‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 237 sur 412 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Emportements des Jésuites eu Flandre. Écrit pour montrer que le cinquième concile n'a point ordonné les souscriptions. [Réponse de M. d'Alet à un cas de conscience qui lui avait été proposé sur la signature]. La déclaration sur le sujet de la bulle dressée par M. le chancelier est rejetée par le premier ministre*.

Comme les Jésuites, enflés de la réception de la bulle, la voulaient mettre à toutes sortes d'usages pour assouvir leur vengeance contre les vivants et contre les morts, ils eurent l'insolence de présenter une requête à don Juan d'Autriche *, gouverneur des Pays-Bas, pour faire déterrer le corps de de M. l'archevêque de Malines, qui ne leur avait pas été favorable pendant sa vie. Mais ce prince rebuta une si horrible proposition^ et les bons Pères ne tirèrent pas d'autre fruit dune prétention si inhumaine, que de faire voir de plus en plus qu'il n'y a jamais de réconciliation à attendre de leur part.

Cependant on pressait la signature dans Paris, et M. l'évêque de Meaux, qui s'était chargé de cette commission de la part de l'Assemblée, n'oubliait 'rien pour s'en acquitter avec chaleur [et] pour y obliger les ecclésiastiques du second ordre. Mais comme on attendait de jour en jour la vérification d'une déclaration que le roi devait envoyer au Parlement, qui ne paraissait retardée qu'à cause de la vérification de quelques édits que l'on y avait portés, cette affaire suspendait un peu l'exécution de l'autre.

Il y avait même quelques théologiens assez habiles qui employaient toutes leurs lumières pour prétendre que, ne s'agissant que d'une question de fait, et la doctrine de l'Église n'y étant point intéressée, on pouvait pour le bien de la paix se soumettre en cela môme aux puissances légi-

1. Le ms. donne le titre de ce ctiapilre d'une manière tout à fait défectueuse.

2. Don Juan d'Autriche (1629-1679), fils naturel de Philippe IV. Il combattit les Français en plusieurs rencontres et perdit contre Turennc la bataille des Dunes.

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times qui exigeaient cette marque de respect et d'obéissance; et parce qu'ils se servaient pour cela de Texemple du cinquième concile,, que plusieurs évêques avaient refusé de souscrire après qu'il eut condamné les écrits de Théodoret contre saint Cyrille, comme remplis de nestorianisme, et qu'ils souscrivirent à la fin, quoiqu'ils fussent persuadés que ces écrits de Théodoret étaient catholiques. M. Arnauld détruisit cette difficulté par un écrit qu'il composa dans ce même mois d'avril, car il montra que l'on supposait sans preuve dans cet argument ce qu'on ne saurait prouver par aucun témoignage de l'antiquité, qui était qu'il y ait eu des conciles et des saints évoques qui aient souscrit le cinquième concile, quoiqu'ils fussent persuadés que ce qui avait été condamné dans ce concile ne méritait pas de l'être; et il soutenait que c'était ce qu'on ne montrerait point, mais qu'il était aisé de faire voir le contraire par un passage formel du pape Pelage 11 dans sa lettre aux évêques d'istrie, qui fut dressée par saint Grégoire. Car ce pape y témoigne que les évêques d'Occident qui, avec le pape Vigile avaient longtemps refusé de condamner les écrits de Théodore, de Théodoret et d'ibas ' qui avaient été condamnés par le cinquième concile, ne se rendirent ensuite à cette condamnation que parceque depuis ils avaient connu la vérité, laquelle ils avaient auparavant ignorée, et c'est par cet exemple qu'il presse ces évêques d'istrie, non de souscrire ce concile quoi qu'ils n'en sussent rien (ce qu'on ne trouvera point avoir été conseillé par aucun saint), ni môme absolument de le souscrire (car il n'est point parlé de souscription dans toute cette lettre), mais d'imiter ceux qui ne s'étaient enfin rendus que parce qu'ils avaient reconnu la vérité.

11 le montrait par les propres paroles du pape Pelage, et après y avoir fait plusieurs réflexions qui contenaient des preuves insurmontables, il faisait remarquer que ce qui faisait que le pape pressait si fort ces évêques de se rendre au cinquième concile, est qu'ils ne se contentaient pas de douter de ce qui avait été déterminé par ce concile dans

1. Il s'agit ici de la célèbre affaire des trois chapitres, c'est-à-dire de la coadamaatioa des écrits de Théodore, évêque de iMopsueste, de Théodoret évêque de Cyr, et 'd'ibas évêque d'Édesse, par le 2« concile de Constaatinople, qui est le 5e général, en 353.

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les poiols de fait, ce qui aurait pu être supportable; mais qu'ils avaient passé jusqu'à faire schisme en se séparant de la communion du Saint Siège et de tous les autres évoques qui avaient condamné les trois chapitres; ce qu'il n'est jamais permis de faire.

