LIVRE XVI
bail, le casuiste lui donna par écrit une résolution contraire à celle qu'il avait fait écrire sur le soulier de la dame. Le curé croyait après cet écrit que M'^" de Montébine ne ferait plus de difficulté de payer la dime ; mais voyant qu'elle persistait toujours dans son refus, et les Jésuites de leur côté voulant être payés de la part et portion qui leur était due, cette contestation donna matière à un procès que les bons Pères soutinrent en désavouant le Père Perrières, leur procureur; car ils prétendirent que par la procuration qu'ils lui avaient donnée, il avait droit de passer toutes sortes de contrats, mais réguliers et non pas irréguliers, tel qu'était celuidontils'agissait.NéanmoinsM,Barboteau,devantlequel on en plaida en qualité d'offîcial d'Amiens, ne s'arrêta nullement à cette vaine distinction ni au désaveu qu'ils faisaient de leur procureur, et par sa sentence il les condamna aux dépens.
Le 13 du même mois, on continua de parler dans l'Assemblée générale du clergé de la seconde lettre que l'on avait résolu d'écrire à M. l'évêque de Beauvais, dont la fermeté était insupportable à plusieurs députés du clergé, qui employaient tous leurs soins à exécuter fidèlement la passion des Jésuites. Dès le 40 du mois, M. deBéthune, archevêque de Bordeaux, avait proposé à l'Assemblée qu'il fallait presser M. de Toulouse d'envoyer à M. de Beauvais cette lettre qui avait été arrêtée il y avait déjà longtemps. M. Poncet, promoteur de l'Assemblée, avait dit que M. Chaillou, doyen de Beauvais, lui avait mandé que l'accommodement que l'on avait espéré de faire entre M. l'évêque de Beauvais et les chanoines appelants comme d'abus et le chapitre ne se faisait pas, et était hors d'état de se pouvoir faire, parce que les chanoines appelants poursuivaient leur appel au Parlement, et qu'ainsi il semblait qu'il fût du devoir de la compagnie de presser M. de Toulouse, qui était absent en ce temps-là, de dresser la lettre au plus tôt et de l'envoyer. Et M. de Bordeaux s'était laissé emporter en ce temps-là par l'impétuosité de son zèle jusqu'à accuser M. de Toulouse de négligence, et à faire de grandes plaintes contre lui à cause que cette lettre n'était pas encore envoyée. Sur cela, M. de Toulouse étant entré avait reconnu la faute qu'il disait avoir commise en remettant de jour en jour celte lettre, et avait promis de la dresser au premier jour, pour ensuite la pré-
senterà l'Assemblée. M. de Vannes, dont la disposition était changée à l'égard de M. de Beauvais, avait tâché ce jour-là d'adoucir l'esprit de M. de Bordeaux, en lui disant qu'il n'avait que faire de parler d'une affaire qui était déjà assoupie, et M. de Boulogne lui avait témoigné la même chose. Ensuite M, de Ghâlons avait sollicité M. Poncet de ne point presser cette lettre, et d'en demeurer à l'expédient qui avait été pris avec lui de traiter cette affaire avec les amis de M. de Beauvais et quelques uns de l'Assemblée, pour voir s'il n'y aurait pas moyen de l'accommoder; et M. Poncet en était demeuré d'accord, pourvu que M. de Bordeaux ne parlât plus de cette affaire et que M. de Toulouse voulût en demeurer à la délibération qui avait été prise ce jour-là.
Mais le 13 de ce mois, M. de Bordeaux revint à la charge touchant cette lettre, et ayant été lue à l'Assemblée, il fut conclu qu'elle serait envoyée, M. de Senscontesta longtemps, soutenant que M. de Beauvais ne devait pas être traité autrement que les autres prélats, et ayant gagné MM. de Narbonne et de Toulouse, il obtint que cette lettre ne serait pas envoyée par un messager exprès, mais seulement que M. l'abbé Thoreau *, agent du clergé, s'en chargerait pour la faire tenir p&r le messager ordinaire de Beauvais, et que l'on ne ferait point de procès-verbal de cette délibération.
M. de Sens usa de cette précaution pour empêcher que M. Chaillou, doyen de Beauvais, et ses complices ne pussent pas dans la suite de celte affaire avoir recours aux registres de l'Assemblée, et il obtint de plus que l'on effacerait ces mots de la lettre : « Qu'il serait à désirer que les chapitres des autres églises se portassent à faire la même chose que le chapitre de Beauvais. »
La chaleur de M. de Bordeaux fut si grande pendant celte contestation qu'il avait peine à parler, de sorte qu'il obligea M. de Sens de lui dire que l'ignorance faisait faire de grandes fautes à beaucoup de gens. Ce prélat n'épargna pas davantage les autres évêques emportés, et il leur reprocha qu'ils voulaient trancher de souverains et étendre leur juridiction sur tous les évêques de France, ce qui les rendait odieux à toute l'Église.
i. Matthieu Thoreau (1612-1692), d'abord chanoine et doyen de Poitiers, fut agent du clergé aux Assemblées de 1655 et de 1660, et devint évoque de Dol en 1661.