‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 232 sur 412 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

foulés aux pieds de nos ennemis pourvu que nous trouvions un jugement de miséricorde devant le trône de la grâce. J'espère vous en aller dire davantage et chercher dans votre vigueur de quoi fortifier ma faiblesse. »

Cependant la bulle se décriait fort, et les théologiens les plus éclairés, voyant qu'elle n'ajoutait à la précédente qu'un point de fait dont elle n'apportait aucune preuve, le pape ne s'étant pas mis en peine de marquer les endroits de Janséniusd'où les propositions étaient tirées, ne croyaient pas la devoir considérer plus que celle d'innocent X, à laquelle tout le monde s'était soumis pour le dogme.

M. de Launoy, docteur de Paris, qui s'est toujours maintenu dans la possession dédire et d'écrire fort librement ses pensées, ne fut pas fort touché de cette constitution qui faisait un si grand éclat dans ce royaume, et que le nonce avait gardée si longtemps avant que de la présenter à Sa Majesté. 11 en écrivit ainsi le 6 avril à M. de Givès, avocat du roi au présidial d'Orléans :

« Nous avons ici une bulle d'Alexandre VII où il y a des fautes intolérables. J'en suis bien fâché pour l'amour de lui ; mais en tous cas : Quare fecisti sic? Entre autres choses, il dit qu'il était in miyioribus consiilutus, au temps qu'il était évêque, d'où il s'ensuit que quand il appelle les évêques ses frères, il faut entendre que ce sont des frères mineurs, etc. Quand je dis qu'il y a des erreurs intolérables dans cette bulle, je me veux persuader qu'elles ne sont pas du pape; mais il aura son recours sur ceux qui les ont fait faire : Erudimini qui judicaiis terram. »

On a une lettre du Père Richerot, de l'Oratoire, écrite de Nantes le 17 avril, par laquelle il mandait qu'un homme de grand poids, en sa province, après avoir lu les Disquisitions de Paul Irénée et la IT""" Lettre Provinciale, lui avait témoigné qu'il ne croyait pas que la bulle eût été faite si ces deux écrits, qui expliquent nettement toute la question, eussent été antérieurs et considérés. En effet, ces trois Disquisitions de M. Nicole, écrites en latin et publiées presque dans le même temps que l'on donna au jour : Vola tredecim consultoruyn, avec de petites notes, éclaircirent avec tant de discernement ce qui pouvait rester de difficultés sur cette matière, que ceux qui voulaient en juger de bonne foi étaient obligés de se rendre. Mais la préoccupa-

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tion des adversaires était encore plus dans le cœur que dans l'esprit, et leur nombre était si grand, et leur crédit à la cour si capable d'accabler les disciples de saint Augustin, que l'on avait sujet d'adorer dans leur protection la toute puissance de la grâce dont ils étaient les défenseurs. C'est ce que le Père Richerot ajoutait dans cette lettre : « Plusieurs, disaient-ils, voient bien ces vérités; mais comme il n'y a rien à gagner du côté de Port-Royal, et qu'au contraire il y a merveille à espérer du côté des révérends Pères, toute la sagesse et la politique portent de leur côté. La vérité néanmoins l'emportera toujours, et Dieu la soutiendra, comme il se voit par le présent miracle, qu'un petit nombre de personnes invisibles triomphe visiblement de toutes les puissances. C'est peut-être une des plus grandes merveilles du monde. Sans y penser je remplis ma lettre de ce qui me touche au cœur, et inutilement, car vous le voyez mieux que moi. »

Il y avait néanmoins quelques amis qui regardaient tous ces écrits comme inutiles et capables seulement d'irriter la cour, mais ils ne considéraient pas les choses d'assez près, et l'événement a fait voir que le plus grand de tous les maux en ce temps là eût été de laisser la vérité sans défense.

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