LIVRE XIV
sonnes, les autres jugèrent que c'était une petite chicanerie que M. le nonce avait faite de lui-même, sans la participation du pape, pour étendre insensiblement son autorité.
M. de Sens crut que M. de Beauvais, qui a toujours fait une [résidence'] fort rigoureuse dans son diocèse, ne pouvait se dispenser de faire un voyage à Paris quand il en verrait naître lui-mém*e quelque occasion favorable pour agir de concert avec lui et avec M. de Comminges dans une affaire où la liberté et la dignité de l'épiscopat étaient si visiblement intéressées.
M. de Beauvais, s'y étant rendu dans ce même mois de mars, leur proposa la voie d'appel comme d'abus comme le moyen le plus assuré et le plus court d'arrêter une procédure si irrégulière et si contraire aux saints canons et aux libertés de l'Église gallicane, dont le Parlement de Paris s'est toujours dit le protecteur. Mais la cour, qui ne craignait rien tant que la fermeté de ces trois évêques dans un temps où tous leurs confrères se faisaient un mérite de subir le joug qu'on leur imposait, tâcha d'éluder ce coup de générosité en les engageant doucement dans des négociations secrètes.
Le cardinal Mazarin, qui n'était pas tellement dévoué à Rome qu'il ne songeât encore davantage à ses propres affaires*, leur donna une longue et favorable audience, s'entretenant avec eux comme il aurait fait avec ses plus intimes amis. Il tâcha de les obliger de se soumettre au jugement de l'Assemblée générale du clergé de France ; mais ils s'en défendirent fortement par la connaissance qu'ils avaient que la plupart de ceux qui la composaient consulteraient moins l'autorité des conciles et les règles de l'Église que les inclinations et les mouvements de la cour.
Vers le 15 de mars, M.l'êvêque d'Aire étant venu trouver M. l'évêque de Comminges sous prétexte de se plaindre qu'il avait publié partout ce qu'il avait eu dessein de lui dire comme un secret, savoir qu'il avait su de M. le nonce que M. de Coutances n'avait point eu d'adresse immédiate du jubilé non plus que lui et MM. de Sens et de Beauvais, il ajouta que M. le nonce était fort affligé de cette affaire, et
1, Ms. résistance, l'erreur est manifeste.