LIVRE XVI
caprice d'un politique italien. La crainte de divertir le pape des bons desseins qu'il avait conçus pour la paix des princes italiens était une terreur panique et ce cardinal fit voir dans la suite que *].
Mais sans nous arrêter précisément aux paroles du procès-verbal, il est important que la postérité apprenne cette relation en la manière qu'elle fut écrite, le 7 avril, par un des plus considérables députés de l'Assemblée, et que plusieurs circonstances très importantes ne demeurent pas supprimées. Voici donc en propres termes ce qu'elle contient.
« Après beaucoup de conférences et beaucoup d'intrigues pour et contre le livre du Père Bagot, après que le Père a donné diverses fois des interprétations par écrit, dont quelques-unes ont été imprimées et quelques-unes ne l'ont pas été ; enfin les choses furent terminées hier 6, à la pluralité des voix, et il passa de neuf provinces à six, que les livres du Père Bagot et [dej l'anonyme seraient supprimés, que les articles que l'on avait dressés et qui contiennent une doctrine contraire à ce qu'a écrit le Père Bagot, et entre autres choses que les évêques tenaient leur juridiction immédiatement de Jésus-Christ, seraient signés et envoyés dans les provinces.
Ceux qui ont combattu cet article mis par des particuliers qui en soutenaient avec zèle la doctrine, ont dit depuis qu'elle est orthodoxe ; mais que par prudence, il n'en fallait pas parler présentement. Quand ceux qui voulaient favoriser le Père Bagot ont vu qu'il s'agissait de signer la délibération et les articles, ils ont eu recours aux ruses. Us avaient fait en sorte qu'on devait envoyer une lettre de cachet pour empêcher de délibérer, et M. de Brienne vint pour cela jusque dans le cloître des Augustins. Mais ils pensèrent depuis que peut-être on ne laisserait pas de passer outre, et ils crurent qu'il valait mieux que le roi luimême parlât à M. l'agent, et que Sa Majesté commandât de sa bouche qu'on ne mît rien dans le procès-verbal de la délibération du jour précédent. Cela s'exécuta, Sa Majesté envoya quérir M. Thoreau, et lui commanda de dire de sa part à l'Assemblée que cette affaire regardait son service et
1. Hermant, sans achever sa phrase, a barré tout ce passage depuis : Voilà quelle fui. 11 ne figure pas aux copies.
le pourrait brouiller avec le pape si la chose allait plus avant; qu'une autre fois on pourrait parler peut-être sans danger.
L'agent ayant fait son rapport, et dit dans l'Assemblée que le roi lui avait dit cela de sa propre bouche, le parti qui faisait remuer la machine s'écria qu'il fallait recevoir avec respect ce qui venait de la part de Sa Majesté et se conformer à sa volonté ; les autres, qui composaient la plus grande partie de l'Assemblée, s'élevèrent et dirent qu'il fallait recourir aux remontrances; que cette doctrine était indubitable, que le concile de Trente l'avait dit clairement et qu'il fallait mourir pour soutenir cette vérité. M. de Sens, entre autres, qui était bien préparé, et M. deMontauban, qui avait conduit la barque et qui était saisi des papiers écrits de la main de M, de Toulouse et de celle du Père Bagot, se tenaient tous deux très fermes. M. de Sens, pour prouver tout ce qu'il soutenait en faveur des évêques contre les prétentions du nonce, ne se servit jamais d'autres passages ni d'autres raisons que des passages et des raisons écrits dans le livre de M. de Toulouse, ce qui le faisait souvent changer de couleur. Enfin, après beaucoup de contentions de paroles pleines de chaleur, ceux qui demandaient qu'on délibérât ce qu'on avait à faire l'emportèrent sur ceux qui ne voulaient pas qu'on mit l'affaire en délibération. Il passa à la pluralité des voix qu'on ferait des remontrances au roi ; mais qu'auparavant, on irait trouver M. le cardinal [pour le prier] de vouloir disposer l'esprit de Sa Majesté à trouver bon que la compagnie fût libre, et qu'il ne fût point dit que Sa Majesté empêchât le corps du clergé de prononcer sur des points de doctrine. Ainsi M. de Narbonne fut chargé de cette visite à Son Éminence, et résolut que le lendemain, qui est aujourd'hui, on ferait la députation. il fut arrêté aussi que MM. les évêques de dehors seraient appelés, parce que dans toute cette affaire il ne s'était rien passé sans leur participation. Plusieurs voulaient qu'on députât sur le champ pour faire la remontrance au roi; mais il passa qu'on appellerait auparavant MM. les évêques.
Ce matin qu'on devait écouter le rapport de ce que M. de Narbonne aurait fait auprès de M. le cardinal, et députer des prélats et des Messieurs du second ordre pour la
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remontrance, Son Éminence est venue à l'Assemblée sans qu'autres que ceux qui faisaient jouer tous ces ressorts en sussent rien. Elle arriva à huit heures et demie, si bien qu'il y avait peu de monde encore; chacun envoya quérir son renfort, et sur les neuf heures et un quart Son Éminence prit sa place. Sitôt qu'il fut assis, M. l'archevêque de Toulouse rapporta une requête du chapitre d'Arras qui demandait que les agents intervinssent en une affaire qu'il a au conseil; quelques-uns dirent qu'ils n'avaient jamais été reconnus du corps du clergé de France; mais M. l'official et vidame de Reims soutint au contraire qu'ils étaient de la métropolitaine de Reims, qu'ils avaient toujours reconnu feu M. de Reims comme leur métropolitain, et que les agents devaient donner leur intervention. M, le cardinal allégua aussi des raisons pour appuyer cette proposition, et il passa qu'on interviendrait.
Cela fini, M. le cardinal dit qu'ayant appris que l'Assemblée avait député vers lui pour le prier de disposer le roi à trouver bon que l'Assemblée pût en toute liberté exécuter ses délibérations, surtout en matière de doctrine, il avait voulu les prévenir et les trouver en l'Assemblée pour leur témoigner que rien ne lui serait jamais tant à cœur que le service du clergé, et pour leur représenter aussi les intérêts que le roi pouvait avoir, dans la conjoncture présente, que cette matière ne se déterminât pas en sorte que le pape pût en avoir du dégoût; que jamais ni concile général, ni national, ni provincial, ne l'avait déterminée; que des particuliers l'avaient quelquefois écrite; mais que nulle assemblée d'évêques ne l'avait décidée; qu'on pouvait faire sur cela des livres tant qu'on voudrait sans que le pape le pût empêcher; mais que le clergé de France en général ne le devait pas décider puisqu'il ne l'avait jamais fait.
M. de Sens prit la parole et dit que cette doctrine était la doctrine de toute l'Église de France, et que c'était la seule barrière que l'on apportait aux papes quand ils disaient pouvoir disposer du temporel de nos rois et dispenser même leurs sujets du serment de fidélité. Cela arrêta un peu l'ardeur de ceux qui portaient le parti du pape, et donna, à mon avis', sujet à beaucoup de se modérer et dire qu'il fallait chercher un tempérament pour contenter le roi et