‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 144 sur 412 · LIVRE XV · texte numérisé non relu

LIVRE XV

railles, parce qu'il n'avait point signé la censure de la seconde lettre de M. Arnauld. Ce fut par là qu'ils autorisèrent le schisme, et traitèrent plus durement ce docteur qu'ils n'avaient fait M. Bachelier, ayant assisté en corps à son convoi, quoiqu'il eût les mains nettes de la souscription de cette censure. Mais ceux qui se séparent si légèrement de leurs frères doivent craindre que le Dieu de paix et d'unité, ne se trouvant point dans leurs cœurs, ne les sépare eux-mêmes de la société sainte de ses élus.

M. Peaucelier, docteur de la maison des Cholets, joua un étrange personnage en cette rencontre, car peu de temps avant la mort de M. Goeslard, ayant su qu'il avait reçu l'extrême-onction, il lui apporta la censure et fit instance pour la lui faire signer. Mais ce malade eut assez de force pour le confondre en lui disant qu'il ne croyait pas le pouvoir faire sans commettre un péché mortel, ce qui irrita M. Peaucelier à un tel point qu'il dit avec émotion : « Quoi! moi, sous-pénitencier, que je conseille de faire des péchés mortels! cela n'est pas supportable I » Le docteur mourant se mit peu en peine de sa colère, et mourut enfin sans signature dans la tranquillité d'une bonne conscience, après avoir rendu ce témoignage à la vérité, et n'avoir point voulu porter au tribunal de J.-C. une complaisance criminelle'.

La quinzième Lettre provinciale, parut le 25 novembre. Elle était adressée aux révérends Pères Jésuites, et l'auteur y découvrait la source et le principe général de leurs calomnies, en produisant la maxime la plus surprenante de leur politique, qui est que, selon leur théologie, ils pensent pouvoir sans crime calomnier ceux dont ils se croient injustement attaqués, et leur imputer des crimes qu'ils savent être faux, afin de leur ôter toute croyance; ce qu'on aurait peine à s'imaginer, si on n'en avait vu les preuves dans cette lettre par le grand nombre de leurs auteurs, et même de leurs universités entières, qui le confirment si puissamment que c'est aujourd'hui le plus autorisé et le

1. Ici se trouveut au ms. quelques lignes barrées au sujet du refus de sacrements que voulut faire le curé Amyot à un de ses paroissiens, M. de Carcavy, celui-là même sans doute qui fut le mandataire de Pascal dans l'affaire de la Roulette, et cela parce que sa fille prenait conseil des prêtres de la communauté de M. Duhamel. Le curé ne persista point dans son refus.

plus ferme de leurs principes. Ce qui fait dire à Caramuel, l'un de leurs meilleurs amis : que cette opinion est soutenue par tant de casuistes, que si elle n'était probable et sûre en conscience, k peine y en aurait-il aucune qui le fût en toute leur théologie. Aussi dans la réponse qu'ils firent à cette quinzième Lettre^ qui ne leur reprochait presque que ce seul point, ils n'osèrent le désavouer, non plus qu'aucune des citations que cet auteur avait rapportées pour prouver qu'ils le soutenaient. Car il faisait voir non seulement qu'ils l'enseignent publiquement dans leurs livres, mais encore qu'ils le pratiquent ouvertement dans leur conduite.

Le 28 du même mois, l'Assemblée arrêta qu'on insérerait dans le procès-verbal l'acte de souscription du Père Durand, dominicain, docteur en théologie de la Faculté de Paris, qui avait signé la censure faite par l'Assemblée des propositions tirées du livre présenté à M. d'Angers par quelques réguliers de son diocèse.

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