‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 201 sur 412 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

leur tenaient lieu d'une très grande justification dans l'esprit de ceux qui considéraient toutes ces choses avec des yeux équitables.

Parmi ceux qui furent touchés de l'opération si fréquente de tant de merveilles, M. Doublart, confesseur de l'abbaye de Gif, qui jusqu'à ce temps-là avait été fort prévenu contre Port-Royal, donna des marques sensibles de son respect pour cette sainte relique miraculeuse, par une lettre qu'il écrivit sur ce sujet, le 24 février, à la Mère Marie Angélique, qui lui avait envoyé quelques présents de dévotion. Car il lui mandait « qu'il avait douté longtemps s'il devait interrompre sa retraite dans le saint temps du carême par le peu de lignes qu'il lui adressait ; mais il avait cru qu'il lui serait plus avantageux d'être imprudent que méconnaissant, et que la charité, qui souffre tout, porterait la sienne à lui pardonner cette faute, s'il y en avait; qu'il avait reçu avec le respect qu'il devait et une joie singulière le présent dont il lui avait plu le gratifier: que le mérite du sujet et la considération de la personne qui se souvenait de lui lui rendaient bien cher; qu'il ne pouvait reconnaître sa bonté que devant Dieu, ni lui en rendre les actions de grâces telles qu'il l'aurait souhaité. Il demandait au ciel qu'en recevant de toute son affection une si précieuse relique, son esprit s'occupât des considérations que la piété d'un digne auteur avait rendues publiques. Mais qu'il fallait qu'il dit qu'il avait gémi depuis peu dans le fond de son cœur et dans l'amertume de son âme, quand on lui avait voulu persuader qu'on leur allait ôter ce sacré dépôt, comme si la malice des hommes voulait mettre des bornes à la puissance de Dieu, et continuer à outrager et abaisser une sainte communauté innocente, lorsqu'évidemment la Providence la voulait relever. Qu'il la conjurait de demander à Notre Seigneur pour lui qu'il le convertît totalement à lui, et qu'il ne permît pas que ses pieds fussent ébranlés à la vue de tant de scandales et de la paix que semblaient avoir les méchants, qui mettaient leur bouche contre le ciel en blasphémant contre les ordres du Très Haut, et qui s'appuyaient sur les puissances et un bras de chair. Qu'il espérait parmi tout cela que l'innocencedemeurerait victorieusede l'impiété et de l'envie, et que leur sainte compagnie, qu'il honorait au dernier point, demeurerait debout sur ses pieds, envisageant

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ses combats dans la maison de vision et de paix, en attendant la récompense de ses travaux et des persécutions qu'elle soutîrait, au grand regret, mais avec l'édification de tous les gens de bien. »

Ces paroles étaient l'effusion d'un cœur sincère^ et on avait autant de sujet de joie de voir en lui une disposition si équitable que l'on en avait eu jusques alors de la guérison d'un très grand nombre de maladies corporelles.

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