‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 173 sur 412 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Jésuites fortifiés dans leurs entreprises par l'arrivée d'un nouvean nonce qui menace hautement les disciples de saint Augustin. Lettre au Père Annat.

Tout réussissait en ce temps là aux Jésuites, qui jouissaient de plus en plus de cette sorte de prospérité que Dieu donne quelquefois dans sa colère, quand il abandonne les hommes aux passions de leur cœur. Leur fierté s'augmenta notablement au commencement de cette an née par l'arrivée d'un nouveau nonce qui était monsignor Piccolomini'. Il était parti de Rome fort prévenu contre les disciples de saint Augustin, et il avait apporté en France toute l'aigreur et toute l'animosité nécessaires à un prélat de cette qualité, qui avait entrepris de les perdre. Comme il descendit chez les Feuillants et y fit un séjour considérable, il eut de quoi se fortifier dans cette mauvaise inclination par les conférences fréquentes de dom Pierre de Saint-Joseph, que nous avons vu souvent aussi emporté contre le parti imaginaire des prétendus jansénistes, que dans le fond il était moins que médiocrement instruit de la matière fondamentale des contestations présentes, dans lesquelles il avait entrepris de se signaler. A peine fut il arrivé, que le bruit courut de toutes parts qu'il était porteur de trois brefs, dont l'un était contre M. le cardinal de Retz pour lui faire son procès, l'autre pour détruire et dissiper le monastère de Port-Royal, elle troisième, pour confirmer tout ce qui s'était fait dans l'Assemblée jusqu'à ce temps-là.

1. Celio Piccolomini (1609-1681), d'abord archevêque de Césarée, fut envoyé comme nonce en France par Alexandre VII son ami, et y resta sept ans. 11 devint cardinal en 1664 et archevêque de Sienne en 1671

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