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défaut. Il répondit qu'il conversait ordinairement avec lui et n'en pouvait dire que du bien. Ils lui demandèrent s'il avait dit à ses paroissiens que la bannière n'est pas J.-C, qu'il ne fallait pas prier Noire-Dame ni porter le chapelet , et après avoir répondu à cette question avec des marques de son zèle pour l'instruction du peuple, les Récollets envoyèrent des sergents dans sa paroisse, qui contraignirent quelques-uns du pauvre peuple d'aller à Bordeaux à leurs propres dépens pour être témoins contre leur curé, leur disant qu'autrement on les mettrait en prison, on les ruinerait de tailles et de gens de guerre, pendant que ces religieux leur disaient d'un autre côté qu'ils étaient damnés s'ils n'y allaient pas. Car ces bons Pères prétendaient leur faire croire que leur curé étant hérétique, il valait mieux qu'ils le perdissent que d'être perdus par son moyen. Ces pauvres gens se rendirent à Bordeaux avec beaucoup de frais et de peine, car il y avait parmi eux des nourrices chargées de leurs nourrissons. Étant confrontés avec leur curé, une femme lui soutint d'avoir dit que la bannière n'était pas J.-C. ; les commissaires en firent un crime, et le pasteur eut peine à leur persuader qu'il avait en cela fidèlement instruit son peuple, lequel était si ignorant qu'il croyait qu'un crucifix peint à une bannière était Notre- Seigneur, et que la sainte hostie ne l'était pas, et l'adorait plutôt dans cette peinture qu'au saint-sacrement ; ce que la pauvre femme confessa en leur présence.
H fit avouer à une autre qu'elle croyait que Notre-Dame était Dieu et qu'elle l'adorait comme Dieu ; et parce qu'il l'avait instruite qu'il ne la fallait pas adorer ; elle avait entendu cela comme s'il lui eût voulu dire qu'il ne la fallait pas prier. Une autre, qui croyait se confesser en disant son chapelet, fut instruite par ce curé qu'il ne faut pas de chapelet pour se confesser; mais qu'il faut dire ses péchés. Le reste de l'accusation était aussi ridicule que ces premiers chefs; mais le sous-promoteur ne laissa de le traiter toujours en criminel, l'abandonnant à la discrétion des commissaires qui ne voulurent ni le condamner ni l'absoudre ; mais lui donnèrent seulement la liberté de se retirer et de faire ses fonctions en sa paroisse. Le seul motif d'un traitement si indigne était qu'il avait été témoin contre le récollet en la première information, et que pour
observer l'ordre de son archevêque, il n'avait pas permis à un récollet de prêcher en son église, s'y étant présenté avec un notaire, comme ayant droit d'y prêcher en dépit de lui.
Cependant le curé de Libourne, voyant que cette vexation faite à son confrère était une branche de la sienne, releva son appel par devant les grands-vicaires par une requête qui contenait ses griefs et ses causes de récusation contre les commissaires; demandant d'être ouï comme auparavant ou d'être renvoyé par devant roffîcial,qui était le vrai juge de l'Église. Les grands-vicaires, au lieu de répondre la requête {sic), la donnèrent aux commissaires qui la retinrent jusqu'au 20.
Pendant cette sollicitation faite par le curé à Bordeaux, les Récollets le faisaient citer à Libourne le 13 de juillet pour comparaître le 15 devant les commissaires, sur peine d'interdit.
Le 13 et le 14, le curé somme le greffier par trois actes de lui rendre sa requête. Le greffier déclare que les commissaires s'en sont saisis sans la répondre. Il les somme de la rendre le 15; mais ils refusent et menacent le notaire de la prison.
Le 20, le curé appelle au pape de cette procédure comme d'une vexation manifeste. Le même jour, le greffier lui remet sa requête répondue du 12, signée des grands-vicaires, avec la déclaration du greffier portant que cette requête ne lui a été remise que ce jour-là. Par la réponse, le curé est renvoyé aux commissaires. Le curé fait un appel simple à Sa Sainteté, le 20, et le 21 du même mois, les commissaires fabriquent des décrets antidatés contre le curé, lequel en étant averti se rend appelant comme d'abus de toute la procédure, par un acte du 27 juillet signé le 31.
