CHAPITRE VIII
Intrigues de Rome contre MM. de Sens, «le Comminges et de Beauvais.
La conjoncture du temps était trop favorable à la cour de Rome pour négliger ses intérêts pendant que celle de France était en si beau train de pousser ceux qui avaient encore quelque générosité de reste. On réveilla l'affaire de Messeigneurs de Sens, de Comminges et de Beauvais dans le temps de la censure de M. Arnauld, et on voulut les obliger de nouveau à rendre compte de leurs lettres pastorales dès que l'on vit que le cardinal Mazarin avait agi sans mesure contre ce savant docteur de Sorbonne.
M. le nonce du pape, ayant été introduit le S^ jour de mars à l'audience du roi sur les cinq heures du soir, demanda à Sa Majesté, au nom de Sa Sainteté, que les commissaires qu'elle avait nommés pour faire le procès à ces trois évêques et pour informer de leur doctrine commençassent à travailler. Ensuite il pria le roi d'employer son autorité îpour arrêter le cours de la doctrine des jansénistes, et pour les réduire à l'obéissance * qu'ils devaient à l'Église et au Saint- Siège. Le roi répondit en termes généraux qu'il ferait en sorte que Sa Sainteté serait contente. Le bruit se répandit alors dans Paris et par tout le royaume qu'il avait présenté à Sa Majesté un bref contre ces trois prélats ; mais l'événement fit voir que cela n'était pas véritable, et il n'avait pour cela qu'une lettre de créance de Sa Sainteté qu'il présenta au roi.
On fut surpris en même temps de ce qu'on avait distingué ces trois évêques de leurs confrères, et qu'au lieu de recevoir comme les autres l'adresse du jubilé, elle avait été faite alors à leurs vicaires généraux, contre l'usage ordinaire. Cette conduite donna lieu à plusieurs jugements différents : les uns crurent que c'était par ordre exprès du pape que la chose s'était passée de la sorte, et que c'était un prélude des grands desseins que l'on avait au-delà des monts de laisser à toute la postérité un exemple illustre en leurs per-