Enfin il montrait que la condamnation des écrits de Théodore! contre saint Cyrille était tout autrement bien fondée que ne pouvait être celle du livre de Jansénius, quand même Théodoret n'aurait jamais avancé aucune hérésie nestorienne.

1° Ces ouvrages de Théodoret que l'on condamne furent lus avec grand soin, et les propositions principales furent extraites mot à mot avec grande fidélité, au lieu que l'on condamnait Jansénius sur des propositions forgées par ses ennemis, après avoir fait croire faussement au pape et aux évêques qu'elles avaientété extraites de cet auteur et qu'elles y étaient mot à mot totidem verbis, comme le Père Annat le dit en termes exprès, ce qui est une fourberie dont il n'y a jamais eu d'exemple dans l'Eglise.

2" Ces écrits de Théodoret combattaient un ouvrage de saint Cyrille, très saint et très catholique et approuvé comme tel par un concile général, ce qui de soi ne pouvait être que très scandaleux et l'exécration de tous les catholiques, au lieu que le livre de M. d'Ypres n'a été fait que pour exposer aux yeux des fidèles la doctrine de saint Augustin, que tant de papes et de conciles nous ont assuré être la doctrine de l'Église, ce qui est un dessein très louable, très pieux et très édifiant.

3» Théodoret accusait saint Cyrille d'avoir avancé beaucoup de blasphèmes, d'impiétés et d'hérésies, dans un ouvrage qui ne contenait que les dogmes les plus certains de la foi catholique ; et quoique l'on puisse dire qu'il n'errait pas pour cela dans la foi, parce qu'il n'imputait ces erreurs à saint Cyrille qu'en l'expliquant en un sens qui était en effet hérétique, il s'ensuit toujours de là qu'il méritait au moins d'être condamné comme un calomniateur, et ses écrits abolis comme très dangereux, puisqu'ils rendaient suspecte la foi de l'Église, que saint Cyrille n'avait fait qu'exposer dans ses anathèmes, comme il avait été défini par le concile d'Ephèse. Il n'y a rien, disait M. Arnauld de semblable dans M. dTpres, si ce n'est que les molinistes soient assez insolents pour

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oser dire que leur Molina, accusé et condamné de pélagianisme par deux papes, a dû être aussi inviolable à M. d'Ypres que saint Cyrille à Théodoret.

4. Cet ancien Père avait donné un très grand sujet d'être soupçonné de l'hérésie de Nestorius lorsqu'il écrivit contre saint Cyrille, parce qu'en ce temps là il était joint avec Nestorius; il soutenait son parti contre le concile d'Éphèse, et protestait même de ne souscrire jamais à sa condamnation, au lieu que M. d'Ypres, que l'on voulait rendre coupable des hérésies de Calvin, comme le Père Annat l'avait dit encore dans ce dernier écrit, avait combattu toute sa vie la secte de Calvin, et défendu contre elle la vérité de notre foi, par des livres invincibles, qui n'étaient pas moins glorieux à la religion catholique que honteux à ceux qui reconnaissaient si mal les services qu'il avait rendus à l'Église.

Ce mois donna beaucoup d'emploi aux défenseurs de la grâce de J.-G. ; car ils avaient déjà composé un autre écrit qu'ils firent tomber entre les mains des vicaires généraux de M. le cardinal dé Retz, archevêque de Paris, et qui fit d'assez bons effets. Us firent aussi un mémoire très solide pour l'instruction du Parlement, qui pourra trouver sa place en quelque endroit de celte histoire.

Mais Dieu, qui voulait exercer leur patience en éprouvant la pureté de leur foi, permit en ce même mois qu'ils reçussent une nouvelle humiliation, quoique par l'événement sa Providence leur en dût faire tirer un avantage très considérable pour la cause de l'Église. Le 22 on apprit que M. l'abbé de Ciron avait reçu de M. d'Alet la réponse d'un cas de conscience que M. Arnauld lui avait proposé pour la signature d'un docteur, qui étant convaincu que les cinq propositions n'étaient pas dans Jansénius, craignait de ne le pouvoir faire sans péché. MM Du Gué de Bagnols et de Saint Gilles étant allés ce soir là même chez cet abbé, il leur fit la lecture de la réponse du saint prélat, sur son original même dont il leur donna même une copie; et elle portait qu'après plusieurs sacrifices et prières là dessus, il croyait qu'un docteur convaincu en la manière que nous venons de dire devait néanmoins signer, non seulement la bulle, mais aussi le formulaire de l'Assemblée du clergé, parce que n'étant pas une chose constante et évidente en soi que Jansénius soit conforme à saint Augustin et que les proposi-

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