‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 242 sur 412 · LIVR15 XVI · texte numérisé non relu

LIVR15 XVI

11 tint sa parole et s'y rendit sur les trois heures, étant accompagné de cet abbé. Ils dirent tous deux à M. de Bagnols que n'ayant pas trouvé M. Vincent, par où ils voulaient commencer cette négociation avec les communautés, ils avaient été voir M. Féret', curé de Saint-Nicolasdu-Chardonnet, qui leur avait dit que M. Arnauld étant suspect comme il était, il fallait qu'il commençât par une signature, par un acte public qu'il ferait devant les grandsvicaires, par lequel il reconnaîtrait qu'il recevait sincèrement la bulle, et qu'il y déférait de tout son cœur ; ce qu'il devait faire, disait-il, pour édifier l'Église. M. de Bagnols, voyant que le discours de ce curé était tout à fait conforme à celui que son vicaire venait de faire pour la publication de la bulle, témoigna à M. l'archevêque de Rouen qu'on le remerciait de sa peine; qu'il voyait bien qu'il n'y avait rien à faire de ce côté-là.

Le samedi 28, sur les onze heures du matin, M. l'archevêque de Rouen étant revenu voir M. de Bagnols, lui dit qu'il avait dressé un mandement, et le lui laissa pour le faire voir. Dans cet acte, il faisait remontrer par son promoteur aux grands-vicaires qu'il y avait des gens qui ne recevaient pas la bulle et qui écrivaient contre le respect dû au saint Siège et contre l'obéissance qu'ils doivent à M. l'archevêque et aux ordres des grands vicaires. Il voulait qu'étant assignés sur cette remontrance, ils comparussent et déclarassent qu'ils recevaient la bulle avec respect, qu'ils n'avaient pas écrit contre, que depuis la publication ils avaient pris résolution de ne plus parler ni écrire sur ces matières impénétrables à l'esprit humain. Le projet de M. de Rouen portait que le promoteur témoignerait ensuite être satisfait de cette déclaration, et qu'ensuite les grands vicaires les renvoyeraient à leur maison et dans les fonctions de leurs charges, avec défense d'insulter et d'invectiver et plus parler de ces matières.

On prit copie de ce projet de mandement et on le mit ensuite entre les mains de M. Singlin,en lui témoignant que M. de Rouen consentait que l'on lui donnât le tour qu'on voudrait.

1. Hippolyte Féret, docteur en théologie, d'abord oratorien, puis curé de Saint-Nicolas du Chardonnet et vicaire général de Paris, donna sa démission eu 1673 et mourut en 1677.

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Le dimanche 29, M. de Bernières alla voir M. de Rouen, son archevêque, et lui dit que Ton travaillait à donner le tour à son mandement.

Cependant la cour s'échauffait toujours pour pousser les choses à bout. Carcejour làmême, M. DuPlessis Guénégaud» secrétaire d'État, apporta à M. de Bagnols les projets de deux déclarations du roi qui lui avaient été envoyées par un prélat de lÂssemblée; dont l'une ordonnait au clergé de faire signer le formulaire à tous les ecclésiastiques, chapitres, communautés de religieux et de religieuses, et de ne conférer aucun bénéfice qu'à ceux qui auraient signé. L'autre était adressée au Parlement pour faire enregistrer la bulle d'Alexandre VII, avec cette déclaration que le roi ordonnait qu'elle serait exécutée de point en point, et que le Parlement tiendrait la main à l'exécution des jugements des juges ecclésiastiques.

Le 30 du même mois, comme il s'agissait d'établir en France sous prétexte de celte bulle une nouvelle Inquisition qui était tout à fait contraire à nos usages et à nos maximes, on envoya à M. Fouquet, procureur général, une copie de ces deux déclarations, avec un mémoire instructif des conséquences qui en seraient les effets inévitables. Voici ce qu'il portait :

« La déclaration que le roi envoie au clergé, approuvant tout ce qui a été fait dans l'Assemblée et exhortant MiVt. les évéques de faire souscrire et de punir les contrevenants, soit ecclésiastiques, soit laïques, il semble que touleautre déclaration qui eût pu être envoyée au Parlement ne pouvait être plus rude, ni établir plus assurément l'Inquisition en France; puisqu'en même temps le roi enjoint, par l'attache qu'il envoie au Parlement sur ces constitutions, de faire tenir la main à l'exécution des jugements qui seront rendus par les juges ecclésiastiques, si bien que toutes les personnes du royaume, de quelque qualité et condition qu'elles puissent être, étant inquiétées sous prétexte du jansénisme, ne pourront trouver aucun refuge au Parlement. Aussi la différence qu'il y a entre cette déclaration que le roi envoie présentement au clergé et celle qu'il a eu dessein d'envoyer ci devant au Parlement est que le biais que l'on prend à présent pour pousser et perdre s l'on peut les disciples de Saint Augustin est un peu plus

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