‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècleChapitre 246 sur 412 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

Enfin il serait dangereux, surtout, lorsque les chambres seraient assemblées, comme elles le doivent être infailliblement en cette affaire par l'enregistrement de la déclaration, que ce ne fût une occasion aux amis que le cardinal de Retz a dans le Parlement de le mettre en jeu dans cette affaire, qui étant purement ecclésiastique, le regarde naturellement; que cela ne leur donnât une favorable ouverture de parler de ses intérêts et de jeter des semences qui pourraient être un sujet de toucher souvent cette corde pendant la campagne.

Quand toutes ces raisons pourraient recevoir quelques répliques, l'intérêt qu'a Son Éminence est si grand de ne pas souffrir l'établissement de l'infaillibilité du pape, comme il le ferait par l'enregistrement de ces constitutions, qu'on a de la peine à comprendre comment il voudrait se résoudre à se désarmer contre Rome, et n'en pas user comme il vient de faire au sujet des articles arrêtés par l'Assemblée à l'occasion du livre du P. Bagot.

Que si Son Eminence voulait faire valoir la bonté qu'il a eue de rejeter la première déclaration que M. le chancelier avait dressée, il sera aisé de lui faire comprendre que celles qui ont été dressées par M. de Toulouse, dont il est question à présent, causeront la même persécution, et qu'elles sont d'autant plus rudes et dangereuses que leur malignité est plus couverte. Car enfin la déclaration adressée au clergé ordonne les signatures, et celle qui est adressée au Parlement enjoint de tenir la main à l'exécution des jugements qui seront rendus en ces matières par les juges ecclésiastiques. Ainsi la signature qu'ils exigeront sera confirmée par le Parlement. Et voilà l'Inquisition en France établie, c'est-à-dire le trouble et la division. Que ne doit-on pas faire pour empêcher d'aussi funestes conséquences?

La profession de foi était conçue en ces termes : «Je condamne très sincèrement la doctrine des cinq propositions [condamnées par] Alexandre Vil, n'ayant point d'autre doctrine sur ce sujet que celle qui est conforme à saint Augustin et enseignée communément par l'école de Saint-Thomas. Et pour témoignage du profond respect que je veux rendre à la constitution de N. S. P. le Pape Alexandre VII, je promets de l'observer très exactement en ne soutenant, ne prêchant et n'écrivant rien de contraire à ce qu'il ordonne, et de

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garder toute ma vie invlolablemeiit le respect que je dois au Saiiit-Siège. »

M. l'archevêque de Rouen ayant lu cette formule, témoigna en être satisfait en son particulier; mais il demanda comment il proposerait son expédient, parce qu'il prévoyait assurément que M. le cardinal Mazarin ferait examiner par des docteurs cette profession de foi et les autres que l'on avait projetées auparavant. Sur cela, on lui dit qu'il ne fallait pas commencer par les donner à Son Éminence; mais par lui demander s'il voulait accommoder cette affaire, et supposé qu'il le voulût^ lui dire qu'il était à propos de mander MM. de Toulouse et de Montauban, leur déclarer son désir, et leur dire d'en conférer ave<; lui, M. de Rouen, et qu'ensuite, dans la recherche des moyens de paix, il leur proposerait ces projets comme de lui-même.

Le soir de ce même jour premier mai, M. de Bagnols fut souper chez M. Du Plessis Guénégaud, où il apprit que les déclarations [n'étaient pas encore reçues] ; M. de Langlade' qui y était lui dit qu'il avait vu M. Fouquet^ procureur général,et qu'ayant donné à ce magistrat la copie des déclarations et le mémoire, il l'avait trouvé bien intentionné ; mais qu'il n'avait pu trouver le temps de lire le mémoire qu'il avait mis entre ses mains, et qu'il en redemandait un autre pour le lui pouvoir lire à la première occasion.

M. l'archevêque de Sens, étant aussi chez M. Du Plessis Guénégaud ce soir-là même, rapporta à la compagnie ce qui s'était passé dans l'Assemblée du clergé le jour précédent. C'était que M. l'abbé de Nesmond (depuis évêque de Bayeux), ayant commencé de dire que le Père Lupus, Augustin, docteur de la Faculté de Louvain, avait extrait quarante-deux propositions de la lettre que M. l'archevêque de Toulouse avait composée pour justifier sa conduite sur la saisie du temporel de M. le cardinal de Retz, et qu'ensuite, les ayant traduites en latin, il les soutenait hérétiques, et comme telles les avait portées à M. le cardinal Corrado, qui les avait envoyées ensuite à M. Hallier, M. de [Toulouse]' avait coupé

1. Jacques de Langlade (1620-1680), d'abord secrétaire du duc de Bouillon, et frondeur, s'attacha ensuite à Mazarin qui le fit secrétaire de cabinet.

2. Ms. M. de Nesmond, erreur évidente, car c'est à l'abbé de Nesmond que l'on coupe la parole.

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la parole à cel abbé pour lui avouer que ce qu'il disait était vrai; mais que M. Rallier avait répondu sur cela verbalement et par écrit deux choses : la première, que le traducteur n'avait pas suivi son [texte] ' avec assez d'exactitude parce qu'il n'entendait pas assez notre langue ; et la seconde, que les évêques de France avaient voulu faire voir qu'ils étaient savants dans l'antiquité; qu'il était vrai que les exemples qui étaient contenus dans cette lettre avaient un peu été contraints pour les faire cadrer au sujet dont il s'agissait, et qu'il fallait avouer de bonne foi qu'ils n'y étaient pas tout à fait conformes. M. de Sens, qui faisait cette relation, ajoutait qu'il avait demandé acte de tout cela à M. l'archevêque de Toulouse; mais que ce prélat avait répliqué que c'était lui qui le disait.

Le même M. de Sens dit aussi à ceux de ses amis qu'il trouva chez M. de Guénégaud, qu'il avait fait grand bruit ce jour-là même dans l'Assemblée sur la lettre circulaire que le sieur Vitré avait imprimée sans qu'il l'eût vue, et que M. de Toulouse avait composée de son chef; et comme M. de Marca n'en put disconvenir, il lui en demanda acte à l'instant même.

Le procès-verbal de l'Assemblée nous apprend encore que M. de Sens y représenta le 1"' mai quel'aflFaire qu'il avait contre les Jésuites était semblable à celle qu'avait [eue] contre eux feu M. l'évèque d'Amiens, et qu'il ajouta que comme l'Assemblée de 16i5 en fit alors son affaire propre, il espérait que celle-ci aurait la bonté de l'entreprendre avec la même vigueur. Sur quoi les prélats qui avaient eu ordre de voir le cardinal Mazarin pour d'autres affaires avaient été priés de lui demander qu'il plût de faire ordonner par le roi à M. le chancelier de donner un arrêt semblable à celui de M. l'évèque d'Amiens.

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