LIVRE XVI
que sur ce que l'on alléguait que certains docteurs ont voulu obscurcir ou affaiblir la définition du concile avec quelque distinction, et qu'il est nécessaire de la repousser par le terme d'immédiatement, lequel quoique nouveau est opposé à leur doctrine, il fallait considérer la différence qu'il y a entre un corps illustre composé d'évêques et les docteurs particuliers; que ceux-ci écrivent sur cette dispute avec une pleine liberté de part et d'autre sans prétendre d'opposer à leurs adversaires autre nécessité d'embrasser leurs opinions que celle qui procède de la force de leurs raisons, ce qui est cause que Sa Sainteté souffre leurs disputes sans s'intéresser en cette matière. Mais lorsque le corps de l'Assemblée aurait décidé par un article de règlement la question émue entre les docteurs, le poids de son autorité ôterait en France la liberté qui rend tolérable dans Rome la diversité de§ sentiments que l'on publie sur ce sujet, de sorte qu'il semble tout à fait nécessaire pour le bien 'de la paix et de l'union de l'Église que l'Assemblée soutienne l'autorité des évêquespar la vraie explication du concile de Trente en se servant des termes anciens et canoniques, sans s'engager au mot d'mmérfiaiemen^ qui est nouveau, obscur et ambigu, et qui contient en soi la semence d'une grande division, sans qu'il y ait aucune nécessité qui oblige de se jeter dans ce précipice ; d'autant plus que la doctrine des livres à l'occasion desquels cette question a été émue n'a pas besoin que l'on procède par décisions, mais plutôt par les censures que l'Assemblée jugera qu'ils méritent. A quoi Son Éminence ajouta que l'on devait prendre soin d'éviter que le pape n'ait point sujet d'entrer en soupçon de croire que Sa Majesté ait aucune part dans la délibération que l'Assemblée pourrait'prendre de recevoir cet article. Que comme cette détermination ôterait aux docteurs français la liberté que Sa Sainteté tolère d'écrire pour l'une ou pour l'autre des deux opinions, elle lui donnerait un juste sujet de mécontentement contre les évoques de France, en ce qu'ils s'éloigneraient de la modération que Sa Sainteté garde en cette matière ; que ce dégoût pourrait ralentir les soins paternels que Sa Sainteté emploie avec beaucoup d'affection pour la paix générale, si nécessaire à la chrétienté et tant désirée du roi. Que ces considérations obligaient Sa Majesté d'admonester l'Assemblée, et Son Emi-
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nerice de la prier très instamment de ne s'engager point dans la décision publique de cette matière^ et de différer d'en traiter à un autre temps, en l'examinant de nouveau avec la circonspection et la prudence qui est inséparable de ce corps si illustre du clergé de France.
Le procès-verbal ajoute que sur cela plusieurs de l'Assemblée représentèrent à Son Éminence qu'ils avaient toujours conservé la vénération qu'ils devaient à la personne de N. S. P. le pape et à celle du Saint Siège apostolique, et que, dans le projet de l'article dont il avait été fait plainte, ils n'avaient [rien] prétendu, sinon que les évéques prissent soin de faire enseigner dans leurs diocèses l'ancienne doctrine de l'Église, confirmée par le concile de Trente, touchant le pouvoir qu'ils ont de régir leurs églises et le troupeau où le Saint Esprit les a mis*.
Après quoi (ce sont les paroles du procès-verbal) il fut résolu par l'avis des provinces de supprimer les livres du Père Bagot, de l'anonyme et du sieur Rousse, comme contenant des propositions mauvaises et contraires à la hiérarchie et à l'autorité épiscopale, à la discipline et à la police ecclésiastique, et capables de troubler la paix et le repos de l'Église, et quant aux articles et à la relation qui avaient été lus dans l'Assemblée, qu'ils seraient mis entre les mains de Messieurs les agents pour en parler en un temps plus propre. [Voilà quelle fut la conclusion de l'une des plus grandes affaires de notre siècle, funeste à l'Église, honteuse au clergé, ignominieuse au cardinal Mazarin qui déshonorait sa mémoire en se rendant le protecteur des Jésuites et des moines, et d'une très pernicieuse conséquence^pour la couronne de France, dont les droits se trouvaient exposés à la discrétion de la cour de Rome par la prévarication du premier ministre,qui ne prenait pas d'autre loi de son ministère que' la seule considération de ses intérêts présents. Les curés en murmurèrent, les théologiens en eurent de l'indignation, tous les gens de bien en gémirent, et tous les véritables Français reconnurent que les intérêts du roi ne sauraient avoir un sort plus désavantageux que quand on les fait dépendre uniquement du
1. Plusieurs ligues ont été barrées en cet endroit au ms. Elles relataient la résistance de l'archevêque de Sens aux désirs de Mazarin, et la discussion qui s'en suivit.