‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 156 sur 412 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

néanmoins l'autorité des Jésuites l'avait soutenu en sorte qu'il n'avait pu avoir aucune justice au conseil depuis sept ans que l'affaire y pendait indécise ; que tout ce qu'il avait pu faire était de défendre aux Jésuites de faire aucune fonction dans son diocèse et même dans leur oratoire, dans lequel ils n'avaient pu entreprendre de prêcher depuis ce tempslà; qu'il suppliait la compagnie de considérer l'importance de ce qu'il lui représentait, qui intéressait toute l'Église, premièrement parce que ne s'agissant point en cette rencontre d'aucun intérêt personnel, mais purement de la fonction de sa charge, il ne pouvait être tiré du Parlement de Paris, sous quelque prétexte que ce fût. Secondement, que son affaire n'avait rien de commun avec celle de M. d'Amiens, que l'Assemblée de 1645 avait toujours soutenu, comme il paraissait par son procès-verbal, et n'en pouvait être évoquée. En troisième lieu, que celte affaire de M. d'Amiens avait été entièrement terminée à la sollicitation de l'Assemblée de 1645, par un arrêt qui avait remis les parties au même état qu'elles étaient avant les procédures qui avaient été faites au conseil, ce qui était constant par ce qui était rapporté par le procès- verbal de la séance du 9 juillet 1646. Et en dernier lieu, que quand bien même l'affaire dont il parlait serait la même que celle de M. d'Amiens, et que celle-là ne fût point encore réglée, que M. d'Amiens étant mort, on ne pouvait prétendre que son intérêt pût donner quelque raison apparente de continuer plus longtemps la vexation qu'il souffrait; qu'ainsi il suppliait très humblement la compagnie de l'en délivrer par son autorité ; et qu'en cas qu'elle approuvât sa conduite, qu'il n'avait fondée que sur les règlements des assemblées précédentes et sur l'intérêt que tous messeigneurs les prélats avaient de soutenir que les Jésuites n'étaient pas exempts, ni privilégiés en ce royaume, comme il était justifié au long par ce qui avait été rapporté par feu M. de Toulouse dans le procèsverbal de la séance du 24 janvier 1646, qui était conforme aux lettres patentes qu'ils avaient obtenues pour leur établissement dans la ville de Sens, de vouloir lui donner le même secours que l'Assemblée avait accordé il y avait dix ans à M. d'Amiens, quoique son affaire ne fût pas en termes si forts que la sienne.

M. l'archevêque de Sens ayant achevé son discours,

M. de Narbonne lui dit de la part de l'Assemblée à laquelle il présidait, qu'il ne devait point douter qu'elle ne prît beaucoup de part à ses intérêts, particulièrement dans l'affaire présente, qu'elle estimait être d'une très grande conséquence pour tout l'ordre épiscopal, et dans laquelle il avait été fait de très grands préjudices aux droits de l'Eglise par toute cette procédure. Sur quoi, délibération prise par provinces, la compagnie loua le zèle avec lequel M. l'archevêque de Sens avait soutenu les intérêts de l'Église, et approuva sa conduite, qu'elle avait jugée très sage et très modérée; et attendu qu'il était très constant que les causes de Ms""» les prélats ne pouvaient être évoquées du ressort qui en devait connaître, sous quelque prétexte que ce fût, quand il y allait de leur dignité et de la fonction de leurs charges comme en celle-ci, ce qui était un intérêt commun à tout le clergé, et que d'ailleurs la cause de M. de Sens était beaucoup plus favorable que celle de M. d'Amiens, elle résolut d'une commune voix de l'embrasser de tout son pouvoir, et de lui donner à ce sujet toute l'assistance qu'elle lui pourrait départir. Et d'autant que ce qui pressait davantage était d'empêcher l'évocation de cette cause hors du Parlement de Paris, l'Assemblée ordonna que deux de messeigneurs les prélats et deux messieurs du second ordre seraient députés pour voir M. le chancelier, et si le besoin était M. le cardinal Mazarin, pour lui faire entendre les justes raisons qu'avait le clergé de s'intéresser dans cette affaire, et pour en demander nommément le renvoi au Parlement de Paris ; que Messieurs les agents interviendraient pour cela en cette cause; et M. de Sens fut prié d'informer la compagnie de ce qui se passerait, afin qu'elle y employât son pouvoir en toutes les occasions où il se trouverait nécessaire. Et ensuite MM. les évêques de Châlons en Champagne et d'Angoulême, et MM. de Ciron et Le Gentil furent nommés et priés d'exécuter au nom de la compagnie ce qui était porté en celte délibération.

Enfin M. le cardinal Mazarin vint à l'Assemblée générale du clergé le mercredi 10 du même mois, sur les neuf heures du matin. Tous messieurs les prélats allèrent au devant de lui, excepté M. de Sens qui ne sortit point de sa place, ce qui n'empêcha pas Son Eminence de lui faire une

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