‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 196 sur 412 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Rétablissement du Père Grasset, jésuite, dans ses fonctions de prédicateur par M. l'évêque d'Orléans

La multiplicité des événements de cet hiver ne nous permettant pas de rapporter tout à la fois ce qui s'y passa en divers lieux touchant les affaires de l'Église, nous retournerons maintenant à Orléans pour y voir la suite de l'affaire du Père Grasset, interdit de ses fonctions de prédicateur dès le mois de septembre de l'année précédente. Il avait passé tout ce temps là dans l'humiliation et dans le silence; mais sa compagnie, regardant sa pénitence comme un état violent ;i son égard, n'avait rien omis de ce qu'elle jugeait nécessaire pour lui rendre l'usage de la parole. Enfin Son Altesse Royale avait obtenu de M. l'évêque d'Orléans qu'il le rétablirait dans ses fonctions, et ce prélat y avait tellement condescendu qu'il avait pris toutes les précautions que la prudence lui avait pu suggérer afin qu'il ne parût rien de bas ni de lâche dans sa conduite, ni dans le mandement par lequel il consentait à cette réconciliation.

Les Jésuites, ayant appris qu'il pourrait bien en exprimer les motifs et faire valoir dans cet acte le respect qu'il avait eu pour la recommandation de M. le duc d'Orléans, se remuèrent fort pour empêcher qu'il n'en fût fait mention. Le Père Le Cointe, l'un d'entre eux, qui était alors à Blois, en sollicita Son Altesse Royale avec tant d'instance qu'elle en écrivit à M. l'évêque d'Orléans, le priant de ne pas parler

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de sa recommandation en façon quelconque. Mais ce prélat lui répondit fortement et lui manda que, sans Son Altesse Royale, il ne rétablirait point le Père Grasset; qu'il ne pouvait le rétablir sans eu déclarer le motif et conséquemment parler d'elle; que si elle ne voulait pas qu'il en dît rien, il fallait que toutes choses demeurassent comme elles étaient : le Père Grasset interdit (ce qui ne serait pas un grand malheur) et lui, évêque d'Orléans. A quoi il ajouta quelques autres choses si fortes que Son Altesse Royale lui manda qu'il en usât comme il le trouverait à propos.

M. Musnier, doyen d'Orléans, en mandant ces particularités à M""' la marquise d'Aumont, la douairière, ajouta qu'il était absolument nécessaire que M. d'Orléans son évêque en usât ainsi, parce qu'ayant à marquer dans son mandement les offres que les Jésuites lui avaient faites d'une déclaration par écrit que le Père Grasset publierait luimême, sans quoi il ne paraîtrait point de satisfaction de sa part, ils en auraient été quittes pour désavouer ce fait par un démenti, en disant qu'ils n'y auraient pas pensé, et que l'on n'aurait pas manqué d'accepter ces offres s'ils les eussent faites; mais que le témoignage de M. d'Orléans étant employé pour autoriser ces offres, il ne serait plus au pouvoir de ces Pères de dénier ce fait à l'avenir, et que quand même ils auraient assez d'effronterie pour l'entreprendre, il ne se trouverait aucune personne de jugement qui les voulût croire, étant certain qu'un homme de la qualité de M. l'évêque d'Orléans n'oserait employer pour témoin un Fils de France dans un mandement public s'il ne disait la vérité.

Voici comment était exprimé cet acte de rétablissement :

Alphonse d'Elbène, par la grâce de Dieu et du Saint- Siège apostolique, évêque d'Orléans, conseiller du roi en ses conseils d'état et privé ; à tous ceux qui ces présentes lettres verront, salut.

Nous avons dès le 9 du mois de décembre dernier interdit la chaire en notre diocèse à Frère Jean Grasset, prêtre religieux de la compagnie de Jésus, pour les causes portées par notre mandement du même jour. Si la nécessité d'employer un si grand remède avait quelque chose de fâcheux, nous avons sujet d'être consolé en voyant que cela lui a été utile, et qu'il a profité de la correction. 11 a exactement

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gardé nos défenses et nous a confirmé son obéissance par un silence de six mois. Il a témoigné pour les ecclésiastiques de cette ville des sentiments meilleurs et plus équitables que ceux qu'il avait fait paraître par le passé, et nous sommes obligés de lui rendre ce témoignage public de sa pénitence, qu'il s'est entièrement soumis à nous en fournir par écrit la déclaration en bonne forme, et à la publier lui-même dans ses sermons,

La piété de Monseigneur le duc d'Orléans, qui s'est employé peur lui, et son zèle pour ce qui regarde l'honneur de l'Église lui avait fait approuver cette sorte de satisfaction. Mais puisque Son Altesse Royale a bien voulu s'employer afin que ce religieux fût réconcilié à l'Église, nous avons cru ne lui devoir pas moins faire qu'une grâce entière» C'est ce qui nous a porté à lever, comme de fait nous levons par ces présentes, l'interdit que nous avions décerné contre lui ; et lui avons permis de prêcher en notre diocèse conformément à la permission qu'il en avait obtenue de nous auparavant. Et d'autant que, par notre même mandement du 9 septembre, défenses étaient faites à tous nos diocésains d'assister à aucune de ses prédications, à peine d'être coupables devant Dieu d'une désobéissance griève et mortelle dont nous nous étions réservé le pouvoir de les absoudre, nous leur déclarons que nous avons levé ces défenses, et qu'ils peuvent en toute liberté y assister. Ordonnons, afin qu'aucun n'en ignore, que ces présentes seront lues aux prônes, affichées et publiées en la manière accoutumée.

Donné à Orléans le 10 février 1657.

Ainsi signé :

Alphonse d'ELBÈNE, évêque d'Orléans.

Par commandement de mon dit seigneur évêque d'Orléans,

Blanche.

Plusieurs rétablissements de cette nature ne vaudraient guère mieux aux Jésuites que de nouveaux interdits ; et il leur serait sans doute plus avantageux de n'avoir point mérité par leurs excès l'indignation des bons évêques, que de l'avoir apaisée par l'intercession des grands princes.

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