CHAPITRE XXIV
Brouillerie eutre M. le cardinal Mazarin et M. l'archevêque de Sens.
M. le cardinal Mazarin avait en butte en ce temps-là plus d'un prélat, et M. l'archevêque de Sens n'était guère moins l'objet de son aversion que M. le cardinal de Retz, après lui avoir donné tant de marques de son amitié. La chose en vint jusqu'à une entière rupture.
Les huguenots s'étaient emportés en ce temps-là jusqu'à cet excès d'insolence que de publier deux libelles, dont l'un était intitulé : Lettre d'un habitant de Paris à un de ses amis de la campagne sur la remontrance du clergé de France, faite par M. Varchevêque de Sens ; et l'autre qui portait pour litre : Réponse à la remontrance du clergé de France faite au roi le 26 avril i 656 par Varchevêque de Sens. L'Assem-
t. Il e?t appelé ci-dessus tantôt Couvrao tantôt Couvron.
blée pensa tout d'un coup aux moyens de chercher la réparation d'un si grand outrage, ces pièces étant pleines de feu et de soufre^ et très injurieuses à la religion catholique. Mais M. le cardinal Mazarin, qui voyait bien que l'Assemblée ne pouvait se dispenser d'en porter ses plaintes au roi, fît dire à la compagnie, le 27 novembre, par un agent du clergé, que dans la demande qu'elle avait à faire à Sa Majesté de faire brûler par la main du bourreau ces deux ouvrages si infâmes, elle ne souffrirait jamais que ce fût M. l'archevêque de Sens qui lui portât la parole, parce que sa personne ne lui était pas agréable. M. l'archevêque de Narbonne dit la même chose, et déclara que Son Éminence se plaignait lui-même de M. de Sens, parce que M. l'abbé de Saint-Nicolas, député de la province de Sens, n'avait pas voulu se trouver dans le nombre des députés que l'Assemblée avait nommés pour lui faire rapport de ce qui avait été fait contre M. le cardinal de lletz. Ainsi la fin de cette assemblée était fort différente de son commencement, et au lieu que M. de Sens travaillait alors pour faire valoir ses anciennes prétentions contre l'église de Paris, M. le cardinal de Retz trouvait un puissant avocat et protecteur en sa personne,
M. de Sens, qui était présent à ces plaintes que l'on faisait contre lui, prit la parole et remontra que M. le cardinal Mazarin, pour une querelle particulière qu'il lui faisait afin de se satisfaire, voulait le mettre mal dans l'esprit du roi, son maître, et le commettre avec l'Assemblée. Il déduisit toute la conduite qu'il avait tenue avec ce premier ministre depuis qu'il avait cherché des prétextes pour se mécontenter de lui, et fît connaître que ce cardinal tendait uniquement à le faire maltraiter par le roi et par l'Assemblée, Il parla entre autres choses de ce qu'il avait rapporté au roi le brevet de l'abbaye de Saint-Jean-d'Angely, et fit voir qu'il n'avait pu agir autrement depuis que ce cardinal avait dit qu'il ne tenait que de lui seul cette abbaye.
Le mardi, on délibéra sur cette proposition, et l'Assemblée pria M. de Narbonne de voir M. le cardinal Mazarin pour lui représenter au nom de toute l'Assemblée qu'elle avait beaucoup de déplaisir de ce que le roi était mal satisfait de M, l'archevêque de Sens, lui qui s'était si bien conduit depuis le commencement de l'Assemblée jusqu'à ce jour-là, ainsi que M. de Narbonne pouvait le témoigner lui-même,
s'élant trouvé avec lui dans la plupart des délibérations ; que l'Assemblée suppliait Son Éminence de faire office de médiateur envers Sa Majesté pour remettre M. de Sens dans ses bonnes grâces.
Le mercredi 29, M. de Narbonne, faisant son rapport du jour précédent, dit que M. le cardinal lui avait déclaré précisément que la personne de M. l'archevêque de Sens ne pouvait être agréable à Sa Majesté après qu'il avait dit à M. le Tellier, en rendant le brevet de son abbaye, que ne voulant tenir nulle grâce du roi, il lui remettait ce brevet; que cette manière de parler était fort contraire au respect qu'un sujet devait avoir pour son prince, et n'était convenable qu'à un homme qui avait dessein de s'emporter audessus de Sa Majesté. M. de Sens soutint qu'on lui en imposait, et qu'il avait dit au contraire que, pour les infidélités qu'on lui attribuait faussement, il était indigne de recevoir aucune gratification de Sa Majesté. L'aff'aire en demeura là pour lors.