LIVRE XV
sion, ce qu'ils avaient fait avec tant de déplaisir de s'être portés à une chose que les évêques n'approuvaient pas, et avec tant de soumission à ce que M. de Narbonne, qui présidait à leur Assemblée, leur en avait dit avec beaucoup de force en leur nom, qu'ils avaient eu lieu de croire que c'était plutôt par inadvertance que par entreprise qu'ils en avaient usé de la sorte, étant certain d'ailleurs, selon le langage de saint Augustin lorsqu'il n'était encore que prêtre et qu'il écrivait à Valère, son évêque, que l'ordre des prêtres n'avait en ses mains que les rames du vaisseau de l'Église, et qu'ils ne le pouvaient manier que par le commandement des évêques, entre les mains desquels Dieu en avait mis le gouvernail, et que, lorsqu'il s'agissait de communication ecclésiastique d'un diocèse à l'autre, il fallait qu'elle se fît par l'autorité des évêques, qui étaient les chefs et le centre de la communion des diocèses, auxquels seuls pour cette raison il avait appartenu dès le siècle des apôfcïes d'écrire cette sorte de lettres pour lesquelles notre langue n'a point de termes propres, et à qui les anciens entre plusieurs noms ont donné celui de formatée^ dont l'usage servait pour communiquer de la foi, pour recommander les fidèles, pour exposer les besoins des églises, et pour faire connaître les résolutions publiques qu'elles prenaient ; ce qui avait fait avouer sincèrement aux dits sieurs curés qu'ils ne croyaient pas avoir fait un acte de juridiction et d'autorité, mais exposé seulement un fait et donné un simple avis sur lequel les curés à qui ils l'avaient adressé ne pouvaient prendre aucune résolution publique sans la permission de leurs évêques, de même qu'avaient fait les curés du diocèse de Rouen, lesquels n'avaient agi en cette rencontre que par l'autorité de M. leur archevêque, qui avait renvoyé à l'Assemblée ces propositions de morale pour en juger après qu'ils les lui avaient présentées ; comme les curés de Paris avaient fait eux-mêmes par l'ordre de l'Assemblée, s'étant adressés au sieur grand-vicaire de M. le cardinal de Retz, qui leur avait permis de s'assembler sur ce sujet, et qui leur avait ordonné de leur présenter ces mêmes propositions, lesquelles ils avaient données à examiner à des commissaires de leur compagnie, de qui ils attendaient le rapport pour prendre ensuite la résolution qu'ils estimeraient la plus utile à l'Église. Que cependant l'Assemblée ne
doutait point qu'ils n'empêchassent dans leur diocèse que les curés ne déférassent k ces lettres des curés de Paris, fissent aucune assemblée, et qu'ils entrassent dans aucune délibération sur cette matière, que par l'autorité des évéques..., etc.
M. de Montauban faisait parler comme il lui plaisait dans cette lettre M. Rousse, curé de Saint-Roch, dont les soumissions, quoique sincères, n'avaient [pas] été si basses qu'il l'exposait aux évêques des provinces, et dans le fond, ce prélat devait considérer que si ce n'est pas un crime aux chiens fidèles de réveiller les pasteurs lorsqu'ils les trouvent endormis et que le loup veut entrer dans la bergerie, ce n'est pas aussi une entreprise à des prêtres et à des curés d'avertir des évêques du dérèglement' et de la corruption de la morale quand ils la laissent se répandre impunément dans l'Église ; et de plus qu'il peut y avoir des pharisiens dans tous les ordres. C'est un grand malheur de ne prendre la clef de la science que pour empêcher les autres d'y entrer, sans se mettre en peine d'y entrer soi-même. M. Rousse ni ses confrères ne prétendaient pas être juges de la doctrine ; mais rien n'empêchait qu'ils ne fussent dénonciateurs contre ceux qui la semaient de toutes parts pour infecter les esprits, et il était aisé de montrer à M. de Montauban par l'histoire de l'Église qu'il était permis à des curés [de faire] ce que des personnes de moindre condition qu'eux avaient fait autrefois en de semblables occasions.
Le 20™^ jour du même mois, M. l'évêque de Meauxditque suivant l'ordre de la compagnie il avait vu M. le chancelier, lequel lui avait promis de ne point donner de privilège pour l'impression d'Escobar traduit en français, et l'avait assuré que si on pouvait découvrir où il s'imprimait, il en ferait confisquer les exemplaires et condamner l'imprimeur à l'amende.
M. Goeslard, jeune docteur en théologie, était mort en ce temps-là, et ses parents ayant convié la Faculté d'assister à ses funérailles, ils arrêtèrent* le jour de Sainte-Cécile, dans la sacristie des Cholets, qu'ils n'assisteraient pas à ses funé-