‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 245 sur 412 · LIVRE XVll · texte numérisé non relu

LIVRE XVll

contraire à saint Augustin. Que c'est tout ce que le pape peut souhaiter pour conserver la foi de l'Église, le reste n'étant qu'une pure question de fait qui n'intéresse ni l'État ni l'Église, ni même le pape^ puisque les plus grands et les plus saints de ses prédécesseurs ont souvent reconnu qu'à cause de leurs grands emplois ils étaient plus souvent trompés sur les points de fait que les autres hommes, et ont bien voulu par cette raison dispenser les fidèles de la soumission qu'ils leur devaient en d'autres rencontres.

Que l'on peut représenter à M. le cardinal Mazarin que lui seul peut donner la paix à l'Église, et que c'est l'action la plus glorieuse qu'il puisse faire.

Que ce n'est pas le moyen d'arriver à cette paix que d'insister à exiger des signatures du fait, puisqu'il est sans doute qu'on n'y consentira jamais, et que, pour s'opposer à l'avantage qu'on veut tirer de cette résistance contre ceux qui la feront paraître, on sera obligé d'écrire et de montrer que le fait est faux, ce qui ne pourrait tourner qu'au déshonneur de la bulle et de tous ceux qui essayeront de l'autoriser par cette voie extraordinaire et odieuse.

Que le pape ayant été engagé à cette bulle, le plus grand service qu'on puisse rendre à Sa Sainteté est d'empêcher qu'on n'en découvre les nullités, et que, les disputes s'échaufîant, on ne passe de ces questions à d'autres, qui en sont comme inséparables, telles que sont la faillibilité du pape dans le fait et dans le droit, la nécessité des conciles provinciaux et généraux pour déterminer les causes majeures de la foi, la supériorité des conciles œcuméniques au regard du pape, et beaucoup d'autres points qu'il importe infiniment à la cour de Ptome de n'être point approfondis.

Qu'on ne peut donc rien faire de plus utile pour le pape que d'assoupir ces différends en imposant de part et d'autre un silence respectueux ; que c'est même ce qu'il peut prétendre de plus avantageux pour affermir sa bulle^ puisque étant publiée partout, et personne ne la combattant, c'est le moyen de la faire passer sans contradiction. Que l'intérêt de Sa Sainteté n'est point qu'on croie que des propositions soient dans un livre, mais qu'on ne combatte pas sa décision ; et qu'ainsi ce ne serait pas bien faire les affaires de Rome que de vouloir forcer des gens à croire un fait de

nulle importance qu'ils ne peuvent croire, en les engageant par là à se défendre et à parler ; et que la cour romaine trouvera bien mieux son compte à laisser passer sans bruit un décret si exposé à être contredit, à peine que quelques personnes ne le croyent pas dans le cœur, pourvu qu'ils n'en témoignent rien au dehors.

Que le pape, qui connaît fort bien son intérêt, n'a point exigé par sa bulle, non plus que son prédécesseur, de souscription, parce qu'il en prévoyait le péril ; il a seulement défendu d'enseigner, de prêcher, de soutenir par écrit ou de vive voix le contraire de ce qu'il a déterminé. 11 paraît donc évidemment que Sa Sainteté ne désire qu'un profond silence. C'est ce que l'on offre, et cet expédient est le seul qui peut empêcher que le pape ait le démenti qu'il a appréhendé dans cette affaire, dans laquelle on ne peut s'attendre que des gens de conscience disent qu'ils croient ce qu'ils ne croient pas.

Que toute la difficulté sera d'arrêter tant de personnes doctes qui craindront que l'affectation qu'on a eue de flétrir Jansénius ne soit à dessein d'ôter la liberté de défendre la doctrine de saint Augustin, qui est celle de l'Église. Mais il ne faut point douter que si on leur donne espérance que Son Éminence veut bien détourner par son autorité la persécution dont on les menace, ils n'y prennent toute confiance, et ne consentent aisément de perdre l'avantage qu'ils avaient de défendre leur foi et la vérité par euxmêmes, en combattant aussi facilement qu'ils pourraient la bulle du pape.

Que s'ils n'espèrent la protection de Son Éminence en se taisant, ils ne pourront jamais souffrir qu'on les fasse passer pour hérétiques et fauteurs d'hérétiques, étant certain que des personnes qu'on réduit à l'extrémité, qui sont menacées de pertes de biens, du fer et du feu, ne se servent de toutes voies régulières pour se défendre.

Qu'il pourrait même arriver que s'ils ne trouvaient cet appui dans Son Éminence, ils le chercheraient dans le Parlement, où il y a plusieurs personnes zélées pour cette cause, les uns par eux-mêmes, les autres par leurs parents, les autres par leurs amis, de sorte que cette affaire intéresse tant de personnes de ce corps que c'est une des plus grandes qui y ait jamais été portée depuis longtemps.

Page 1