Le 2™« jour d'août, les commissaires lui tirent signifier par les récollets un décret de prise de corps portant interdit faute de les reconnaître. Le 5», le curé en appelle comme d'abus en adhérant, et le même jour les commissaires ordonnent que le curé sera appelé à trois brefs jours, faute de pouvoir être appréhendé. Les Récollets font placarder cet exploit par les cantons de la ville, et persécutant la personne du curé se rendent maîtres de son église, qui était le but où ils tendaient depuis longtemps.
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Le 115, jour de l'Assomptioa, le Père Georges, récollet, de son autorité privée, prêcha dans l'église du curé et déclama contre lui à son ordinaire, au grand scandale du peuple.
Le 17, ce récollet et ses adhérents saisissent son revenu, font des inhibitions aux prêtres de le reconnaître pour curé dans son église, envoyant une troupe de sergents et de portefaix pour exécuter ses meubles, le tout sans commission ni pouvoir quelconque de justice.
Le 6 de septembre, le sieur de Fonteneil, grand-vicaire, dit au curé que M. l'archevêque lui a mandé par exprès de lui dire de ne poursuivre pas cette affaire, dont il interdit à l'avenir la connaissance aux grands-vicaires, la réservant à sa propre personne, et voulant que cependant le curé soit libre dans les fonctions de sa charge, à condition qu'il lui enverra une déclaration par laquelle il exprime qu'il n'adhère point aux propositions condamnées par Innocent X, et lui laissant la forme de la déclaration quant au reste.
Le 7, le curé l'adresse en ces termes :
Je soussigné, prêtre, docteur en théologie, curé de la ville de Libourne au diocèse de Bordeaux, reconnais que pour avoir paru constant à la fidélité que je dois à la hiérarchie de l'ÉgUse, au roi, et à Ms' l'archevêque, mon très honoré prélat, j'ai contracté la haine de leurs ennemis, lesquels me calomnient et me vexent à outrance. Et d'autant que le prétexte de celte vexation est la constitution d'Innocent X, d'heureuse mémoire, touchant les cinq propositions condamnées ; quoique ce soit avec tant d'aveuglement que pensant m'accuser de les avoir prêchées, ils m'accusent d'avoir prêché le prône du diocèse et la foi orthodoxe, comme il appert par leur procédure, laquelle détruit l'autorité dont ils se servent pour me vexer à la faveur d'une ignorance aussi malicieuse que ridicule; quoique toute ma vie montre que ce prétexte est sans fondement et que le sens commun condamne mes adversaires, toutefois je déclare à mon dit seigneur l'archevêque que je n'ai jamais prêché, dogmatisé, ni adhéré aux dites propositions condamnées, ni à aucunes autres contraires à la foi orthodoxe, et que, comme je lui ai exprimé par diverses lettres que j'ai eu l'honneur de lui écrire, Dieu m'a fait la grâce d'avoir
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toujours été fidèle à l'Église ma sacrée mère, dans laquelle je désire et j'espère vivre et mourir, moyennant la miséricorde divine. Laquelle déclaration je n'entends point faire par forme d'aucune satisfaction, étant plus juste qu'on me satisfasse, ains pour rassurer mon dit seigneur l'archevêque de la vérité, sans préjudice de me pourvoir contre mes calomniateurs.
Fait à Bordeaux ce 7 septembre 1656. Signé, Minard.
Cette déclaration fut envoyée dès ce jour là même à M^"" l'archevêque de Bordeaux dans le paquet du sieur Fonteneil, son grand-vicaire, avec une lettre qui était la quinzième de celles que ce curé lui avait écrites sur cette affaire, et ce prélat la reçut sans lui faire savoir s'il l'avait agréée ou non, et sans lui faire aucune réponse, non plus qu'à aucune de ses autres lettres.
