‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 140 sur 412 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Relation de quelques autres événements du mois de novembre.

Messire Simon Legras, évéque de Soissons, qui avait témoigné toute sa vie une très grande aversion pour ce que l'injustice du siècle voulait appeler jansénisme, en donna de grandes marques à sa mort, ayant recommandé à M. Bourlon ',son coadjuteur, de n'employer jamais dans son diocèse aucune personne soupçonnée de cette secte prétendue. Loret* lui en fît un éloge ridicule dans sa Gazette en rimes, du S"" de novembre, adressée à M™<^ la princesse Palatine.

La Parque au teint hâve et livide, Cette universelle homicide.

En continuant ses moissons, A mis l'évêque de Soissons,

1. Charles de Bourlon (1613-1685), coadjuteur de Soisson» depuis 1653^ devint titulaire en 1656.

2. Jean Loret (1600-1665 environ) commença sa Gazelle burlesque en 1650 et la continua jusqu'en 1664.

îilO MÉMOIRES DE GODEFROI UERMANT

Peu s'en faut septuagénaire, Dedans le linceul mortuaire.

C'est dommage de ce prélat, Dont la vertu pleine d'éclat Embaumait son beau diocèse.

Il fut jadis de mainte chaise Le célèbre et saint orateur.

Il avait naguère eu l'honneur De sacrer notre cher monarque, (De son mérite illustre marque).

L'Église aimait sa piété, Et les pauvres sa charité ; De la vérité catholique Il fut défenseur authentique ; Il fut ennemi de l'erreur ; Et notamment de tout son cœur Il abhorra le jansénisme, Ce monstre né du calvinisme ; Si qu'allant de vie à trépas Ce bon prélat ne s'en tut pas Ains à M. de Césarée», Par qui sa perte est réparée, Il recommanda puissamment De ne souffrir aucunement Qu'il infectât son diocèse, Et présents témoins plus de seize, Ordonna très expressément Que l'on mit ce sien testament Par écrit sur son cœur fidèle, Pour une marque solennelle Qu'il avait rendu son esprit En vrai chrétien à Jésus-Christ.

Après quoi je ne fais nul doute Qu'au dessus la céleste voûte, Cet esprit n'ait été placé Oii les saints vivent in pace.

On voit par là que le même Loret, qui damnait les gens sans scrupule, les canonisait aussi par ses gazettes sans autorité, selon qu'il le jugeait à propos. Cependant il est assez surprenant qu'en exécution de ce testament si bizarre, le successeur de ce prélat ait commencé par faire prêcher

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