‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 157 sur 412 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

grande révérence en passant devant lui. Après qu'il eut pris sa place, il représenta que la nécessité des affaires du roi et la conjoncture où se trouvait l'Assemblée l'avaient obligé de lui déclarer que le roi avait fait tous ses efforts pour obtenir la paix avec le roi d'Espagne; mais que Sa Majesté n'avait pu l'y faire résoudre, quoiqu'elle se fût portée jusqu'à vouloir abandonner les propres intérêts de son honneur et de sa gloire, et qu'ainsi le roi, se voyant réduit à la nécessitéde faire la guerre et de la soutenir au dedans et au dehors du royaume, il avait recours à l'Assemblée pour obtenir d'elle les mêmes secours qu'il avait reçus du clergé depuis plusieurs années; qu'il les espérait même encore plus grands que tous les autres précédents, attendu la nécessité de ses affaires et la bonne volonté de messieurs de l'Assemblée, de laquelle Sa Majesté avait une estime toute particulière à cause du grand mérite de tous messieurs les prélats qui la composaient, et pour les services considérables qu'elle avait reçus d'eux depuis qu'elle était commencée. Messieurs les présidents lui répondirent par leurs compliments, mais M. de Sens y mêla des choses qui ne lui furent pas agréables. On s'étonna de ce que cette Eminence, s'expliquant sur les intérêts d'honneur et de gloire que le roi avait en vue, eût dit que Sa Majesté avait passé jusque là que de vouloir abandonner le roi de Portugal et remettre M. le Prince dans ses biens; mais que le roi d'Espagne avait voulu qu'il fût rétabli dans tous ses gouvernements; ce que le roi n'ayant pas voulu accorder, à cause du peu de sûreté qu'il y avait en la personne de M. le Prince après les rebellions et les actes de félonie qu'il avait commis, le traité ne s'était pu faire. On s'étonna de ce détail, et ces raisons furent peu goûtées. Ensuite, il témoigna qu'il avait eu impatience de se rendre à l'Assemblée pour la remercier de ce qu'elle avait voulu prendre part à l'aftliction qu'il avait reçue de la mort de M^'-'Mancini et lui en donner des marques, tant par la visite qu'elle lui avait rendue^ que par la délibération qu'elle avait prise de faire un service solennel pour le repos de l'âme de cette dame; qu'il conserverait toujours le souvenir de cette obligation avec un désir très fort de témoigner sa reconnaissance dans les occasions.

M, de Narbonne lui répondit que la compagnie ne pouvait

en user autrement, ayant les sentiments d'affection et de respect qu'elle avait pour Son Éminence, et qu'elle eût souhaité de lui en donner des témoignages dans une autre occasion que celle-là.

Son Éminence leur dit aussi sur le sujet de l'affaire des réguliers d'Angers qu'il avait représenté dans le conseil, Sa Majesté y étant, que les juges séculiers ne pouvaient prendre connaissance des affaires spirituelles telles qu'étaient les censures émanées des évéques ou des assemblées générales du clergé sur des points de doctrine; et qu'ainsi les réguliers d'Angers n'avaient pu en appeler comme d'abus, ni le Parlement recevoir leur appel. Sur quoi il avait été résolu dans le conseil du roi de donner un arrêt tel que l'Assemblée le désirait, lequel était expédié et scellé, et l'ayant fait remettre sur le bureau, la compagnie l'en remercia.

Ce jour là même, dom Boisart, chartreux, déclara à M. l'abbé de Pontchâteau qu'il avait dit peu de jours auparavant à dom Vicaire ces propres paroles : Si je savais que je glorifiasse plus Dieu en affichant le miracle qu'il a fait en moi à la porte de l'église, je le ferais ; et prenez garde, mon Père, qu'il ne vous prenne mal de ne le pas assez reconnaître. Que dom Vicaire, s'élant trouvé mal depuis deux jours, le regardait de côté depuis cet entretien.

Le 2, M. Brunetti, parlant à un de ses amis sur le sujet de la maladie du pape, qui était alors un entretien assez commun, dit qu'il y avait longtemps qu'un allemand avait prédit à Sa Sainteté qu'il mourrait en 1656, et qu'il avait exprimé toute sa prédiction en ces termes : Sarete cardinale, sarete papa, temerele di peste, morirete dirabbia.

L'événement a fait voir la fausseté de cette prédiction, et avec combien peu de fondement les Italiens ont tant de curiosité de pénétrer dans l'avenir par ces sortes de prophéties où ils mettent si mal à propos leur confiance.

Cependant ce pape en faisait d'autant plus d'état qu'il savait combien était grande l'aversion du peuple de Home contre lui, et il en avait eu des marques publiques l'année précédente par ces deux vers que l'on avait faits pendant la pompe de la reine de Suède :

Dira famés pestis, bellum, regina, nepotes ; Quid superest Romsel NU nisi longa dies.

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