‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 161 sur 412 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

Les prêtres attachés au parti de Molina n'étaient point alors plus modérés que les évéques, et on apprit en ce tempslà un grand excès de M. Amyot, arrivé depuis peu de jours.

Ce curé de Saint-Merry ayant trouvé M. Maillard, un des prêtres de la communauté de M. Duhamel, dans la chambre d'un vieillard de sa paroisse nommé M. Lesu, malade à l'extrémité, il lui demanda brusquement ce qu'il faisait là, et lui ordonna à l'instant même de sortir, le traitant d'hérétique et d'excommunié ; et ce prêtre disant qu'il n'en ferait rien, M. Amyot dit qu'il en sortirait donc lui-même, et en effet il se retira de la chambre tout en colère; mais la femme du malade courut après lui pour le rappeler, et M. Maillard sortit lui-même dans le temps qu'il rentrait. C'était une étrange consolation pour le malade, qui dit à un de ses amis qu'il avait bien fait le jour précédent amende honorable de tout ce qu'il avait dit contre M. Amyot, mais que ce curé ne l'avait point faite de tant de choses qu'il lui avait dites contre M. Duhamel.

M. Ariste ne fut pas mieux traité que M. Maillard dans le faubourg Saint-Marceau, car ayant fait le catéchisme dans la paroisse de Saint-Martin à la prière du curé, un chanoine de Saint-Marceau prêcha scandaleusement contre lui, disant que les jansénistes étaient des hérétiques et des excommuniés qu'il ne fallait point eintendre, de sorte que M"" Cousturier, chez qui M. Ariste demeurait, fut obligée d'en porter ses plaintes à M. le curé de Saint-Séverin ; mais il n'y avait point de justice en ce temps-là pour les opprimés. On avait parlé alors d'une espèce de suspension d'armes, c'est-à-dire de quelque accord de ne rien imprimer de part ni d'autre, et le sieur Ballard, syndic des libraires, avait demandé pour cet effet quatre ou cinq jours de terme à celui qui prenait le soin des ouvrages de MM. de Port-Royal. Ce terme étant expiré, il dit à ce gentilhomme* qu'il avait fait plainte à M. Fouquet, procureur général, de ce qu'au préjudice du silence qu'il avait obtenu de MM. de Port-Royal, les Jésuites ne cessaient d'écrire, et qu'outre La bonne foi des Jansénistes, par le Père Annat, M. le chancelier avait encore accordé privilège à un autre ouvrage touchant les miracles de- Port-Royal; que M. Fouquet lui avait dit qu'en

1. Sans doute M. Baudry de Saint-Giiles d'Asson, l'agent dévoué de Pascal pour la publication des Provinciales.

ayant parlé à M, le chancelier, ce chef de la justice lui avait demandé s'il n'était pas juste de donner privilège pour les livres qui défendaient la vérité; que lui ayant répliqué que cela ferait aussi que les jansénistes imprimeraient, M, le chancelier avait réparti qu'il en faudrait faire un exemple, et qu'on savait bien ceux qui s'en étaient mêlés jusqu'à ce temps-là. M. Ballard voulut conclure de ce discours de M, le chancelier qu'il fallait encore attendre quelque temps, et que les Jésuites n'écriraient plus. Mais celui à qui il faisait ce rapport lui répondit qu'il n'y avait aucune mesure à prendre avec ces Pères, et qu'il dégageait sa parole. Cela fut cause de ce que le lendemain il envoya une copie pour imprimer une Lettre provinciale, de sorte qu'elle parut peu de temps après, en date du 23 janvier, avec une adresse particulière au Père Annat. La réputation de ces lettres se répandait de tous côtés hors du royaume, et M. l'abbé Charrier, qui était alors à Rome, manda à M. Du Gué de Bagnols, son neveu, que la reine de Suède, qu'il avait vue depuis peu en Italie, lui avait dit qu'elle n'avait jamais rien vu de plus beau. [L'un des effets qu'elles produisirent en France fut de faire montrer les Jésuites au doigt dans les rues et de les faire appeler publiquement Escobars. Il arriva vers le commencement de ce mois qu'un curé de la campagne qui en voyait passer deux ayant dit : voilà deux Escobars^ l'un d'eux se tourna vers lui, le prit par le devant de son pourpoint, le poussa contre la rue et le pressa de dire comment il avait nom. Mais M. Tulloue, fameux médecin de Paris, arrêta doucement ce jésuite, qui vint ensuite chez lui pour tâcher d'apprendre le nom de ce curé '.]

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