‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 178 sur 412 · Suit une citation latine du bref imprimé · texte numérisé non relu

Suit une citation latine du bref imprimé

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jusqu'à deux heures après minuit. Quatre sénateurs y haranguèrent, et plusieurs constestèrent si opiniâtrement que le temps préfix aux audiences ordinaires était expiré devant qu'il y eût rien de conclu. Nos ennemis, sentant que leur partie n'était pas encore assez bien faite, voulaient sortir pour prendre le temps de la mieux renouer; ils proposèrent que le temps de délibérer était écoulé, mais la constance des autres ne cédant point à leur faction, ils ajoutèrent qu'on ne devait pas décider cette affaire avant que d'en donner avis à la cour de France, et lui avoir fait agréer qu'on accordât à la requête du pape ce qu'on avait refusé à la sollicitation du feu roi. Comme on avait bien prévu le coup, on le para bien aussi. L'ambassadeur de France avait été sollicité des premiers, et nous servit des mieux en cette rencontre, produisant un ordre exprès de la cour d'appuyer de l'autorité et faveur du roi la demande du pape et la cause des Jésuites. Ainsi le nombre de nos amis prévalut par la pluralité des suffrages, qui furent de cent cinquante, sur nos ennemis qui n'en eurent jamais plus de soixante et un; et le peuple criant à la porte du palais qu'on nous rappelât, le sénat, sur le rapport de l'avocat qui prit ses conclusions en notre faveur, déclara que le procès qui fut formé en 1606 contre la compagnie était nul, et on en reconnut cinq causes :

La première, parce qu'il nous fut intenté trois mois après la sentence de condamnation déjà portée contre nous.

La deuxième, parce nous ne fûmes pas ouïs ni cités pour l'être.

La troisième parce que les témoins qui avaient déposé étaient singuliers en chaque témoignage, passionnés de la cause de leur ordre contre le nôtre, et enfin incertains, pour avoir seulement appris sur le rapport d'autrui les crimes qu'ils nous reprochaient.

Ou dressa incontinent après l'arrêt de notre rétablissement, et le secrétaire du sénat fît en même temps réponse au bref de Sa Sainteté. Un courrier, dépêché aussitôt, le porta jeudi matin en cette ville, comme n'y allant pas moins de l'honneur de la cour de Rome que de celui de notre compagnie en cette affaire.

On attendait avec grande impatience au palais aussi bien que chez nous la nouvelle de ce succès. Sitôt que Sa Sain-

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leté ea eut la dépêche, elle en écrivit de sa propre main avec un crayon la substance à notre Révérend Père général, qui fut incontinent demander et obtint audience pour répondre de bouche au bref de Sa Sainteté. La joie du pape était si grande qu'il l'accueillit avec ces termes obligeants : « Père général, qui est le plus joyeux, de vous ou de moi, du rétablissement de la compagnie à Venise? » Et il continua de lui expliquer sa bonté pour nous avec tant de satisfaction que cet entretien dura trois heures.

Le lendemain, grand nombre de cardinaux vinrent encore congratuler notre Père; plusieurs s'en réjouirent entre eux, et nos amis visitèrent ce jour-là en foule plusieurs de nos Pères, pour prendre part à notre satisfaction et l'augmenter par la leur. Ces joies de soi sont bien légitimes en nos Pères et en nos amis, après un arrêt qui remet la province de Venise en la possession de ses collèges, et quarante mille écus de rente firent l'honneur à toutes les autres provinces, en effaçant une tache qu'on nous mettait partout devant les yeux.

Le Révérend Père général a écrit de ce remerciement général au Sénat de Venise ' qui lui sera présenté par le nonce même de Sa Sainteté, et sitôt qu'un professeur de théologie de la province de Venise aura préparé la harangue que notre Père lui donne ordre de composer, il ira avec son provincial à Venise pour la faire en plein sénat, en action de grâces, au nom de notre compagnie.

Sa Sainteté ne s'est pas contentée de nous avoir procuré ce bien; mais elle en [a] fait encore elle-même ses remerciements. Elle a envoyé un ordre à son nonce de Venise de témoigner de sa part beaucoup de reconnaissance en général au sénat de Venise, et en particulier à ceux qui ont mieux signalé leur respect envers Sa Sainteté et leur affection à la compagnie. Elle a encore, par cet ordinaire ici, chargé son nonce en France de rendre les mêmes devoirs au roi, à la reine et au cardinal Mazarin, qu'elle remercie de l'avoir aidée à nous rétablir. On croit qu'elle n'oubliera pas le nonce, qui a plus travaillé qu'aucun, et qu'elle récompensera bien la générosité qu'[il] a eue de négliger ses propres intérêts pour négocier plus utilement les nôtres.

1. Sic. La plirase est mal construite, et le seus est obscur.

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Ce prélat, qui est de la maison des Carafes, ne voulut jamais accepter un présent de quatre mille écus que le sénat lui faisait, et céda à la République plus de vingt mille écus de profit qui lui revenaient de la vente des revenus supprimés et des biens qui en dépendaient que Sa Sainteté a donnés à la République. Et quelque instance qu'on lui fît, il répondit qu'il les priait d'accepter de lui les vingt mille écus qu'il pouvait tirer du droit de l'aliénation de ces biens d'église, comme ils avaient reçu de Sa Sainteté les sept cent mille écus qu'elle en aurait' pu profiter pour ses parents ou ses créatures, et que si le sénat en voulait témoigner à Sa Sainteté une véritable reconnaissance, il n'avait qu'à favoriser la cause des Jésuites, ou s'il estimait digne de récompense le zèle si passionné qu'il avait pour leur république, ils agréassent les sollicitations qu'il faisait pour ces Pères. Le bref que Sa Sainteté a écrit à la République en action de grâces de cette réception n'est en rien inférieur à celui qu'elle avait envoyé pour leur rétablissement.

Le Révérend Père assistant d'Italie fut mandé par notre Père général, [pour aller rendre visite] à tous les cardinaux vénitiens et au résident de la République, pour les remercier de sa part et au nom de la compagnie des soins qu'ils avaient pris à conduire heureusement cette négociation; mais au lieu de recevoir nos remerciements, ils nous en faisaient eux-mêmes, protestant seulement qu'ils nous étaient infiniment obligés de la faveur que nous leur faisions après une si longue absence.

Notre Révérend Père général a écrit une belle lettre à Monseigneur l'ambassadeur de France, qui ni)us a obligés en cette rencontre autant qu'il le pouvait. Car ayant appris par quelqu'un de ses amis et des nôtres les difficultés que nos adversaires faisaient naître du côté du roi de France pour enclouer l'arrêt, il alla trouver tous les sénateurs en particulier pour les assurer que bien qu'il n'eût pas pour le présent des ordres formels de son maître pour traiter de cette affaire, dont la négociation avait été conduite avec tant de secret qu'il n'en avait eu le vent que depuis quelques moments, tant s'en faut que Sa Majesté se dût piquer qu'elle se terminât à son insu et à l'avantage de la compagnie,

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