‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 202 sur 412 · CHAPITRE XVIIl · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIIl

Mort de M. le premier président de Bellièvre. Le oonce présente au roi la nouvelle bulle contre le livre de Jansénius.

La mort de messire Pomponne de Bellièvre, premier président du Parlement de Paris, arrivée le 13 de mars de cette année 1657, causa quelque changement à la disposition des affaires de l'Église et de l'État, et priva d'un puissant secours ceux qui croyaient pouvoir encore espérer quelque reste de protection du côté de lajustice. Ce grand magistrat, petit fils des chanceliers de Bellièvre et de Sillery, avait soutenu la dignité de sa charge avec beaucoup de magnificence et d'éclat, tant par la considération de ses grands biens que par celle de son mérite et de son adresse dans les négociations, dont il avait donné d'illustres preuves dans ses ambassades, et particulièrement en Angleterre. Il avait été élevé à la charge de premier président dans une conjoncture de temps fort avantageuse pour tenir en quelque manière l'équilibre entre le prince et le peuple après les deux guerres de Paris, et ayant de grandes intrigues, tant avec les personnes les plus éclairées et les plus agissantes de la cour qu'avec le corps du Parlement, il avait trouvé le moyen de se rendre redoutable aux uns et aimable aux autres. Tous les ordres de Paris lui témoignèrent l'affection et l'estime qu'ils avaient pour lui par leurs prières, leurs vœux et leurs visites dans le cours de sa maladie, et le pleurèrent après sa mort comme s'ils eussent perdu leur père et leur protecteur. Néanmoins on n'en usa pas de même à la cour, et le cardinal Mazarin, premier ministre, en res-

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sentit une secrète joie, se voyant inopinément déchargé d'un secret et redoutable adversaire qui n'était pas sans ambition, et qui ayant, à ce qu'on disait, une forte passion de tenir le premier rang dans le gouvernement de l'État, s'appliquait déjà à rechercher les moyens de changer son mortier en un chapeau rouge.

11 ne fui pas plus tôt mort que les spéculatifs qui se donnent toujours le droit de disposer des grandes charges se mirent en peine de deviner quelle personne on choisirait pour remplir cette charge si importante. Quelques-uns parlaient de M. Le Tellier et de M. Fouquet; mais le premier avait d'autres vues, et le second était plus mal à la cour qu'il ne croyait, quoiqu'il aspirât au gouvernement. Les autres jetaient les yeux sur M. de Marca, archevêque de Toulouse, et on jugea en ce temps-là qu'il y aurait eu une grande part, s'il eût bien voulu encore une fois rentrer dans sa magistrature séculière. Mais comme il avait l'esprit et les qualités de Photius, il voulait porter son ambition jusqu'où elle pouvait aller par la voie des dignités ecclésiastiques, et l'archevêché de Paris, qu'il regardait dès lors comme une proie et une conquête toute certaine, lui était plus agréable que la dignité de prince du premier sénat de France, où il prévoyait quelque sorte de contradiction par le grand nombre des personnes éclairées qui auraient bien pu ne pas rendre à toutes ses décisions une déférence aveugle. On mettait aussi sur les rangs M. le président de Nesmond, qui n'étant que dépositaire de la charge de président à mortier, et se voyant obligé en conscience de la rendre à M. de Lamoignon, son beau-frère, alors maître des requêtes de l'hôtel du roi, ne pouvait trouver une porte plus favorable que celle là pour sortir d'affaire et satisfaire tout ensemble à son devoir et à sa fortune, quoiqu'il se fût assez fortifié contre toutes sortes de remords par la considération de son intérêt. Car, comme il s'était souvent réglé dans la conduite de sa vie par les prétendues révélations de la mère Françoise, religieuse de la Conception engagée dans les illusions des Illuminés d'Espagne, et ancienne directrice du misérable Labadie, il ne voulait pas quitter son poste de président à mortier, parce qu'elle lui avait prédit qu'il avait encore un pas à faire avant que d'avoir les sceaux. Et il croyait que ce pas était la surintendance

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des Finances ou la charge de président à mortier*, qu'il lui était aisé en apparence de se procurer par le moyen des Jésuites, avec lesquels il avait une liaison fort ancienne et fort étroite en qualité de disciple du Père Garasse, et l'un des principaux suppôts de la congrégation. M. le président de Novion, à qui on avait offert cette dignité avant que M. de Bellièvre en fût revêtu lorsque le Parlement se tenait à Pontoise, cessa d'être proposé parmi les sujets sur qui le sort pouvait tomber; et quoiqu'il eût quelque regret de son ancien refus et qu'il fît tout ce qui lui était possible pour réparer cette faute, ni la cour, ni la voix publique ne pensèrent presque plus à lui.

Pendant que l'on était occupé de cette délibération, et que le premier ministre, qui savait ménager ses grâces, prenait tout le temps nécessaire pour se déterminer d'une manière avantageuse à ses desseins, monsignor Piccolomini, nonce de Sa Sainteté, crut que l'occasion pétait favorable pour présenter au roi la nouvelle bulle d'Alexandre VII, qu'il tenait en réserve depuis longtemps. Il exécuta ce dessein un jour ou deux avant la mort de M. le premier président de Bellièvre^ dans le temps qu'il était tout à fait désespéré des médecins; et le roi reçut agréablement cette constitution, qui fut depuis traduite et imprimée*.

Tout semblait être consommé par cette bulle, et après la déclaration que faisait le pape, qu'ayant assisté lui-même à toutes les conférences dans lesquelles cette cause avait été examinée devant Innocent X, avec une telle exactitude et diligence qu'on ne pouvait pas en désirer une plus grande, il définissait que les cinq propositions avaient été tirées du livre de Cornélius Jansénius^ évêque d'Ypres, intitulé Augustinus, et qu'elles avaient été condamnées dans le sens auquel cet auteur les avait expliquées. On aurait dit qu'il ne restait plus aux disciples de saint Augustin qu'à abandonner sa doctrine et se soumettre pour toujours au triomphe de Molina. Mais quelque respect que l'on doive aux constitutions des papes, ce qui est un fait non révélé est incapable par sa nature de devenir un dogme de foi; et cette nouvelle

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