‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 148 sur 412 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

De ce qui se passa à Paris pendant le mois de décembre.

Les écrits qui se publiaient pour la défense de l'autorité faisaient de si profondes impressions dans les esprits et causaient de si mortelles blessures à la réputation des Jésuites, qu'ils employèrent tout leur crédit à engager les puissances à user de très grandes menaces contre ceux qui prendraient cette liberté. On ne parlait que d'un arrêt terrible pour faire tomber la plume des mains des auteurs les plus hardis. Mais comme il fallait tenir en apparence la balance égale, et ne pas accorder aux jésuites ce qu'on voulait défendre aux disciples de saint-Augustin, le Père Annal crut que l'on n'en reviendrait jamais quand il aurait publié un ouvrage qu'il intitula : La bonne foi des Jansénistes en la citation des auteurs reconnue dans les Lettres que le secrétaire de Port- Royal a fait courir depuis Pâques.

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Le sieur Louis de Montalte venait de publier sa seizième Lettre au Provincial, le 4 décembre, adressée comme la précédente aux Révérends Pères Jésuites, sur le sujet de leurs impostures. Et on crut qu'il était condamné secrètement à un silence perpétuel sur cette matière par des ordres souverains'.

On disait aussi que la cour avait abandonné le monastère de Port-Royal à la colère de M"»" la marquise de Sénecey et des Jésuites, en engageant les grands-vicaires nouveaux à la persécution de ces bonnes religieuses; mais on continua à reconnaître que Dieu était plus fort que les hommes, et qu'il était au milieu d'elles par la protection de ses miracles dans le temps qu'on les voulait exterminer. Car dans cette

1. Ou lisait ici au ms. : « Ce fut ce qui donna la liberté au méchant poète Loret de badiner ainsi en adressant ces vers à M. le cardinal Mazarin, le 10 décembre :

Enfin le bon Provincial,

Par tes soins, ô grand cardinal,

Ne lira plus aucune lettre,

Puisque tu ne le veux permettre

A ce grand et célèbre auteur

Qu'on peut vraiment nommer docteur

Par ces beaux élans de science

Dont s'affermit la conscience.

Après la quinzième pourtant.

il en écrirait jusqu'à cent.

Et dessus si belle matière

La milliade tout entière.

Mais il rend à Sa Majesté,

Par devoir^ par humilité,

Une profonde obéissance,

Puisque le veut ton Eminence,

Pourvu que dessus ces propos

L'autre parti soit en repos.

Mais croirons-nous que ces querelles

Se finissent sans ailumelles,

Que l'on insulte un Escobart

Un Flan (?) sans courir ce hasard

Des cahiers de tel casuiste ?

Mais une muse janséniste,

Grand duc, est un cas fort nouveau.

Et le mont a double coteau.

Prend-il parti pour ces querelles

Et parle-t-il de choses telles ?

Non, elle n'en parlera plus I »

1. Tout ce passage est barré au ms. et ne figure pas à la copie.

224 MÉMOIRES DE GODEFROl HERMANT

même conjoncture, un jeune chartreux nommé dom Boisard, fils d'un tapissier employé pour les actes de Sorbonne, qui avait un abcès dans la tête, dont le pus lui sortait par la bouche et par le nez, et qui l'avait réduit à telle extrémité qu'il n'attendait plus que la mort, étant tout à fait abandonné des médecins, fut entièrement guéri à la fin d'une neuvaine qu'il avait fait faire à la Sainte Épine du monastère de Port-Royal par l'application de quelques linges qui avaient touché cette précieuse relique, de telle sorte qu'à l'heure même il demanda à manger et remua les mâchoires qui avaient été immobiles depuis plusieurs jours. Les Chartreux, qui n'avaient consenti qu'avec peine à cette dévotion, parce qu'ayant chez eux une Sainte Épine, ils croyaient assez inutile d'en aller chercher ailleurs, furent frappés d'étonnement à la vue de ce miracle, et quoiqu'ils en fussent pleinement persuadés, ils eurent néanmoins des considérations humaines qui les empêchèrent d'en poursuivre l'information dans les formes ordinaires de l'Église.

Dans ce même mois, une fille de M"* de La Vieuvillle' fut encore guérie miraculeusement parla vertu de cette sainte relique, et la cour ne put l'ignorer, étant arrivé en la personne de la fille d'un duc et d'un surintendant des finances. Sa famille en vint rendre ses actions de grâces à Port Royal, et M' le prince de Conti s'y joignit pour prendre part à cette juste reconnaissance.

Le procès- verbal du clergé porte sur le 12 de décembre que M. Tévêque d'Angoulême, rapportant à l'Assemblée générale les remontrances qu'il avait eu charge de faire au roi contre les duels, avait représenté à leurs Majestés les lettres dont il était chargé touchant le jansénisme. Il y avait de l'affectation dans ce terme, et il marquait l'adresse de ceux qui s'étant rendus maîtres du procès-verbal s'appliquaient à y faire les affaires des Jésuites.

Le vendredi 22 décembre, M. de Vence lut à l'Assemblée les lettres qu'il avait été prié d'écrire à tous messeigneurs les prélats au sujet des réguliers de la ville d'Angers, et elles furent approuvées et signées.

Le mercredi 27, M. de Montauban dit qu'il était prêt de

1. Le duc Charles de la Vieuville, suriutendant des finances et minisire d'Etckt, père de cette jeune fille, était mort en 1653.

faire le rapport du livre du Père Bagot, et la compagnie prit jour au jeudi suivant, et ordonna à MM. les agents d'inviter messeigneurs les prélats de dehors de s'y trouver. Ce prélat fut aussi prié lui-même de voir M. le Chancelier pour lui parler des libelles composés contre la remontrance du clergé faite au roi sur les entreprises de ceux de la religion prétendue réformée, car l'exclusion de M. de Sens sur cette commission subsistait toujours et la cour était extraordinairement indisposée contre lui.

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