Le lendemain, fête de la Nativité de Notre-Dame, le curé se confiant en la parole de M. le grand-vicaire voulut faire l'office dans son église ; mais il fut averti de n'y pas aller, parce que les Récollets avaient aposté un grand nombre de factieux pour le troubler; et ne voulant pas se commettre, il se contenta d'employer un ecclésiastique pour y aller prêcher.
Cet ecclésiastique ayant prêché à la messe suivant la coutume, un récollet, contre la coutume et de son autorité privée, alla interrompre le prêtre qui officiait à vêpres, lui demandant la bénédiction pour prêcher. Le curé, averti de ce désordre, prie le même ecclésiastique d'aller à l'église, et si le peuple demande une autre prédication, de la lui donner, quoique ce ne soit pas l'ordre. L'ecclésiastique y étant allé, le récollet lui conteste la chaire et fait soulever contre lui la populace, au nombre de trois cents personnes dont un huissier des aides était le chef, et par une hardiesse inouïe, ces séditieux somment l'officiant par acte de notaire de donner la bénédiction au récollet.
Néanmoins, l'ecclésiastique envoyé par le curé ayant reçu la bénédiction de l'officiant monta en chaire, et à l'instant cette populace animée par le récollet, fit un grand bruit dans l'église, et de si grands cris qu'on ne pouvait entendre la prédication. Le curé en ayant fait ses plaintes au grandvicaire, il lui répond que M. l'archevêque doit envoyer bientôt ses ordres pour en faire cesser la cause.
Cependant les magistrats populaires, dont quelques-uns étaient d'intelligence avec les Récollets pour se rendre maîtres dans l'église et y faire régner les abus contre l'ordre hiérarchique que le curé y avait abolis, conspirent pour ruiner son autorité et celle de M. l'archevêque. Pour cet effet, ils se servent de l'occasion d'un ordre de M. le marquis de Saint-Luc, lieutenant du roi en Guyenne, pour faire un feu de joie et assister au Te Deum pour la prise de Valenciennes et de La Capelle, et comme si c'eût été à eux de faire cette cérémonie dans l'église, ils somment le commis du curé de la faire par acte des 15 et 20 d'octobre.
Le curé, que ces violences tenaient absent, était sur le point de faire savoir aux grands-vicaires l'attentat de ces magistrats lors qu'il reçut une lettre de leur part pour faire celte cérémonie, et comme elle lui fut rendue par les propres mains de ses parties, elle leur faisait voir deux choses: la première que c'était à M. l'archevêque de faire* cette cérémonie, et l'autre que c'était au curé de la faire.
Néanmoins, il fut averti que ceux là mêmes qui lui avaient rendu cette lettre avaient résolu de lui faire un affront sanglant s'il s'y présentait, et un président du complot le lui ayant avoué, il céda à la violence, et les magistrats firent chanter le Te Deum par deux prêtres non approuvés. Les sages ecclésiastiques de la paroisse s'en absentèrent pour n'être pas complices de ces attentats. Mais un président en ayant rencontré un dans la rue, le menaça de le mettre en prison, avec des paroles et des gestes qui ne pouvaient être employés que contre des gens de néant et des scélérats.
Le curé, que l'on avait dupé pour rendre inutile son appel comme d'abus, et auquel on dressait un piège sous prétexte de le rétablir dans ses fonctions, attendait toujours l'ordre de M. l'archevêque de Bordeaux pour mettre fin à ces désordres ainsi qu'on le lui avait promis; mais au lieu de recevoir un ordre de paix et de ressentir la protection de son supérieur dans une oppression si violente, il reçut la copie d'un arrêt du conseil d'Etat donné à Compiègne, le 30 septembre 1656, par lequel, sur la requête de ce prélat, le roi ordonnait que les ordonnances des vicaires généraux et de leurs commissaires seraient exécutées par devant les juges