‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 175 sur 412 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

État de l'affaire du Père Bagot, qui demeure encore indécise dans l'Assemblée générale du clergé. Déclaration présentée par ce jésuite.

Après tant de retardements touchant l'affaire du Père Bagot, on croyait que le 26 du mois de janvier serait le jour fatal pour la terminer à son avantage avec toute l'impunité que lui promettaient ses intrigues et l'étroite liaison de sa compagnie avec plusieurs des députés de l'Assemblée. Dès le premier jour du même mois, il avait dressé une déclaration qui fut imprimée dans la suite, et présentée en ce grand jour de délibération pour laquelle on avait fait venir extraordinairement tous les prélats du dehors; et elle tendait à le couvrir de la juste condamnation que méritait sa mauvaise doctrine contre la hiérarchie et la discipline de l'Église, le droit des prélats, l'administration des sacrements, et l'obligation d'assister à la messe paroissiale.

11 la commençait par ces mots : « Nosseigneurs les prélats de l'Assemblée ayant désiré que j'éclaircisse quelques propositions de mon livre qui a pour titre : La défense du droit épiscopal, etc. ; j'ai fait le présent écrit sur ces quatre arti-

1. Suit une transcription de cette lettre, qu'on attribue h M. de Saint- Gilles, et qui est imprimée, 4 p. in-4».

des, qu'ils ont jugés être les principaux, pour leur donner satisfaction et leur témoigner le respect et la soumission que je leur dois. »

Ces quatre articles étaient : 4° Du pouvoir du pape et des évéques; 2° de la confession annuelle; 3" de la messe paroissiale ; 4° des curés.

Le plus échautfé de tous les prélats pour la défense des Jésuites était M. de La Motte Houdancourt, évêque de Rennes, perpétuel adorateur de leurs passions, dévoué à tous leurs intérêts, et défenseur de toutes leurs erreurs les plus grossières. Il s'était rendu dans cette Assemblée dans la résolution d'exempterle Père Bagot de toute censure, el faire paraître sa grande érudition en alléguant une infinité de choses dont la plupart n'étaient pas fort justes et ne regardaient guère son sujet. Mais il fut tellement confondu par M. l'archevêque de Sens, qui réfuta son discours sur le champ avec cette présence d'esprit, cette netteté et cette force qui lui étaient si ordinaires^ que l'affaire n'ayant point été terminée ce jour-là, M. de Rennes n'osa plus paraître depuis dans l'Assemblée où il avait été écouté avec mépris et avec indignation; au lieu qu'il fut dit publiquement à M. de Sens, dans le lieu même de cette délibération, qu'il avait vengé l'Assemblée de la pédanterie de M. de Rennes.

MM. de Toulouse et de Montauban ne furent guère mieux écoulés ce jour-là dans l'expédient qu'ils proposèrent de se réduire uniquement à des défenses de publier l'anonyme des curés, sans aucune marque de censure. M. l'abbé de Ciron et quelques autres représentèrent vigoureusement qu'après la satisfaction que les curés avaient donnée, on ne pouvait interdire la lecture de l'anonyme, de sorte que cet abbé entre les autres ayant tenu tête à M. de Toulouse, son archevêque, ses remontrances et celles de quelques autres députés firent remettre cette délibération au lendemain, qui se trouva encore trop court pour la décision de cette affaire.

Il paraissait en ce temps-là un petit écrit intitulé : Règles importantes tirées des textes du concile de Florence et de G lober qui sont rapportées par Monseigneur de Marca, archevêque de Toulouse, pour servir à V examen du livre du Père Bagot. Dès que le bruit de la publication de ce traité se répandit dans Paris, M. de Toulouse crut que c'était un ouvrage de Port-Royal pour flétrir sa réputation, ou pour

réveiller contre lui l'indignation de Rome qui avait censuré son ouvrage : De concordia regni et sacerdotii, qu'il avait composé avant que d'embrasser l'état ecclésiastique. Mais on reconnut bientôt par la différence du style que l'auteur n'était nullement de Port-Royal; et M. de Marca l'ayant lu changea pendant quelque temps sa crainte en approbation; mais cette disposition d'esprit ne fut pas pour lui de longue durée, et il ne tarda guère à avoir d'autres sentiments. Car comme la doctrine qui était établie par l'écrit tendait à remettre les choses dans le droit commun, et n'était pas favorable aux prétentions et à l'usage de la cour romaine, qui se fait une souveraine loi des exemptions et des privilèges, les réguliers, qui se sentaient attaqués fortement par cet ouvrage, en portèrent promplement leurs plaintes à iMK"" Piccolomini, nonce de Sa Sainteté, et ce prélat n'en conçut pas une autre idée que celle d'un ouvrage schismatiquequi allait directement à la destruction de l'autorité du pape et des droits de Home. Dansceltepersuasion.ilfit grand bruit à la cour pour en demander la suppression; et nous verrons dans la suite combien cette plainte lui réussit par la situation où étaient les choses en ce temps-là; à cause de la parfaite correspondance de ces deux cours, qui n'ayant alors que le même but et les mêmes desseins, n'avaient garde de se brouiller l'une avec l'autre. Ainsi M. l'archevêque de Toulouse, qui consultait plutôt les influences des astres de la cour que l'Écriture et les conciles, et qui avait pour premier principe de sa conduite hiérarchique de se ranger toujours du parti des plus forts, ne délibéra plus louchant les résolutions qu'il devait prendre en cette rencontre. H cria comme les autres contre cet ouvrage, qu'il ne condamnait nullement dans sa conscience, et se prépara à en être le persécuteur, pour le faire servir à sa cause et à l'établissement des vastes desseins de sa fortune, dont Dieu se joua à la fin comme il s'était joué de ses connaissances et de ses lumières.

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