‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 238 sur 412 · LIVRE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE XVI

lions ne soient pas dans son livre, et ce fait étant encore contesté, ce docteur devait en cette rencontre préférer à son sentiment celui du pape et du clergé. Et de plus, lorsqu'un concile ne parle point, il se faut soumettre au jugement du pape.

Ces deux messieurs ne manquèrent pas de faire de fortes instances à M. l'abbé de Ciron sur les fréquentes surprises que l'on fait aux papes ; sur ce que les cinq propositions avaient été examinées à Rome abstrahendo ah omni proferente; et sans que l'on y eût le livre de Jansénius, et sur ce qu'étant certain que, la doctrine de Jansénius n'étant autre que celle de saint Augustin, ce saint docteur est nécessairement condamné par la souscription de la condamnation de M. l'évêque d'Ypres. Mais M. de Ciron ne se rendit point à leurs raisons, et au contraire il leur proposa comme un bon avis qu'il fallait offrir de signer lorsqu'ils en seraient requis par leurs évêques. Mais ils répondirent qu'ils se garderaient bien de se servir de cet expédient, et M. de Bagnols, voyant le chanceliement de cet abbé, lui dit pour l'affermir un peu que la déclaration sanglante que M. le chancelier avait dressée avait été jetée au feu par M. le cardinal Mazarin; que comme ensuite on s'était réduit à envoyer la bulle au Parlement avec une simple attache, le premier ministre avait encore rejeté cette ouverture, et que l'on était enfin réduit à un arrêt du conseil pour faire passer la bulle, ce qui devait plutôt servir à la décrier qu'à l'autoriser.

M. de Bagnols en parlait selon les dispositions de ce temps-là, qui changèrent sur la fin de l'année, comme font ordinairement toutes les choses de la religion lorsqu'on les fait dépendre des circonstances du temps et des raisons politiques. Le cardinal Mazarin avait ses vues particulières dans cette affaire, et comme dans le fond elle lui était assez indifférente, ne s'agissant ni de la foi, ni de la religion, son intérêt n'exigeait pas de lui qu'il la terminât si promptement^ ni qu'il se mit sur les bras quelques prélats dont il pouvait s'attirer la résistance. Il craignait aussi le Parlement, qui semblait vouloir reprendre quelque sorte de vigueur en rejetant quelques-uns des nouveaux édits. Enfin, s'étant élevé au gouvernement plutôt par ruse et par artifice que par violence, li voulait s'y maintenir par la

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même voie, et c'était ce qui lui faisait rejeter alors la déclaration que M. le chancelier avait dressée dans toute la Sincérité de son cœur, pour faire périr des personnes qui ne lui étaient pas agréables.

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