRE XV
donner son vicariat ; ce qui avait été exécuté par l'entremise et sous l'autorité du pape, en sorte que M. du Saussay avait été nommé et avait exercé paisiblement cette charge durant quelques mois; que néanmoins, au préjudice de cette convention, M. le cardinal de Retz l'avait révoqué sous prétexte d'une faute dans laquelle il l'avait précipité à dessein, croyant que le pape aurait d'autant plus agréable cette révocation que le sujet sur lequel elle était fondée lui avait donné du déplaisir. Que dans cette espérance il avait parlé au pape à Castelgandolfe, et lui avait fait part de son dessein, A quoi Sa Sainteté avait répondu qu'il ne fallait pas procéder à la révocation que par les mêmes voies que l'on avait procédé à rétablissement, c'est-à-dire avec la participation du roi, qui nommerait d'autres personnes afin que M. le cardinal de Retz pût faire son choix entre celles-là. Néanmoins, sans suivre cet ordre, renouvelé par la bouche du pape, il avait révoqué M. du Saussay et établi les vicaires qui avaient été exclus par la convention; que le pape ayant été informé de cette révocation, outre les déclarations qu'il avait faites à M. le cardinal Bichi de ce qu'il avait répondu étant à Castelgandolfe, avait fait écrire par M. Rospigliosi, secrétaire d'état, une lettre à M. le cardina de Retz, à laquelle était joint par son ordre le billet écrit de sa main qui contenait la substance de la dépêche, laquelle tendait à lui faire connaître que Sa Sainteté n'approuvait pas la procédure qu'il avait tenue pour cette révocation, d'autant que l'ayant faite sans la participation du roi, et contre l'ordre qui avait été convenu et que Sa Sainteté avait renouvelé à Castelgandolfe, elle avait été informée que cette révocation avait causé du trouble dans l'administration spirituelle de l'église de Paris, qui devait être évité sur toutes choses ; et qu'il était à propos qu'il gardât l'ordre déjà convenu et qu'il fit choix de ses vicaires généraux entre les personnes que Sa Majesté lui nommerait; que cependant il pourrait donner ordre à M. du Saussay de continuer sa fonction. A laquelle dépêche M. le cardinal de Retz avait répondu en termes généraux de compliment, et s'était contenté de répondre en deux mots sur le sujet de sa lettre, que la mauvaise conduite de M. du Saussay l'avait obligé de le révoquer. Que Son Éminence ayant justifié tout cela par une lettre que M. le cardinal Bichi, qui avait le
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soin des affaires de France à Rome, [avait transmise], elle leur avait fait la lecture d'une autre lettre écrite à M. le cardinal Antoine par M. Rospigliosi, par laquelle il lui mandait que Sa Sainteté, voyant le refus de M. le cardinal de Retz et étant informée du désordre de l'église de Paris, avait fait expédier un bref par lequel, en attendant qu'il y eût été autrement pourvu par M. le cardinal de Retz en faisant le choix d'une ou deux personnes proposées par le roi, il était ordonné que M. du Saussay continuerait sa fonction de vicaire général; et que ce bref avait été envoyé à M. le nonce pour le remettre entre les mains du roi, que Son Éminence avait conclu ce discours en leur disant qu'elle avait conseillé à Sa Majesté de suivre plutôt les conseils de l'Assemblée en souffrant que M. le curé de Saint-Séverin exerçât par provision^ que de se servir de ce bref que le roi eût pu faire valoir par son autorité, et leur avait fait observer que Sa Sainteté ayant improuvé la révocation du vicariat suivie du rétablissement des anciens vicaires exclus, comme ayant été faite au préjudice de la convention autorisée par Sa Sainteté, l'Assemblée était plus obligée de la trouver mauvaise, puisqu'elle l'avait moyennée, et que l'infraction lui était injurieuse aussi bien qu'à la dignité du roi.
Que Son Éminence leur avait aussi montré une lettre de M. le cardinal Bichi qui assurait que M. le cardinal de Retz ayant écrit à Sa Sainteté qu'il était contraint de se retirer d'Italie, pour n'avoir pas le moyen d'y subsister, et qu'à cause de la peste il ne pouvait aller à Rome pour prendre son congé, le pp,pe lui avait envoyé un courrier pour lui faire défense de sortir, mais qu'il était déjà parti ; et que sur ce qu'on lui disait qu'il avait pris sa route du côté de Bologne, Sa Sainteté avait dépéché un gentilhomme au légat pour l'y retenir ; que cette retraite, qui était faite contre les constitutions apostoliques, qui ne permettaient point aux cardinaux de se retirer hors l'état ecclésiastique sans la permission du pape, avait extrêmement déplu à Sa Sainteté.
Qu'elle avait ajouté que dans l'extrait de la lettre de M. le cardinal de Retz envoyée au roi par l'Assemblée, il y avait une communication des censures d'excommunication et d'interdit qui étaient des procédures tendantes à exciter sédition et contraires aux privilèges du roi, sans qu'il y eût